Dans le bon vieux temps ou j’analysais l’économie et la finance, il fallait se concentrer sur ce qui se passait dans la Sphère Réelle; plus ou moins facilement bien sur, il fallait faire confiance aux indicateurs, aux statistiques et aux commentaires des bureaux d’études qu’ils soient officiels, patronaux, bancaires ou purement privés.
La valeur ajoutée par les bons professionnels de l’économie, de la finance, de la monnaie et de l’analyse financière était grande. Ils étaient utiles.
Puis les temps ont changé et l’activité de l’observateur a glissé. Avec la financiarisation de plus en plus envahissante, le centre d ‘intérêt s’est déplacé de l’économie réelle vers la sphère monétaire et financière.
Avec la venue de Greenspan un nouveau pas a été franchi , un nouveau déplacement de l’attention s’est avéré nécessaire. Il a fallu décoder , c’est le cas de le dire, décoder les propos et les oracles du Maestro. Lui même n’a t-il pas dit à la suite de Jacques Lacan quelque chose du genre : « si vous me comprenez c’est que je me suis mal exprimé »..
Au fil du temps les propos des responsables de la Fed , complétés par ceux des membres du Soviet Suprême du FOMC, puis complétés encore par ceux des journalistes dits porte-parole officieux de la Voix de Son Maitre, au fil du temps dis je, il a fallu se spécialiser non pas dans l’économie, la finance, la monnaie mais dans l’analyse sémantique , l’analyse de texte et de propos. Il y a eu la tyrannie de l’irrésistible ascension des fameuses et infames « guidances ».
Puis avec la montée des contradictions et avec l’entrés dans le temps des dilemmes est venu encore une autre étape, une régression de plus en plus profonde en deçà de la rationalité; l’analyse des propos des uns et des autres a cessé de suffire, il a fallu, il faut maintenant remonter et essayer , au dela des propos de découvrir quels sont les désirs des locuteurs, essayer de découvrir qu’est-ce qu’ils veulent de nous, que nous fassions? Pourquoi il parlent, pourquoi ils disent telle chose et non pas une autre. Il faut faire de l’exégèse, de l’herméneutique, il faut faire de la psychologie , démystifier les propos devenus vicieux, trompeurs, manipulateurs de ceux que maintenant je désigne sous le nom de gnomes. Croyez moi le fait de les appeler gnomes n’est pas insignifiant, c’est très riche et plus qu’évocateur.
Donc maintenant Powell et ses complices parlent mais leurs propos ne doivent plus être analysés à leur valeur faciale à l’aune de la vérité, ou même au second degré, ils doivent être considérés comme des symptômes, comme des manifestations extérieures de problèmes internes. Il faut analyser, remonter le long de l’entreprise manipulatrice, le long des dénégations et autres Verneinung et tenter d’entrevoir à quels problèmes, à quelles contradictions ils essaient de faire face.
Il ne suffit plus d’écouter les gnomes, non il faut les soumettre à la question, à la question de leurs désirs, de leurs objectifs et en quelque sorte il faut aller loin en profondeur fouiller leurs psyché, les psychanalyser.
Il faut examiner comment ils font face ou encore pire, comment ils escamotent, comment ils n’essaient pas de faire face mais simplement tentent de donner le change, comment ils tentent de construire des simulacres.
Les gnomes ne sont plus de gestionnaires honnêtes , rationnels, désintéressés, préoccupés de servir l’intérêt général non tout cela c’est fini, ils essaient de sauver l’ordre social (dixit Bernanke) , sauver leurs places, leurs statuts, leurs pouvoirs pour continuer à servir les classes privilégiées qui les ont mis en place.
Les gnomes sont maintenant des « fouteurs dedans » comme on disait de mon temps en Bourse.
Une analyse critique serrée s’impose maintenant pour faire ce métier d’apporter un peu d’intelligibilité dans un monde non seulement complexe, chaotique mais surtout un monde devenu vicieux, pervers.
Il faut maintenant me semble t-il présupposer la mauvaise foi. Tout comme en politique je souhaite que l’on présume la corruption. Le libéralisme est un mythe mais il avait certains bons cotés dans la mesure ou il impliquait que les responsables de la conduite des affaires, ne mentent pas, essaient d’éclairer l’avenir pour que les agents économiques s’y adaptent rationnellement. Le système actuel est exactement l’inverse, l’action des dirigeants vise à faire faire aux agents économiques tout ce qu’ils ne devraient pas faire ou ne feraient pas spontanément!
Réponse de Powell à cette question du public lors de la réunion annuelle de l’Association des banquiers étrangers d’Amsterdam, le 14 mai 2024 : « Envisagez-vous la possibilité qu’un retour à l’objectif de 2% ne soit pas possible avec le niveau actuel du taux des fonds fédéraux Président Powell?
Powell :« Je pense qu’il s’agit en réalité de maintenir le taux directeur au niveau actuel pendant une période plus longue que prévu. À bien des égards, le taux directeur est restrictif. La question est : « Est-ce suffisamment restrictif ? Et je pense que ce sera une question que le temps devra nous dire. Nous envisageons cette possibilité – cela pourrait être une très faible probabilité – mais j’ai dit que je ne pense pas qu’il soit probable, sur la base des données dont nous disposons, que la prochaine mesure que nous prendrons soit une hausse des taux. Je pense qu’il est plus probable que nous soyons dans une situation où nous maintiendrons le taux directeur là où il est. »
Je passe rapidement sur l’embarras de Powell face à une question simple, mais cet embarras fait partie de la situation à analyser, il est symptomatique.
Il esquive la vraie question et tout de suite se lance dans des formulations amphigouriques voire diafoiriques,. Il part sur la réaffirmation de la politique suivie; le maintien de taux soi disant restrictifs pendant une période plus longue que prévue. Essayez d’y trouver une vraie analyse avec des causes et des effets vous n’en trouverez pas. En fait rien n’est justifié, ce sont des affirmations qui tombent du ciel, presque sans lien entre elles; c’est le « je pense que« , c’est à dire la subjectivité à son comble.
Des banquiers centraux intellectuellement structurés feraient beaucoup plus qu’ «envisager la possibilité» que des hausses de taux supplémentaires soient nécessaires pour ramener le système à la stabilité des prix. ils nous exposeraient leur analyse des forces susceptibles de produire ou de ne pas produire cette inflation des prix et ce qu’il faudrait alors faire.
C’est une erreur d’analyse et de communication que d’affirmer aujourd’hui qu’il n’existe qu’une « très faible probabilité » que l’inflation surprenne à la hausse. C’est presque une faute morale.
Il y a beaucoup de forces qui vont dans le sens d’une hausse des prix qui irait en s’accélérant:
les tensons sur les ressources, les déficits colossaux, la déglobalisation et le retour aux tarifs protecteurs, la situation géopolitique et celles des marchés de matières premières et du pétrole, la faiblesse de l’épargne pour faire face au réarmement et aux reconversions de la transition climatique, la masse énorme de capitaux mondiaux à rentabiliser/solvabiliser qui oblige les détenteurs du capital a chercher chaque fois qu’ils ont un rapport de forces favorable, à monter leurs tarifs!
Des gestionnaires honnêtes traceraient un chemin; ils brosseraient des perspectives avec des conditionnalités.
L’histoire de l’inflationnisme nous apprend qu’une fois que l’inflation s’est installée, il devient très difficile de revenir à la stabilité des prix. La hausse des prix a une dynamique propre, c’est une échelle de perroquet et pas seulement entre les prix et les salaires, mais aussi entre les prix privés et les prix publics, ceux des services rendus par les état. Or ces prix sont très en retard à en juger par les déficits mondiaux.
Ma conviction est que rien dans le monde n’est à son prix, tout a été faussé et continue de l’être, nous sommes assis sur des ressorts. le besoin d’endettement est une expression de cette réalité des desajustements. Rien n’est a son prix il faut produire toujours plus de dettes pour maintenir cet ordre, cette grille des prix mondiaux.
La « désinflation immaculée », sans douleur est une invention contemporaine, mais ce n’est pas une réalité , au contraire c’est un trompe l’oeil. .
L’expérience historique du CPI américain en est un bon exemple.
Après que l’inflation à la consommation ait grimpé à 6,1 % en décembre 1969, elle est retombée à 2,7 % en juin 1972. Mais le CPI est remonté à 12,3 % en décembre 1974, avant de retomber à 5,5 % en septembre 1976. Une nouvelle poussée inflationniste a provoqué une resucée: le CPI a atteint 14,8 % en mars 1980. Puis, après avoir chuté à 1,1 % en décembre 1986, l’IPC est remonté à 6,2 % en septembre 1990.
Les indices de prix , lorsque le génie est sorti de la bouteille et que les conditions fondamentales sont réunies, les indices de prix évoluent selon des logiques et des schémas imprévisibles du type tobogans.
Il existe une probabilité très importante d’une résurgence de l’inflation au delà de la petite phase actuelle d’accalmie.
La situation fondamentale actuelle et le désordre monétaire, y compris la spéculation sont complètement incontrôlables. L’accent mis sur le CPI passe à côté du problème critique de l’extraordinaire instabilité du système . nous sommes comme le dit Ray Dalio dans un super cycle prolongé à plusieurs reprises par une inflation de crédit historique. Les conditions lâches qu’il faut maintenir encore en ce moment malgré l’inflation pour préserver la stabilité systémique lors de cette « phase terminale » sont porteuse d’inflation future. Que dire des gouffres béants des budgets pour maintenir des depenses sans recettes correspondantes,
Quelle est la probabilité raisonnable qu’un développement géopolitique majeur déclenche un choc inflationniste ? je pense qu’elle est supérieures a 50%.
Quelles sont les chances pour que l’instabilité climatique ait un impact inflationniste significatif élevé au cours des pochains mois et des prochaines années? Elles sont énormes
Quelles sont les risques pour que le boom historique des dépenses en matière d’IA dans des secteurs rentiers y compris les infrastructures énergétiques s’ajoute aux pressions sur les prix ? Elles sont une quasi certitude!
.Aux Etats Unis avec un taux de chômage de 3,9 % et encore 8,5 millions d’offres d’emploi, quelle est la probabilité que des hausses salariales élevées continuent de perpétuer les effets inflationnistes de second tour en particulier sur les loyers et le logement ?
17 mai – Bloomberg :
« Le report par la Réserve fédérale des baisses de taux d’intérêt dans le but de modérer l’inflation risque de prendre du retard, selon Mohamed El-Erian. « La Fed a pivoté sur la base des données. C’était le contraire du pivot qu’ils ont fait en décembre – maintenant ils doivent faire demi-tour », a déclaré El-Erian… à Bloomberg…
« L’objectif d’inflation est-il le bon objectif ? Nous parlons tous de vouloir revenir à 2 %… Deux pour cent, c’est totalement arbitraire. Si nous poursuivons un mauvais objectif d’inflation, le risque d’erreur – cette erreur reviendrait à sacrifier inutilement la croissance – est élevé. «C’est un monde soumis à une inflation plus élevée. Et nous venons d’un monde où l’inflation était plus faible. »
Je suis convaincu que tout ce que l’on dit sur l’inflation est un tissus de conneries pontifiantes.
Je m’explique. Pour moi l’inflation c’est une disposition, une Humeur au sens de Ben Johnson, un état d’esprit; et ce que je constate c’est que l’humeur des peuples est devenue inflationniste et que les politiques monétaires faussement restrictives n’y ont rien changé. Nous faisons une pause certes car il y a avait eu des circonstances exceptionnelles comme le Covid, les distributions d’argent gratuit à contretemps et des ruptures de chaines d’approvisionnement, mais derrière ces conditions circonstancielles il apparait bel est bien que l’Humeur est devenue inflationniste.
Nous avons changé de régime. Les prix constituent une discipline et cette discipline a été brisée. la stabilité des prix, c’est un état d’esprit.
Je soutiens qu’il y a un lien entre d’un coté l’inflation des prix des biens et des services et puis le marché boursier et encore avec l’esprit de jeu; c’est le désancrage total de la valeur des choses
14 mai – Bloomberg :
« Les traders d’actions mèmes se sont à nouveau empilés sur les actions de GameStop Corp. et d’AMC Entertainment Holdings Inc. dans une reprise de la frénésie de spéculation de détail qui a secoué les marchés pendant la pandémie.
Les actions du détaillant de jeux vidéo ont bondi de 60% après avoir augmenté de 113% plus tôt mardi, tandis que les actions de la chaîne de cinéma en difficulté ont augmenté de 32%. Les fluctuations ont déclenché plusieurs arrêts de la négociation de chaque action tout au long de la journée. GameStop a gagné plus de 11 milliards de dollars en valeur marchande ce mois-ci alors que ses actions ont grimpé en flèche, tandis qu’AMC a gagné quelque 1,2 milliard de dollars. Le dernier rallye a éclaté lundi suite au retour sur les réseaux sociaux de Keith Gill, qui a conduit la folie des actions mèmes de 2021 sous le surnom de « Roaring Kitty ».
Les primes de risque se sont négociées cette semaine près de leurs plus bas niveaux depuis 2021. Les conditions financières sont les plus souples. depuis 2021. Les actions ont connu un rallye majeur, le plus fort depuis 2021. L’indice VIX a terminé la semaine en dessous de 12.
Du plus bas intrajournalier du 19 avril au plus haut intrajournalier de mardi, l’indice des valeurs venduesa decouvert de Goldman Sachs a bondi de 31,5 %. avec une compression à court terme qui a vu l’indice à court terme de Goldman Sachs afficher un gain de 11,8 % sur deux jours.
29 janvier 2021 – Wall Street Journal :
« L’investisseur qui a contribué à attirer l’attention du monde sur GameStop , à la tête d’une horde d’abonnés en ligne dans un marché bizarre qui a fait et perdu des fortunes du jour au lendemain, dit qu’il n’est qu’un homme normal… Pour beaucoup d’entre eux, M. Gill, qui travaillait jusqu’à récemment dans le marketing pour Massachusetts Mutual Life. Insurance Co.—est à l’origine des gains à quatre chiffres des actions du détaillant de jeux vidéo GameStop, en hausse de plus de 1 600 % cette année…
Mercredi, le titre a bondi de 135 % à 347,51 $, un record… M. Gill a publié un capture d’écran de son compte de courtage…, montrant un gain quotidien d’environ 20 millions de dollars sur les actions et options GameStop. « Votre main ferme a convaincu beaucoup d’entre nous non seulement d’acheter, mais aussi de conserver. Votre exemple a littéralement changé la vie de milliers de personnes normales. Sérieusement merci. Vous méritez chaque centime », a répondu un utilisateur de Reddit… »
L’indice Bloomberg Commodities a bondi de 2,9 % cette semaine, portant les gains cumulés à 7,2 % depuis le début de l’année. D’après Bloomberg : « L’indice Bloomberg Commodities est sur le point de connaître un troisième gain mensuel consécutif, une séquence observée pour la dernière fois en 2022, lorsque l’inflation sous-jacente était supérieure à 8 %.
L’indice des matières premières est en hausse de près de 4 % en mai, ce qui constitue le meilleur mois depuis juillet.
L’or a dépassé les 2 400 $ pour la première fois vendredi, terminant la semaine à 2 414 $ avec un gain de 17,1 % depuis le début de l’année.
L’argent a bondi de 11,7% cette semaine à 31,493 $ – en hausse de 29,8% depuis le début de février 2013.
Le platine a gagné 8,8%.
Le cuivre a bondi de 8,3 %, portant les gains de 2024 à 30 %.
Le nickel a gagné 11,2% cette semaine, le plomb 2,7%, l’étain 6,7%, le palladium 3,3% et l’aluminium 3,3%.
Les contrats à terme sur le brut ont augmenté de 2,3 %, l’essence de 3,0 % et le gaz naturel de 16,6 %.
Le bois d’œuvre a gagné 7,5 %, le bétail 2,8 %, le café 1,8 %, le soja 1,9 % et le caoutchouc 3,7 %.