Sur les 25 années d’existence de l’euro (depuis 1999), la France n’a respecté que six fois le plafond de 3 % du PIB pour le déficit public.
ANALYSE – Les programmes économiques du RN et du Nouveau Front populaire ne proposent que d’amplifier les dérives de notre modèle, qui repose depuis un quart de siècle sur le crédit, et ils sont contraires aux exigences minimales de l’euro, sauf à accepter une faillite à la grecque.
La France est-elle dans les choux ? La réponse tient en un mot apparemment technique mais très simple : « spread », autrement dit l’écart (en français) des taux d’intérêt entre les obligations émises par l’État français, les OAT à 10 ans, et les Bund, leur équivalent pour l’État fédéral allemand, la référence en Europe. Plus cet écart est élevé et moins les investisseurs qui financent la dette publique ont confiance en notre pays, dans la façon dont il est gouverné, dans sa capacité à honorer ses dettes. Ce spread était de 50 « points de base », dans le jargon des financiers (0,5 % dans le langage courant), avant les funestes élections européennes du 9 juin, et il a atteint 82 points à la veille du premier tour des législatives du 30 juin, pour revenir autour de 75 points le lendemain. Telle est la mesure quotidienne qui a le mérite de la précision pour appréhender notre sort.
De telles fluctuations sont considérables et on ne saurait en sous-estimer les conséquences pratiques. Une hausse de 0,32 %, s’appliquant à une dette publique de 3159,7 milliards d’euros, représente une charge financière supplémentaire de 10 milliards l’an. Les contribuables apprécieront. En même temps, les niveaux observés ces trois dernières semaines restent modestes comparés au spread de 180 points de base (1,8 %) atteint en novembre 2011, à la fin du quinquennat de Nicolas Sarkozy. Il y a treize ans, l’Europe était en pleine crise des dettes souveraines des pays du Sud, et les marchés financiers redoutaient un éclatement de la zone euro, ce qui signifiait un retour aux monnaies nationales. Chaque pays se retrouvant seul alors avec sa propre devise, fini la protection collective de l’euro.
Faire n’importe quoi
On n’en est certes pas là, mais il convient de se rappeler qu’aujourd’hui même le spread de l’Italie (vis-à-vis de l’Allemagne) est de 1,5 %. Est-ce l’horizon vers lequel nous nous acheminons ? Sans présager de la politique mise en œuvre par le prochain gouvernement, la France a toujours bénéficié d’un traitement de faveur de la part des marchés financiers. « Compte tenu de leurs situations budgétaires respectives, le spread de taux d’intérêt à 10 ans vis-à-vis de l’Allemagne est anormalement faible en France et il est anormalement élevé en Italie », considère l’économiste Patrick Artus. Cette cote d’amour tient essentiellement à notre taille de deuxième économie de la zone euro. La monnaie unique ne pourrait exister sans nous. Est-ce un blanc-seing pour faire n’importe quoi ? On peut en douter.
À leur décharge, les deux blocs extrêmes s’inscrivent dans une tradition hélas bien française d’accommoder à sa guise les règles du jeu
Examinant la semaine dernière la politique économique d’un éventuel gouvernement Bardella, les analystes de la grande banque américaine Citi estimaient que le spread vis-à-vis de l’Allemagne atteindrait entre 100 et 105 points de base si le RN réalisait la plupart de ses mesures budgétaires. Autre point de vue significatif : interrogé sur les programmes économiques actuellement sur la table en France, Christian Lindner, le ministre allemand des Finances a mis en garde contre « une tragédie » budgétaire (sic). Le mot est bien trouvé.
La méfiance de Berlin à notre égard n’est certes pas nouvelle ni sans fondements. Sur les 25 années d’existence de l’euro (depuis 1999), la France n’a respecté que six fois le plafond de 3 % du PIB pour le déficit public. Or l’enjeu est aujourd’hui bien plus grave avec les « programmes de rupture » que revendiquent, chacun dans son registre, le Nouveau Front populaire et le Rassemblement national. Hormis les nationalisations absentes en 2024, les mesures fiscales et de relance du pouvoir d’achat (hausse de 14 % du smic entre autres) envisagées par le NFP sont infiniment plus brutales que les changements décrétés par l’Union de la gauche en 1981. À l’époque la France avait dû dévaluer à trois reprises sa monnaie. Quant au RN, tout en ayant renoncé au « frexit » et à abandonner l’euro, il entend remodeler en profondeur le fonctionnement de l’Union européenne, qu’il s’agisse de la contribution française au budget européen ou des règles du marché unique.
L’endettement
Voilà autant de contradictions de gros calibres. À leur décharge, les deux blocs extrêmes s’inscrivent dans une tradition hélas bien française d’accommoder à sa guise les règles du jeu. Ainsi, en 1999 le gouvernement de cohabitation de Lionel Jospin avait-il choisi d’instaurer la semaine de 35 heures, juste au moment où était créé l’euro. Quelle drôle d’idée que de détériorer la compétitivité des entreprises alors que le marché européen devient plus concurrentiel du fait de la monnaie unique qui facilite les échanges ! Ironie de l’histoire, la réduction du temps de travail aurait été impossible avec le franc, car elle aurait été sanctionnée pour son irréalisme par les marchés financiers, nous contraignant à dévaluer.
Autre usage paradoxal et pervers de l’euro : l’endettement. Jamais l’État français, les entreprises et les particuliers ne se sont autant endettés, car les conditions d’emprunt n’ont jamais été aussi favorables. « Entre 2003 et 2023 la baisse des taux d’intérêt a été en moyenne de 4,8 points de pourcentage pour les ménages et de 1,6 point pour les entreprises » selon la Banque de France. L’État a même pu emprunter à des taux nuls voire négatifs entre 2015 et 2021, avec pour conséquence une explosion de la dette publique qui représente actuellement 110,7 % du PIB.
Depuis un quart de siècle, notre modèle de croissance et de redistribution du pouvoir d’achat repose sur le crédit dont on abuse sans vergogne grâce à l’Union monétaire.
Les programmes économiques du RN et du NFP ne proposent que d’amplifier ces dérives et ils sont incompatibles avec les exigences de l’euro cosignées avec nos partenaires, sauf à accepter une faillite à la grecque. « Soyez libéraux, soyez socialistes, mais ne soyez pas menteurs », disait Jacques Rueff, l’économiste du général de Gaulle.
L’UE et l’Euro n’existent que parce que la France y participent.
Sans la France , les deux disparaissent , ce qui nous donne un pouvoir de négociation extraordinaire. Dans un premier temps , c’est même mieux que le Frexit ou la sortie de l’Euro.
Mais nos chers politiciens de l’opposition n’ont pas compris le principe.
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Je vous rejoignais il y a quelques années, mais hélas il n’y a plus rien à négocier, au stade ou nous en sommes.
Le problème n’est plus de faire plier l’Allemagne mais d’élaborer, d’inventer une parade a la situation monétaire globale caractérisée par, d’une part l’hégémon du dollar et d ‘autre part par la dollarisation extrême de notre système bancaire. Nous sommes entre le marteau et l’enclume.
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Oui et par extension ces programmes économiques sont compatibles mais ça il faut le cacher au peuple et le diviser sur des sujets qui peuvent être importants comme l’immigration mais le plus souvent secondaires…
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Notre pays est visé par une procédure européenne pour déficit excessif. Brillant résultat pour Macron et sa clique.
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«LES PROGRAMMES ÉCONOMIQUES DU RN ET DU NFP SONT INCOMPATIBLES AVEC LA MONNAIE EUROPÉENNE» : Pas un mot sur le programme économique de la clique actuelle qui nous a amené là, et qui est incompatible avec la souveraineté de la France…A moins qu’une dette de plus de 3 trillons d’€ soit justement compatible avec la monnaie européenne, faite pour tuer les pays du sud.
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