Editorial. Trou d’air passager dans la liquidité mondiale mais cela va revenir…

Je n’ai pas la même conception théorique de « la liquidité » que Michael Howell, mais je le suis et je le respecte.

Pour moi « la liquidité » n’est pas une réalité mais un état d’esprit, une croyance.

Ma meilleure définition approchée de la liquidité est celle d’un vice président de Fed* il y a fort longtemps: « la liquidité c’est quand on pense que l’on va pouvoir vendre plus cher ce que l’on a acheté« .

* Donald Kohn

Cela est vrai parce que dans notre système de monnaie de crédit , adossé aux actifs, la question de la valeur des actifs est centrale et c’est elle qui solvabilise les comportements en un cercle réflexif.

La liquidité cela « tourne » autour de l’appétit pour le risque, pour le jeu, le désir de s’endetter , couplé à la conviction que le Ponzi ne peut plus s’arrêter c’est à dire la conviction que malgré ses faux semblants ses rodomontades, la FED ne peut plus jamais accepter de durcissement des conditions financières. La Fed est condamnée au Put et même a un Put à prix d’exercice rapproché car si le prix d’exercice est trop bas le phénomène de boule de neige mécanique et d’appels de marge peut dépasser les capacités d’intervention des autorités.

Les chiffres de liquidité que compile Howell sont néanmoins intéressants dans la mesure ou sa notoriété est grande et ou les chiffres qu’il publie, de l’ordre de 271 trillions au niveau mondial sont lus, sus et commentés et qu’ils inspirent les comportements de certains très gros intervenants , par exemple comme Goldman. Même si Goldman lui, publie et utilise d’autres chiffres et d’autres concepts de liquidité d’ailleurs

Les liquidités mondiales stagnent en ce deuxième trimestre 2024 ..

Je vous rappelle ma conception.

Quand on a désancré le dollar on a tout désancré, pas seulement le dollar mais toutes les monnaies mondiales et , c’est là ou se trouve mon innovation théorique, je soutiens que l’on a désancré tout l’univers des quasi monnaies, tout l’univers des monnaies-like, tout l’univers des near-monnaies.

Je vous rappelle que les actifs financiers sont ce que l’on appel des quasi monnaies, des near money.

La financiarisation avec sa mise de tout sur les marchés repose sur la liquidité, donc en dernière analyse sur la croyance que tout ce qui est quasi-monnaie et money-like est aussi bon à détenir que de la monnaie et est toujours échangeable sans perte importante contre de la monnaie de base.

On a tout désancré , tout libéré du poids du réel et du fondamental; on a tout suspendu dans les airs de l’offre et de la demande.

On a tout désancré et en particulier tous les actifs financiers. Il suffit de créer du dollar, d’augmenter la masse de dollars/eurodollars dans le monde, de gonfler la capacité bilantielle du système bancaire et quasi bancaire mondial pour que la liquidité mondiale se mette en quête d’emploi, tourne et cette liquidité est ce qui détermine le niveau des indices boursiers, le niveau de prix de tout ce qui a un caractère d ‘actif financier, actions, crédit, immobilier, commodities, pétrole, dérivés etc.

C’est cette unification du champ des liquidités et des actifs financiers par le désancrage qui cause et donc qui explique le niveau de la masse colossale d’actifs financiers dans le monde. La liquidité ainsi conceptualisée est l’air chaud qui brule les doigts, le mistigri dont il faut se débarrasser, qui fait léviter les bulles.

Après, le reste, c’est à dire la sélectivité et le niveau relatif des bulles entre elles n’est qu’une question de mode du moment. En ce moment la mode c’est l’IA.

Ce fut le coup de génie de la Fed et de Greenspan que de comprendre et d ‘imposer la fameuse équation de la Fed.

Que nous dit l’équation de la Fed?

Elle nous dit que tous les actifs financiers ont un même sous jacent, c’est à dire la monnaie , sous la forme des Treasuries américaines. La monnaie mondiale étant le dollar et la forme privilégiée de cette monnaie étant le 10 ans américain avec son taux de rendement , tout le marché mondial a le même sous jacent! C’est l’alchimie du collatéral quasi universel ! Vous comprenez au passage que la liquidité mondiale a à voir avec la situation mondiale en matière de disponibilité des « collaterals » c’est à dire la rareté ou la surabondance de ce collatéral de base que sont les Treasuries US.

Tous les actifs financiers ont le même sous jacent et c’est pour cela que depuis « la nouvelle ère », la diversification des portefeuilles ne donne plus de résultats satisfaisants.

Le champ des actifs financiers est unifié, mais à l’intérieur , il se différencie entre monnaie, (le cash a maturité zéro) et les actifs par: la maturité, le taux de rendement et le risque/volatilité

Le champ est unifié et c’est ce qu’ a imposé la Fed quand elle a imposé à Wall Street et donc au monde entier , la fameuse équation de la Fed.

Cette équation nous dit que le marché directeur mondial ce sont les USA, que tout le reste est relatif.

Elle nous dit que la valeur d ‘un actif financier a pour sous jacent en dernière analyse le taux de rendement du 10 ans US , c’est ce taux qui fixe le taux d’actualisation des revenus futurs, et que la Fed a pris le contrôle du taux de rendement du 10 ans US par les QE en intervenant pour acheter le 10 ans et soutenir ses prix puis les faire monter quand cela l’arrangeait.

L’ennui est que la Fed a perdu sa liberté et ses marges de manœuvre pour trois raisons:

-l’inflation des prix des biens et services c’est à dire la dépréciation perçue de la valeur de la monnaie

– le gouffre du budget du gouvernement qu’elle est condamnée à monétiser.

-les animal spirits boursiers qui ont crée un risque … de perte de contrôle du facteur risque.

Mais c’est une autre histoire.

Quand les faits changent…. mais pas les chiffres

Évaluation de la liquidité mondiale en milieu d’année

MICHAEL HOWELL

7 JUILLET∙APERÇU

Nous restons optimistes et déterminés dans notre prévision selon laquelle le cycle de liquidité mondial a atteint son point bas en octobre 2022 et devrait se développer jusqu’à son prochain sommet vers la fin de 2025. Nous avons mis en garde plus tôt cette année contre un probable « trou d’air » dans la liquidité mondiale au deuxième trimestre 2024, ce qui ressort désormais clairement des données et de la réaction du marché.

Combien de temps cela pourrait-il durer ? 

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