Editorial: le Centre Gauche politique c’est le danger suprême.

Je vous engage vivement à lire ce texte. Il est intitulé:

« Du consensus de Washington à la déclaration de Berlin.

Je n’hésite pas à dire qu’il est écrit par des gens de bonne volonté, compétents , qui méritent le respect, en particulier Dani Rodrik.

Mais ce n’est pas pour cela qu’ils pensent bien!

Il me semble que Macron si mes souvenirs sont bons apprécie Dani Rodrik.

J’avais envie de vous le livrer tel quel , mais une phrase m’a fait tiquer; c’est celle ci :

« nous avons besoin d’un nouveau consensus politique qui se concentre sur les causes de la défiance des citoyens, plutôt que sur les symptômes.« 

Cette phrase m’a incité à relire le texte plusieurs fois à la recherche de ce qui était affirmé;

la recherche des causes.

Hélas j’ai eu beau lire et relire je n’ai jamais trouvé quoi que ce soit qui tournait autour de la recherche des causes . Rien!

Je n’ai trouvé que des énumérations de surface, des litanie de symptômes.

Tout n’est que symptômes, de l’explosion des inégalités causée/produite par la politique monétaire, aux conflits militaires causés par l’impérialisme prédateur , à la mondialisation qui a fait baisser le coût du travail et les salaires, à la dépossession politique des citoyens causée par une gouvernance tournée vers la sauvegarde du profit du capital, des rentes et des privilèges. etc.

Les auteurs glissent à la surface des problèmes sans jamais y porter le scalpel de l’intelligence profonde de leur origine.

Ils remontent certes à un des éléments constitutifs des « problèmes », comme par exemple le Consensus de Washington qui a donné le coup d’envoi du néo-libéralisme destiné à faire remonter le taux de profitabilité du capital dangereusement bas dans les années 70, mais ils ne s’interrogent pas sur ce qui s’était passé avant et qui a produit le besoin du Consensus de Washington!

Tout est dit comme si le Consensus de Washington, ce consensus néo-libéral destiné conforter les pouvoirs du Capital, sa reproduction et sa mise en valeur était tombé du ciel! Non il n’est pas tombé du ciel il est venu d’un constat: a savoir la chute des investissements, la baisse de la profitabilité du capital, l’insuffisance de l’épargne et la résultante de tout cela qui était l’atonie dangereuse de la croissance.

De même pas un mot sur la chute du socialisme réel qui a permis à partir de 1992 de devenir cynique et d ‘infliger une défaite historique aux salariés par ce que l’on a appelé la récolte des dividendes de la paix, dividendes de la chute du Communisme. Cette chute du modèle et des références ouvrières qui donné le coup d’envoi de la surexploitation par confiscation des gains de productivité et la mort de la sociale démocratie .

Un travail qui serait cohérent avec la recherche des causes devrait s’inscrire dans la continuité de l’histoire de l’évolution du système et non pas s’arrêter à une seule de ses étapes, le monde n’est pas né avec le Consensus de Washington et ce consensus a une origine.

C’est donc encore plus en arrière qu’il faut remonter. Par exemple il faut s’interroger sur ce qui changé avec la financiarisation à la faveur du système monétaire pervers dit Bretton Woods II , système qui a couronné/consacré la centralité du dollar et l’hégémonie impériale des Etats Unis, laquelle hégémonie a vassalisé tout le Reste du Monde.

En s’arrêtant à une étape on manque singulièrement de capacité explicative.

La montée du populisme s’analyse comme conséquence de la perte de légitimité des élites et du système qu’ils prétendent avoir le droit divin de gérer.

La confiance a disparu parce que l’on en a abusé.

On a imposé une idéologie libérale afin de faire durer le système alors qu’il s’étiolait et c’est cette idéologie de surexploitation polymorphe et sa mise en œuvre qui ont produit le rejet populiste.

Au lieu de se corriger et de tirer les leçons de cette évolution négative, les élites ont voulu forcer le destin, elles sont refusé toute transaction, elles ont bouté les populistes hors du champ démocratique et les ont marginalisés; diabolisés. Les sociétés civiles et politiques se sont fracturées. les élites ont régné par défaut.

Elles ont voulu empêcher les peuples d’exprimer leur refus , elles ont évolué vers l’autoritarisme soft, autoritarisme soft de la propagande, du mensonge et des récits fallacieux. Autoritarisme de la manipulation de la culture, des mœurs, et du formatage des sujets .

La coupure au lieu de se résorber s’est élargie, les groupes sociaux sont fracturés et plus, émiettés.

Les auteurs sont du type centre gauche. Le centre gauche ce sont ces gens qui tout en prétendant être à l’écoute des peuples sont en réalité l’interface/les fourriers du capital pour faire en sorte que « cela dure ».

Leur fonction objective est d’élaborer des pseudo solutions de mystification qui désamorcent les combats sociaux les plus rudes en offrant des solutions cosmétiques aux problèmes du système.

Le centre gauche c’est dans son essence , la charité faite aux pauvres pour qu’ils se taisent, ne se révoltent pas, n’échappent pas à leur condition. Le centre gauche c’est ce courant social qui a pour fonction objective de faire en sorte que les classes inferieures ne deviennent jamais supérieures.

J’entends par centre gauche cette communauté de personnes plus ou moins de bonne volonté qui reconnait l’existence des problèmes, pense qu’il faut les corriger mais, et c’est là le point important, ne veulent les corriger qu’au niveau des symptômes, au niveau de ce qui apparait et est désagréable.

Le centre gauche c’est le Doliprane social et politique.

Jamais ces gens n’envisagent le fond des contradictions, des antagonismes, des dysfonctionnements, leur origine fondamentale, elles ne veulent que corriger , souvent à la marge, par la fiscalité que ce qui est gênant sans s’attaquer aux vraies causes.

Ici vous ne voyez nulle part d’allusion à la formidable accumulation de capital, de dettes, de monnaie, d’actifs financiers fictifs boursiers, au pouvoir des monopoles technologiques, à la prégnance de la publicité névrotique, à l’ingénierie sociale. Rien !

Vous ne voyez rien sur l’irrésistible ascension de l’ hyper-ploutocratie, rien sur l’évolution fascisante et la banalisation de la collusion entre le business et le pouvoir politique, banalisation qui pourtant ressemble étrangement au corporatisme des années 30 de sinistre mémoire.

DANI RODRIK

LAURA TYSON, et 

THOMAS FRICKE

7 juin 2024

Des dizaines d’économistes et de praticiens de premier plan se sont réunis à Berlin fin mai pour un sommet organisé par le Forum pour une nouvelle économie. Fait remarquable, ce sommet a débouché sur une sorte de nouvelle compréhension qui pourrait remplacer le règne de plusieurs décennies de l’orthodoxie néolibérale.

Les changements de paradigme dans la pensée économique dominante accompagnent généralement les crises exigeant de nouvelles réponses, comme cela s’est produit après la stagflation (faible croissance et forte inflation) qui a frappé les économies avancées dans les années 1970. Cela pourrait se reproduire, alors que les démocraties libérales ont été confrontées à une vague de défiance populaire quant à leur capacité à servir leurs citoyens et à résoudre les multiples crises – allant du changement climatique aux inégalités insupportables et aux conflits mondiaux majeurs – qui menacent notre avenir.

Les conséquences de cette situation sont aujourd’hui visibles aux États-Unis, où l’ancien président Donald Trump a de bonnes chances de remporter l’élection présidentielle de novembre. De même, un gouvernement d’extrême droite pourrait prendre le pouvoir en France après les prochaines élections anticipées . Pour éviter des politiques populistes dangereuses qui exploitent la colère des électeurs et pour éviter des dommages majeurs à l’humanité et à la planète, nous devons de toute urgence nous attaquer aux causes profondes du ressentiment des citoyens.

C’est dans cet esprit que de nombreux économistes et praticiens de premier plan se sont réunis à Berlin fin mai pour un sommet organisé par le Forum Nouvelle Economie.

Le sommet « Reconquérir le peuple » a débouché sur une sorte de nouvelle compréhension qui pourrait remplacer le « consensus de Washington » libéral qui, pendant quatre décennies, a mis l’accent sur la primauté du libre-échange et des flux de capitaux, la déréglementation, la privatisation et d’autres dogmes pro-marché.

La Déclaration de Berlin publiée à l’issue de la réunion a depuis été signée par des dizaines d’éminents chercheurs, dont le prix Nobel Angus Deaton , Mariana Mazzucato et Olivier Blanchard , ainsi que par Thomas Piketty , Isabella Weber , Branko Milanovic et bien d’autres.

Le consensus de Washington est depuis quelque temps fragile, remis en cause par de nombreuses recherches documentant l’augmentation des inégalités de revenus et de richesses et ses causes, ainsi que par des réévaluations du rôle de la politique industrielle et des stratégies de lutte contre le changement climatique.

Les crises récentes, sans parler du danger de perdre la bataille pour la démocratie libérale elle-même, ont catalysé un effort visant à traduire toutes ces recherches en un nouveau cadre commun de politiques visant à reconquérir les citoyens.

La Déclaration de Berlin met en évidence les nombreux éléments qui montrent que la défiance des citoyens est en grande partie motivée par l’expérience partagée d’une perte de contrôle réelle ou perçue sur leurs propres moyens de subsistance et sur la trajectoire des changements sociétaux.

Ce sentiment d’impuissance a été déclenché par les chocs découlant de la mondialisation et des évolutions technologiques, amplifiés par le changement climatique, l’intelligence artificielle, le récent choc inflationniste et l’austérité.

Ce diagnostic conduit logiquement à une conclusion tout aussi claire.

Pour regagner la confiance des citoyens, il faut des politiques qui rétablissent la confiance dans leur capacité – et dans celle de leurs gouvernements – à répondre efficacement aux problèmes réels auxquels ils sont confrontés. Cela signifie qu’il faut axer les politiques sur la création d’une prospérité partagée et de bons emplois, notamment des politiques qui s’attaquent de manière proactive aux perturbations régionales imminentes en soutenant de nouvelles industries et en orientant l’innovation vers la création de richesses pour le plus grand nombre.

Les pays en développement sont tout aussi favorables à une mondialisation plus saine, à une coordination des politiques climatiques et à la possibilité pour les États de contrôler leurs intérêts stratégiques cruciaux. Ces priorités reposent sur un large consensus sur la nécessité de réduire les inégalités de revenus et de richesses.

Dans le cadre d’un nouveau consensus, les politiques climatiques devront combiner une tarification raisonnable du carbone avec des incitations positives fortes et des investissements ambitieux dans les infrastructures. Il est également largement admis que les pays en développement doivent obtenir les ressources financières et technologiques dont ils ont besoin pour s’engager dans la transition climatique.

En résumé, il existe un nouveau sens commun partagé selon lequel un nouvel équilibre entre les marchés et l’action collective doit être établi.

Il n’aurait probablement pas été possible de parvenir à un accord sur tout cela il y a cinq ans. Le grand nombre de signataires et la diversité des points de vue qu’ils représentent montrent à quel point le débat a évolué avec l’accumulation de données empiriques toujours plus nombreuses.

Les signataires de la Déclaration de Berlin ne prétendent pas avoir toutes les réponses, loin de là. L’objectif de la Déclaration est plutôt d’énoncer des principes qui diffèrent clairement de l’orthodoxie précédente et de créer un mandat pour affiner les concepts politiques dans la pratique.

La manière de mettre en place une politique industrielle efficace doit être définie dans un contexte national, ainsi que dans le cadre d’un effort de coopération internationale ; il en va de même pour la manière dont les gouvernements peuvent encourager au mieux les comportements respectueux du climat. La manière de repenser la mondialisation ou de réduire le plus efficacement possible les inégalités économiques reste également une question ouverte.

Il est néanmoins essentiel de parvenir à un consensus sur les principes qui doivent guider les décideurs politiques.

Reconnaître que les marchés ne suffiront pas à eux seuls à stopper le changement climatique ni à favoriser une répartition moins inégale des richesses n’est qu’une étape vers l’élaboration de stratégies optimales capables de répondre efficacement aux véritables défis auxquels nous sommes confrontés.

De nombreux progrès ont déjà été réalisés dans ce domaine.

Nous sommes aujourd’hui confrontés à un choix entre une réaction populiste protectionniste, avec tous les conflits que cela implique, et une nouvelle série de politiques qui répondent aux préoccupations des citoyens. Pour devancer les populistes, nous avons besoin d’un nouveau consensus politique qui se concentre sur les causes de la défiance des citoyens, plutôt que sur les symptômes.

Il est nécessaire de déployer des efforts concertés pour redonner le contrôle aux citoyens et à leurs gouvernements et promouvoir le bien-être du plus grand nombre afin de rétablir la confiance dans la capacité de nos sociétés à surmonter les crises et à garantir un avenir meilleur. Pour reconquérir le peuple, il faut ni plus ni moins qu’un programme pour le peuple.

La Déclaration de Berlin a également été signée par Adam Tooze, Gabriel Zucman, Jens Südekum, Mark Blyth, Catherine Fieschi, Xavier Ragot, Daniela Schwarzer, Robert Johnson, Dalia Marin, Jean Pisani-Ferry, Barry Eichengreen, Laurence Tubiana, Pascal Lamy, Ann Pettifor, Maja Göpel, Stormy-Annika Mildner, Francesca Bria, Katharina Pistor et une cinquantaine d’autres chercheurs et praticiens.

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DANI RODRIK

Dani Rodrik, professeur d’économie politique internationale à la Harvard Kennedy School, est président de l’Association économique internationale et auteur de Straight Talk on Trade: Ideas for a Sane World Economy (Princeton University Press, 2017).

Une réflexion sur “Editorial: le Centre Gauche politique c’est le danger suprême.

  1. Totalement d’accord avec vous sur le centre gauche, faut relire un article sur Martine Aubry dans l’Express je crois dans les années 90/2000 où elle déclinait la politique du PS sous un nom le CARE

    Cela m’avait sidéré à l’époque, tellement l’incurie de ce truc était flagrante

    j’appelle cela la politique des pansements, on inflige des blessures et on vient apporter des soins pour atténuer la douleur

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