Editorial. Après la Grand Messe de Jackson Hole, le capitalisme est il définitivement libéré du réel, pur imaginaire, pure religion ?

« L’économie n’est pas une science , elle est une mystification dont la fonction objective est de dissimuler le vrai fonctionnement du système dans lequel nous vivons, pour qu’il puisse durer, protégé par l’ignorance de ce qu’il est. » – Bruno Bertez

« Tout système ne survit que d’être caché, enfoui, non su, bien protégé par l’ignorance » – Carl Jung

« Tant que les logiques qui sont à l’œuvre restent inconscientes, il est impossible d’agir sur elles, cela ne devient possible que quand elles accèdent à la conscience au travers de nombreuses résistances et dénégations. Il y a dans nos sociétés un gigantesque « je n’en veux rien savoir » qui les protège »Bruno Bertez

« L’hypothèse d’un inconscient collectif qui permet au système capitaliste de durer n’est pas à rejeter, elle permettrait d’avancer l’idée que le capitalisme en créant un vision fausse du monde réel est une sorte de névrose au profit de l’ordre établi » –Bruno Bertez

« On ne manque pas, en sciences sociales, de travaux visant à rendre compte des tenants et aboutissants de cette forme dominante de l’économie qu’est désormais le capitalisme financier et de sa délirante logique boursière. La plupart des auteurs pensent cette forme comme radicalement une forme dégénérée — ce qui ménage toujours la rassurante possibilité d’un capitalisme « sain », qui pourrait à nouveau marcher sur ses deux jambes « productives » et rester sociétalement à sa place. Et si ils se trompaient? Si le capitalisme financier était une forme essentielle, purifiée, aboutie de ce qu’il en est au fond du capitalisme, à savoir un imaginaire social intégral, virtuellement sans extériorité.» – D’après Richard Sobel

« Figure postmoderne de l’économisme, la logique boursière se caractérise en effet par une frivolité qui soumet toute évaluation au jeu singulier de la dérive et de l’aléa. Cette logique ne comporte aucun principe de limitation interne, et, dès lors que son encadrement institutionnel se trouve progressivement relâché, rien n’empêche cette logique de s’étendre à l’ensemble des valeurs (éthiques, politiques, esthétiques) structurant les différentes sphères de nos sociétés ».-D’après Richard Sobel

« l’imaginaire social sur lequel repose notre modernité est fondé en dernière analyse sur la disjonction des signes et de ce qu’ils reflètent: sur leur libération. Tout peut flotter, détaché de la gravité dans tous les sens du terme , soumis uniquement aux caprices du jeu et du désir » Bruno Bertez

« Si la conscience massive, à la fois médiatique et politique, de la frivolité du monde capitaliste (société de consommation, spectacle publicitaire, esthétisation de la marchandise, dérive du désir, logique de la mode, etc.) n’a fait irruption que dans les années 1960, c’est très antérieurement que la perturbation des oppositions entre nature et artifice, besoin et superflu, utilitaire et « gratuit », travaille la dynamique du capitalisme et les théories économiques. Que la valeur en économie ne soit ancrée ni dans une métaphysique naturaliste du besoin, ni dans le travail nécessaire à la production mais renvoie aux caprices (ou aux codes éphémères) de la subjectivité désirante, n’est pas une innovation subversive qui brusquement ferait trembler et menacerait le monde bourgeois des années 1960, mais les préconditions mêmes qui ont sous-tendu le développement effréné du capitalisme. » Jean Joseph Goux

« Le capitalisme depuis les années 68 s’attelle sous la conduite de l’Amérique à produire le sujet social qui convient à sa reproduction. Le système du capitalisme sénile financiarisé a une industrie, il produit quelque chose, il produit un homme nouveau, un serf qui jouit de sa servitude!»Bruno Bertez

«Oui ou non y a t-il total dés-ancrage, libération définitive des valeurs? L’apparence erratique des mouvements boursiers lesquels semblent avoir désormais perdu tout arrimage réel, et donc toute mesure, le donne à penser . Après le fétichisme de l’argent, sommes nous dans un fétichisme de la valeur? « Fétichisme » dans lequel les mouvements de bourse et la volatilité s’épuiseraient entièrement dans l’interaction d’une multiplicité de subjectivités désirantes, et ne relèveraient en dernière instance d’aucune détermination sous-jacente et objective comme l’économie productrice et les rapports sociaux de production. N’y a t-il finalement plus d’horizon de Réconciliation entre le Réel et l’Imaginaire?»Bruno Bertez

L’exemple de Jackson Hole

Chaque année au mois d’aout se tient le Symposium de Jackson Hole.

Les grands banquiers centraux du monde se réunissent à Jackson Hole, dans le Wyoming, une superbe station de ski du centre des États-Unis qui ruisselle de Pognon.

Ce « symposium » est organisé par la Réserve fédérale de Kansas City.  

C’est la Grand Messe de la religion du Pognon et de ses valeurs boursières, messe présidée par le Pape de la Fed , celui qui préside à l’œuvre au noir et à l’alchimie de la transformation du plomb en or, de ce qui ne vaut rien en richesse; la valeur à notre époque se confondant avec la pression de l’air chaud monétaire qui fait léviter les bulles.

Les banquiers profitent de cette occasion pour discuter de la politique monétaire et de son efficacité dans la « gestion de l’économie », en particulier pour « contrôler » l’inflation et fournir la bonne quantité de « liquidités » au système financier.

Les dernières données sur l’inflation montrent une baisse légère du taux de hausse des prix et Jerome Powell, a commencé à donner des signaux clairs selon lesquels la banque centrale réduirait son taux d’intérêt lors de sa réunion de septembre. 

Powell a exposé ce point de vue lors de son discours de vendredi:

« Les progrès vers notre objectif de 2 % ont repris. Je suis de plus en plus convaincu que l’inflation est sur une trajectoire durable de retour à 2 %… Le marché du travail s’est considérablement refroidi par rapport à son état de surchauffe précédent. Il semble peu probable que le marché du travail devienne une source de pressions inflationnistes élevées dans un avenir proche… Nous ne cherchons pas et ne nous réjouissons pas d’un nouveau refroidissement des conditions du marché du travail. Le temps est venu pour la politique de s’ajuster. La direction à suivre est claire, et le calendrier et le rythme des baisses de taux dépendront des données à venir, de l’évolution des perspectives et de l’équilibre des risques. »

Powell a ensuite affirmé que l’inflation avait baissé sans récession de l’économie américaine grâce à la politique monétaire de la Fed:

 «Notre politique monétaire restrictive a contribué à rétablir l’équilibre entre l’offre et la demande globales, atténuant les pressions inflationnistes et garantissant que les anticipations d’inflation restent bien ancrées.» 

Il a soutenu que l’inflation des prix avait explosé en raison d’une combinaison de dépenses de consommation en hausse et de pénuries d’approvisionnement. Powell a fait allusion aux véritables causes de l’inflation lorsqu’il a déclaré : 

« Les taux élevés d’inflation sont un phénomène mondial, reflétant des expériences communes : une augmentation rapide de la demande de biens, des chaînes d’approvisionnement tendues, des marchés du travail tendus et de fortes hausses des prix des matières premières. »

Cela explique la baisse du taux d’inflation plus tard : « Les distorsions de l’offre et de la demande liées à la pandémie, ainsi que les chocs sévères sur les marchés de l’énergie et des matières premières, ont été d’importants facteurs de forte inflation, et leur inversion a été un élément clé de l’histoire de son déclin. La résolution de ces facteurs a pris beaucoup plus de temps que prévu, mais a finalement joué un rôle important dans la désinflation qui a suivi. »

Powell s’arroge les mérites du succès, la « politique monétaire restrictive » des banques centrales «a modéré la demande globale ».  même si la dés-inflationa été spontanée par simple disparition des causes qui lui avaient donné naissance. C’est ainsi que procèdent les illusionnistes pour faire croire qu’ils sont magiciens!

Powell a également accompli son travail de Grand Prêtre en entretenant quelques mythes issus des saintes écritures de la science économique ; mythes comme ceux:

-des anticipations inflationnistes qui produiraient l’inflation des prix des biens et services

-du taux d’intérêt naturel, la bestiole R * , taux que personne ne connait mais qui est le référent secret, le Graal de toute la politique monétaire puisqu’il ne produit ni inflation ni chômage

-du NAIRU , le taux de chômage naturel magique qui produit la croissance sans inflation

L’idée d’un taux naturel qui maintient l’inflation à un niveau bas sans nuire à l’expansion économique est l’une des inventions les plus grotesque de la science économiques, elle me fait penser à ces Mystères d’Eleusis auxquels seuls les grands Prêtres avaient accès!

Voici ce qu’en dit un membre du clergé gnomique Isabel Schnabel :

« Le problème est qu’il est impossible de l’estimer avec certitude, ce qui signifie qu’il est extrêmement difficile à mettre en œuvre… Le problème est que nous ne savons pas exactement où il se situe . »

Ces taux miraculeux ne cessent de bouger ! 

 « Naviguer à l’aide des étoiles peut paraître simple. Mais dans la pratique, guider la politique à l’aide des étoiles s’est avéré assez difficile ces derniers temps, car nos meilleures évaluations de la position des étoiles ont considérablement changé. »   « L’expérience a révélé deux réalités concernant la relation entre inflation et chômage, qui ont un lien direct avec les deux questions que j’ai évoquées au début. Premièrement, les étoiles sont parfois loin de là où nous les percevons. En particulier, nous savons maintenant que le niveau du taux de chômage par rapport à notre estimation en temps réel du NAIRU (u*) sera parfois un indicateur trompeur de l’état de l’économie ou de l’inflation future. Deuxièmement, l’inverse semble également être vrai : l’inflation n’est peut-être plus le premier ou le meilleur indicateur d’un marché du travail tendu et de pressions croissantes sur l’utilisation des ressources. »

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