Interview de MLP: Quand on dit que le Premier ministre ne concède rien, ce n’est pas au RN qu’il le fait mais à ses 11 millions d’électeurs. Comme s’il s’agissait de les rayer d’un trait de plume.

A relire

L’INTERVIEW DE MLP

Propos recueillis par Jules Pecnard et Soazig Quéméner pour La Tribune.

Incontestablement MLP atteint une nouvelle dimension politique depuis que le RN est devenu le premier parti politique de France; on sort des éternelles litanies sur l’immigration et on entre dans le vrai champ politique et républicain. ce qui veut dire que l’évolution et le succès du RN l’ont conduit aux portes de l’espace sacré qui consacre les partis dits de gouvernements.

Elle s’en tire plus que bien en faisant valoir la seule chose importante pour un parti de gouvernement à savoir le soutien des 11 millions d’électeurs.

Les positions du RN en cette période de crise politique déclenchée par le président nous semblent constituer le couronnement de l’évolution de ce parti vers l’intégration; nous avons dépassé le stade de la dediabolisation pour entrer dans celui de la participation.

Tous les responsables du RN sont ils à la hauteur de cette sorte de promotion? La question reste ouverte.

Si le reste du RN et ses électeurs suivent? cela bouleverse totalement l’échiquier politique français lequel est fondé sur la neutralisation de plus de 10 millions de voix .

Il faut souligner aussi au passage les progrès considérables accomplis par la cellule de personnes qui rédige ses interviews.

LA TRIBUNE DIMANCHE – L’ultimatum que vous avez fixé dans le cadre de vos négociations avec Michel Barnier s’achève demain. Des avancées sont-elles encore possibles  ?

MARINE LE PEN – Ce n’est pas un ultimatum. Je ne suis pas « maître des horloges » du calendrier parlementaire. Cette date de lundi correspond au jour du vote du PLFSS [projet de loi de financement de la Sécurité sociale], c’est tout. Il m’apparaît qu’au-delà de cette échéance, plus rien ne sera envisageable. Lorsqu’il a été désigné début septembre, le Premier ministre a indiqué qu’il construirait son budget en tenant compte de l’ensemble des forces politiques. Le Rassemblement national étant le premier groupe à l’Assemblée, nous nous attendions à être contactés assez rapidement pour pouvoir travailler sur ce budget. Il n’en a rien été. Nous avons présenté un contre-budget. De ce contre-budget, nous avons tiré à peine 10% des mesures pour en faire des lignes rouges, à savoir des suppressions de taxes ou d’impôts avec, en contrepartie, des recettes nouvelles, puisque nous ne voulons évidemment pas aggraver le déficit.

Le Premier ministre a fait des gestes dans votre direction, par exemple sur la taxation de l’électricité. L’ensemble des concessions représenterait 10  milliards d’euros d’après le  gouvernement. Avez-vous réellement envie de trouver un compromis  ?

Si nous n’avions pas eu envie de participer à l’élaboration d’un budget, j’aurais fait censurer le Premier ministre dès sa nomination. On ne peut pas nous dire que nous n’avons pas été constructifs. Et d’ailleurs, nous le restons.

Selon nos informations, Michel Barnier ne fera pas de nouvelles concessions auprès des différents groupes parlementaires. Un tel scénario ne rend-il pas la censure inéluctable  ?

Nous n’avons pris personne par surprise. Sauf à être obligés de considérer des folies qui ont été votées par les sénateurs LR il y a quelques jours, du type des sept heures de corvée pour les Français, nous n’avons absolument pas chargé la barque ou rempli le panier de courses à ras bord. M. Barnier a annoncé par exemple une baisse de l’aide médicale d’État… de 100  millions sur 1,2 milliard d’euros. Est-ce bien sérieux  ? L’Assemblée nationale a voté une baisse de 5 milliards d’euros de la contribution française à l’Union européenne [amendement déposé par le groupe RN]. Nous sommes venus à la table des négociations en proposant, dans un état d’esprit raisonnable, seulement une baisse de 1 milliard. Cela nous a été refusé. Quand on dit que le Premier ministre ne concède rien, ce n’est pas au RN qu’il le fait mais à ses 11 millions d’électeurs. Comme s’il s’agissait de les rayer d’un trait de plume.

Dans le cadre d’une négociation, ne faut-il pas accepter que toutes les lignes rouges ne  puissent être respectées  ?

Encore une fois, elles ne représentent que 10% de notre contre-budget. Nous avons été très raisonnables. Si le gouvernement nous donne, d’une part, quitus sur la désindexation des pensions ou sur le non-déremboursement des médicaments  ; d’autre part, puisqu’il a déjà fait ses annonces sur l’électricité et les allégements de charges sur les entreprises, s’il nous dit qu’il n’est pas d’accord avec notre manière de les financer, cela ne me poserait aucun problème. Ce qui me gêne, c’est qu’il donne de la main droite ce qu’il récupère de la main gauche. L’affaire de l’électricité est un cas d’école. Ce n’est rien qu’une annulation de taxe, donc en aucun cas un « cadeau » aux Français. Et en contrepartie, on augmente le coût du gaz  ? Ça, pour moi, c’est du Coluche  : « Donne-moi ta montre et je te donnerai l’heure. »

Laurent Wauquiez a pu annoncer ses gains sur  les retraites, Gabriel Attal a bénéficié d’un  traitement similaire sur les allégements de  charges. N’y a-t-il pas derrière ce bras de fer, de votre côté, une question d’ego, une nécessité de brandir une victoire politique  ?

Premièrement, les concessions obtenues par M. Wauquiez représentent 500 millions sur 4 milliards d’euros de désindexation. Il me semble avoir beaucoup survendu les concessions qu’il a obtenues. Deuxièmement, je n’ai aucun problème d’ego. J’ai des électeurs, qui ont le droit d’être entendus et qui ont fait de mon mouvement le premier groupe à l’Assemblée nationale. Le moindre respect à leur égard serait de tenir compte de leurs demandes et de ne pas faire ce que fait la classe politique depuis quarante ans, qui consiste à dire « on veut vos voix mais pas vos visages ». C’est tout. Ce que je veux, c’est que les Français et leur économie ne soient pas saignés à blanc.

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Sur les marchés financiers, les taux augmentent. La France est placée au niveau de la Grèce, illustrant l’affaiblissement du pays aux yeux des investisseurs. La tension politique actuelle ne risque-t-elle pas de coûter très cher aux Français  ?

La France a rejoint la Grèce il y a déjà plusieurs semaines. C’est la conséquence de sept ans d’amateurisme et de dérive spectaculaire de nos finances publiques. Si les marchés sont tendus, c’est à cause des 3  000 milliards d’euros de dette et à cause du fait que M. Barnier n’a proposé aucune économie structurelle sur le train de vie de l’État.

L’Agence Standard & Poor’s n’a pas dégradé la note de la France. Est-ce que c’est une manière d’appeler à la continuité du gouvernement Barnier, à une forme de stabilité  ?

J’ai arrêté de lire les agences de notation depuis l’affaire grecque. On leur accorde un pouvoir si important que, parfois, elles s’en servent pour des raisons politiques, comme elles l’ont fait pour enfoncer la Grèce dans la crise économique. Elles n’ont pas intérêt à amener de l’inquiétude à une situation déjà difficile, peut-être pour rassurer leurs clients.

La censure n’est pas inéluctable. Il suffit que M. Barnier accepte de négocier. Il est issu d’une famille politique qui a 47 députés. Cela devrait pousser à la discussion !

Selon une note du Trésor, si après la censure le budget était adopté par « loi spéciale », cela aggraverait notre endettement et nos déficits…

Mais ce budget 2024 ne serait que temporaire  ! Il permettrait une forme de continuité, éviterait de déclencher un mécanisme qui existe dans d’autres pays mais pas en France, à savoir le « shutdown ». À partir du moment où cette loi spéciale est votée, le débat sur le budget redémarre. Il y a quand même une tendance de l’exécutif consistant à essayer de se sauver la mise en paniquant tout le monde. Le système français est bien conçu, il n’y a absolument aucune raison de paniquer parce que rien n’est définitif. Ça remet juste les compteurs à zéro pour renégocier sur une base acceptable.

Vous évoquiez vos électeurs. Certes, ils veulent en majorité la censure mais ils peuvent aussi s’inquiéter de la suite. Que se passe-t-il si le gouvernement Barnier tombe  ?

Eh bien un nouveau gouvernement est nommé et, s’il n’est pas censuré, il va s’attacher à retravailler le budget.

Mais avec quel chef de gouvernement  ? Cet été, vous ne vouliez pas de Xavier Bertrand, vous ne vouliez pas non plus entendre parler d’un gouvernement de gauche avec des ministres issus de La France insoumise…

Excusez-moi, mais on ne va pas redémarrer le cinéma de la dernière fois où, tous les jours, il y a un nom qui sort et tous les jours on vient vous demander ce que vous en pensez. Le président de la République a des responsabilités, dont celle de nommer un Premier ministre qui ne soit pas immédiatement censuré. Donc nous verrons bien ce qu’Emmanuel Macron propose en cas de censure.

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Votre objectif ultime n’est-il pas d’inciter le chef de l’État à démissionner  ?

Si j’avais souhaité pousser le président à la démission, j’aurais censuré Michel Barnier dès le début et tous les gouvernements qui auraient suivi. Nous ne sommes pas dans cet état d’esprit. Maintenant, la Constitution prévoit trois leviers en cas de crise politique majeure. La dissolution a été utilisée et le remaniement semblerait, si la crise perdurait à la suite de plusieurs censures, tout à fait inutile. C’est vrai que la Constitution ne donnerait alors au président de la République, pour s’en sortir, qu’une seule solution  : la démission. C’est sa décision et celle de personne d’autre.

Cette menace de censure est-elle liée d’une manière ou d’une autre à une forme de dépit après les réquisitions à votre encontre dans l’affaire des assistants parlementaires européens du FN  ?

Quel est le rapport entre les réquisitions du parquet et la situation politique ? Ceux qui disent cela sont les mêmes qui, en règle générale, disent absolument n’importe quoi. Les lignes rouges du RN, tout le monde les connaît depuis des semaines. Nous avons été très clairs, très loyaux et transparents depuis le début. Nous avons dit  : si on ne tient pas compte de ce qui est inadmissible pour les électeurs du Rassemblement national, nous censurons. On ne prend personne en traître. La censure n’est pas inéluctable. Il suffit que M. Barnier accepte de négocier. Il est issu d’une famille politique qui a 47 députés. Normalement, cela devrait pousser à la discussion  ! Il ne souhaite pas le faire, c’est lui qui prend la décision du déclenchement de la censure.

Y a-t-il encore un canal de discussion entre Matignon et le RN  ?

Évidemment, des discussions existent depuis une bonne quinzaine de jours, mais manifestement, cela n’avance pas comme nous le souhaiterions. Personne n’est forcé, dans une négociation, par définition. Chacun conserve sa liberté.

Propos recueillis par Jules Pecnard et Soazig Quéméner pour La Tribune.

Une réflexion sur “Interview de MLP: Quand on dit que le Premier ministre ne concède rien, ce n’est pas au RN qu’il le fait mais à ses 11 millions d’électeurs. Comme s’il s’agissait de les rayer d’un trait de plume.

  1. La passivité du RN commençait à ressembler à de la complicité. Il est en position de force et fait vraiment le minimum syndical…

    Il ne faut pas en attendre trop. Ce parti s’est couché sur tout. Il a un complexe d’infériorité et encore en quête de crédibilité. Cela ressort de cette interview.

    Il ne lui reste plus que des intentions différentes des autres partis sur la politique migratoire.

    Ce n’est pas rien mais on est forcé de se contenter de peu.

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