Donald Trump, tout au long de ses campagnes et de ses mandats, a proposé un ensemble de mesures économiques et sociales qui visaient à réorienter la politique américaine. Ces mesures sont incontestablement populistes sinon démagogiques. Elles sont primaires, mais elles ont une relative cohérence, au moins superficielle.
Le slogan MAGA -qui emprunte beaucoup à ceux de Ronald Reagan en son temps- tourne autour de la grandeur et de la fierté d’être américain et c’est certainement ce qui a joué un rôle dans sa réélection.
Au plan pratique les mesures préconisées reflètent une vision protectionniste et isolationniste de l’économie, avec un fort accent sur l’indépendance énergétique et la réduction des régulations gouvernementales. Trump promet de renforcer les frontières et de lutter contre l’immigration illégale.
L’application de ces politiques pourrait avoir des effets contrastés sur l’économie et la société américaine, avec des risques d’augmentation de l’inflation et du déficit budgétaire, tout en créant des frictions diplomatiques et commerciales avec le reste du monde.
Au plan social, l’ensemble du dispositif de Trump est un dispositif de classe en faveur du capital Americain. Les droits de douane de Trump sont une tentative un peu naive de protéger le capital national contre la concurrence internationale, ce qui pourrait théoriquement si le dispositif fonctionne , renforcer la position des capitalistes nationaux.
Cette stratégie peut être interprétée comme une tentative de compenser la baisse tendancielle du taux de profit en augmentant les coûts pour les travailleurs et les consommateurs, ce qui équivaut à une hausse du taux d’exploitation des salariés.. L’augmentation des droits de douane qui sera certainement solvabilisée par la Fed va entraîner une hausse des prix pour les consommateurs et des coûts pour les entreprises, réduisant in fine le pouvoir d’achat.
Au plan du capital, la réduction des impôts, notamment pour les entreprises et les plus riches, est une politique qui favorise le capital au détriment du travail. Elle augmente la part du revenu national allant aux capitalistes, ce qui pourrait être utilisé pour investir davantage ou augmenter les profits.
Cette évolution théorique positive est peu probable car le capital aux USA ne manque pas, au contraire il y en trop et c’est justement parce qu’il y en a trop que les capitaux s’adonnent à la spéculation sur le capital ancien , au Monopoly et que les firmes rachètent leurs propre capital.
L’augmentation du déficit budgétaire qui va résulter de ces réductions d’impôts est macro-économiquement très favorable au secteur privé qui lui, va augmenter son épargne et ses profits au détriment des comptes de l’état.
Les dépenses du gouvernement et les déficits créent une demande finale qui ne pèse pas sur les profits du système. Trump va faire baisser ce que l’on appelle le cout de la demande.
La déréglementation promise par Trump est une libération des contraintes sur l’accumulation de capital, elle permettra aux entreprises de maximiser les profits en réduisant les coûts, souvent aux dépens de l’environnement, de la sécurité des salariés , ou des droits des consommateurs. Au niveau financier et bancaire, le facteur risque va progresser; l’instabilité va augmenter sensiblement les probabilités de crises financière.
Voici une synthèse de ces mesures basée sur les informations disponibles :
Mesures Économiques :
- Réduction des Impôts : Trump a proposé de prolonger et d’accentuer les baisses d’impôts initiées lors de son premier mandat avec le « Tax Cuts and Jobs Act » (TCJA), abaissant notamment l’impôt sur les sociétés de 21% à 15% pour certaines entreprises. L’idée était de stimuler la croissance économique et de réduire les impôts pour la classe moyenne, les entreprises, et même les pourboires pour augmenter le pouvoir d’achat.
- Protectionnisme et Droits de Douane : Il a annoncé une augmentation des droits de douane sur les produits importés, avec des taxes allant de 10% à 60% sur certains produits chinois, visant à réduire le déficit commercial américain et à protéger les industries nationales. Cette politique pourrait cependant entraîner une hausse de l’inflation et des tensions commerciales internationales.
- Déréglementation : Trump a mis en avant la dérégulation dans divers secteurs, notamment dans l’énergie pour favoriser la production nationale de pétrole et de gaz, mais aussi dans la finance en abrogeant des parties de la loi Dodd-Frank.
- Cryptomonnaies et Innovation : Il a exprimé l’intention de faire des États-Unis une « capitale mondiale du bitcoin et des cryptomonnaies », promouvant ainsi l’innovation et les nouvelles technologies.
Mesures Sociales :
- Immigration : Une politique stricte d’immigration était au cœur de ses propositions, incluant la construction d’un mur à la frontière mexicaine, l’expulsion massive de migrants illégaux, et la réintroduction de mesures comme le « Travel Ban » contre certains pays à majorité musulmane.
- Politique Énergétique et Environnementale : Trump a montré un scepticisme envers les politiques vertes, proposant de revenir sur des lois comme l’Inflation Reduction Act, favorisant plutôt l’augmentation de la production d’énergies fossiles et la levée des restrictions sur la production d’énergie.
- Santé : Il a critiqué l’Obamacare sans proposer de solution de remplacement claire, visant plutôt à promouvoir la concurrence pour réduire les coûts des soins de santé.
Parmi les mesures économiques annoncées par Donald Trump, plusieurs ont le potentiel d’influencer significativement la Bourse et les marchés financiers.
Voici les principales :
- Réduction des Impôts : La baisse de l’impôt sur les sociétés à 15% serait particulièrement bénéfique pour les actions des entreprises, surtout les petites capitalisations qui sont plus sensibles aux variations fiscales. Cela pourrait encourager les investissements et stimuler la croissance des bénéfices, augmentant ainsi potentiellement les cours boursiers.
- Droits de Douane et Protectionnisme : L’augmentation des droits de douane sur les importations, notamment de 10% à 20% sur la majorité des produits et jusqu’à 60% sur certains produits chinois, pourrait avoir des effets contradictoires. D’un côté, cela pourrait profiter aux entreprises américaines en réduisant la concurrence étrangère, mais de l’autre, cela pourrait entraîner une hausse des coûts pour les consommateurs et les entreprises, augmentant ainsi l’inflation. Les marchés pourraient réagir négativement à l’incertitude économique et aux risques de guerre commerciale, augmentant la volatilité.
- Déréglementation : La déréglementation dans les secteurs comme la finance, l’énergie, et la technologie pourrait stimuler les actions dans ces domaines, car elle réduit les coûts pour les entreprises et peut favoriser l’innovation. Par exemple, la dérégulation dans le secteur énergétique pourrait stimuler les actions des compagnies pétrolières et gazières.
- Politique Énergétique : L’augmentation de la production d’énergie fossile grâce à moins de restrictions environnementales pourrait profiter aux entreprises de ce secteur, mais potentiellement nuire aux énergies renouvelables. Les actions des compagnies pétrolières et gazières pourraient augmenter, tandis que celles des énergies vertes pourraient stagner ou diminuer.
- Support aux Cryptomonnaies : En exprimant un soutien aux cryptomonnaies, Trump pourrait attirer davantage d’investissements dans ce domaine, ce qui pourrait avoir un impact positif sur les actions liées aux technologies de la blockchain et aux entreprises crypto.
- Inflation et Politique Monétaire : Les politiques de Trump pourraient entraîner une hausse de l’inflation, ce qui pourrait conduire à une augmentation des rendements obligataires et affecter négativement les marchés boursiers à long terme. Cependant, à court terme, l’anticipation de politiques de croissance pourrait soutenir les actions.
- Immigration : Des mesures strictes sur l’immigration pourraient réduire la main-d’œuvre disponible, ce qui pourrait influencer à la hausse les salaires dans certains secteurs, augmentant les coûts pour les entreprises, mais potentiellement bénéficiant à certaines actions liées à l’automatisation ou aux services pour compenser la pénurie de main-d’œuvre.
Ces mesures comportent en contrepartie plusieurs risques financiers et monétaires significatifs mais Trump a l’air de considérer que l’on peut « séparer le bien du mal » et « les causes de leurs conséquences »: :
- Volatilité des Marchés :
- Augmentation des Coûts pour les Entreprises :
- Impact sur les Petites et Moyennes Entreprises (PME) :
- Risques de Récession :
Les risques monétaires ne sont pas négligeables :
- Inflation Accrue :
- Valeur du Dollar :
- Si les investisseurs cherchent la sécurité dans les actifs américains en réponse aux politiques de Trump, cela pourrait entraîner une appréciation du dollar. Une monnaie plus forte rend les exportations américaines moins compétitives, pouvant nuire aux entreprises exportatrices.
- En sens inverse une spirale négative sur le financement des déficits et le roulement des dettes peut entrainer une méfiance ou une crise de confiance qui feraient chuter le dollar et déstabiliserait le chateau de cartes de l’exceptionnalisme américain..
- Déficit et Dette Publique :
- La réduction des impôts sans une réduction correspondante des dépenses publiques augmente le déficit budgétaire, ajoutant à la dette publique déjà élevée. Cela pourrait entraîner des préoccupations à long terme sur la soutenabilité de la dette et potentiellement affecter la confiance des investisseurs dans les obligations d’État américaines.
- Incertitude sur la Politique Monétaire :
- Impact sur les Marchés Émergents :
Les mesures de Trump, comportent des risques considérables de volatilité accrue par la spéculation , de fortes probabilités d’inflation, de tensions commerciales, et de pression sur le système financier mondial par choc sur le Reste du Monde et les Emergents..
Les mesures économiques et sociales annoncées par Donald Trump ne sont cohérentes qu’au niveau superficiel sinon réthorique!
Les droits de douane élevés pourraient augmenter l’inflation, ce qui contredit l’objectif de réduire la pression fiscale sur les consommateurs. La réduction des impôts sans une réduction des dépenses publiques équivalente va conduire à un déficit plus important, ce qui pourrait, à long terme, compromettre la soutenabilité de la dette publique et affecter la croissance économique tant désirée. Un cercle vicieux alimenté par la hausse des taux n’est pas exclu avec aggravation des charges d’intérêt, avec chute de la bourse, avec disparition des rentrées fiscales produites par les plus values, or le système fiscal américain est très dépendant de ces plus values.
Ce n’est pas un hasard si le rendement des valeurs du Trésor américain, ou bons du Trésor, augmente. Les investisseurs anticipent une hausse de l’inflation. Les investisseurs exigent un rendement plus élevé pour compenser la perte de pouvoir d’achat de leurs investissements ce qui en retour alimente les anticipations inflationnistes et peut même les désancrer.
La politiques de Trump, notamment en matière de commerce avec des droits de douane élevés, peut faire monter les rendements en créant de l’incertitude économique. Le plus grave est cependant constitué par la destruction de l’ancien système monétaire dit de Bretton Woods II qui permettait le financement sans douleur des déficits par le recyclage quasi automatique. Il y a de fortes chances pour que ce système très bénéfique aux USA soit mis à mal structurellement .
Si on considère comme je le fais que tout au long de ces dernières décennies le système américain a évolué pour s’adapter afin de se reproduire et de conserver le plus longtemps possible son hégémonie, alors les mesures de Trump risquent de désadapter les USA par leurs conséquences non voulues.
Les politiques protectionnistes et isolationnistes de Trump vont éroder la position des États-Unis en tant que leader économique mondial. La réduction de la coopération internationale et l’instauration de guerres commerciales vont affaiblir les alliances économiques et diplomatiques, remettant en question la capacité du pays à influencer les normes mondiales . Les politiques de Trump, particulièrement en matière de commerce et de défense (comme la pression sur l’OTAN), vont détériorer les relations avec des alliés clés. Cela pourrait saper les adaptations diplomatiques et militaires qui ont maintenu un ordre mondial favorable aux intérêts américains.
L’augmentation des droits de douane et les barrières commerciales vont perturber les chaînes d’approvisionnement mondiales, qui se sont adaptées depuis la mondialisation pour optimiser l’efficacité et la compétitivité des entreprises américaines. La politique de réduction des impôts sans coupes équivalentes dans les dépenses publiques peut augmenter le déficit et la dette publique, rendant le système financier américain plus vulnérable aux fluctuations des taux d’intérêt et à la confiance des investisseurs. Cela pourrait nuire à la capacité du système financier à gérer de grandes quantités de dette avec une confiance relativement stable.
Enfin, en favorisant l’énergie fossile et en s’opposant aux régulations environnementales, Trump pourrait ralentir la transition vers une économie verte, mettant les États-Unis en retard dans une course mondiale à l’innovation et à la compétitivité dans les technologies propres.
Mon pronostic personnel sur le plan de Trump est négatif car il est simpliste dans un monde complexe, ou tout est lié, enchevêtré. Nous sommes dans un système hautement complexe et cela Trump ne l’a absolument pas compris et ses associés et suiveurs non plus.
Mais les raisons pour lesquelles il va échouer sont multiples et surtout contradictoires; on ne peut les démêler aisément car tout dépendra des réactions de la Fed , des marchés et de l’environnement international.