Il faut hélas parler de Trump puisque c’est l’actualité et que mes réflexions et mes analyses partent de l’actualité et non de l’idéologie ou de la philosophie. Mon travail remonte du réel , il n’est pas une projection d’un schéma de haut en bas.
Donc je parle de l’actualité pour lui donner un sens, pour l’insérer l’inclure dans le continuum historique et voir si cela correspond au jeu des forces que je mets régulièrement en évidence.
Trump est un produit de la grande crise du capitalisme financiarisé; il exprime les divisions sociales, politiques sociétales et géopolitiques qui ont été produites par la crise et ses faux remèdes, il exprime le refus d’une partie de la population d’être laissée pour compte, d’être méprisée, déplorabilisée, stagnante en terme de niveau de vie, sans avenir etc.
Trump c’est continuité et une fausse rupture, il reste « in the box », mais sous des formes caricaturales, exacerbées , expressionnistes, plus ou moins libérées, cyniques.
La crise a entrainé des remèdes qui ont consisté à faire « plus de tout ce qui a produit la crise » comme: la politique monétaire non conventionnelle , la spéculation financière et les déficits, l’unilatéralisme international, l’agressivité, puis l’impérialisme et la guerre.
Tout cela a fracassé le consensus politique traditionnel, l’Amérique s’est ultra polarisée et Trump est l’homme de cette extrême polarisation.
Pour gagner il a fait lui, l’ex-ringard patron de casino, spéculateur immobilier a crédit , alliance avec les grands oligarques de la Grande Technologie, post moderne, ce qui élargi son électorat, ses perspectives et a enrichi son futur programme.
Trump est la personne qui va continuer de déstructurer Washington la Folle, Washington la dysfonctionnelle et mettre un peu plus de chaos dans un univers qui a perdu le contact avec la réalité nationale et internationale.
Grace aux alliances avec les oligarques , Trump.2 s’envoie en l’air dans un nouvel imaginaire d’exceptionnalisme américain. Il entend faire sauter les limites de l’ancien exceptionnalisme en abandonnant toutes les retenues, en n’hésitant plus à utiliser ce qui reste de domination américaine. Il lie son sort à la vague de post modernisme idéologique et à sa vague délirante illustrée par l’IA, les Cryptos, la Propagande, etc.
L’alliance entre Donald Trump, ancien magnat des casinos, et les oligarques de la grande technologie comme Peter Thiel ou Musk peut être expliquée par plusieurs facteurs interdépendants :
- Intérêts Mutuels en Politique et Économie :
- Dérégulation et Fiscalité : Trump a promis des réductions d’impôts et une dérégulation qui sont particulièrement attrayantes pour les entreprises technologiques. Par exemple, la réduction de la réglementation pourrait faciliter les opérations de ces entreprises, notamment dans des secteurs comme l’intelligence artificielle ou la cryptomonnaie, où Peter Thiel a des intérêts significatifs.
- Idéologie Partagée :
- Libertarianisme et Anti-Établissement : Thiel, et d’autres comme lui, ont une vision qui combine le libertarianisme avec une certaine forme de nationalisme. Cette idéologie résonne avec l’approche anti-établissement de Trump. Thiel a notamment soutenu Trump dans sa campagne de 2016, voyant en lui un moyen de contester les normes politiques établies.
- Opportunités Stratégiques :
- Influence Politique : En soutenant Trump, ces oligarques cherchent à influencer les politiques publiques à leur avantage. Par exemple, Thiel a été impliqué dans la sélection de certains membres du cabinet de Trump, ce qui lui donne un levier pour orienter les politiques en faveur de ses intérêts commerciaux.
- Contrats Gouvernementaux : Les entreprises de Thiel, comme Palantir, bénéficient de contrats avec le gouvernement américain. Un administration favorable peut ouvrir davantage de portes pour de tels contrats.
- Réseau de Relations :
- Liens Personnels et Professionnels : Thiel et d’autres technocrates ont des liens personnels et professionnels avec Trump. Thiel a été un des premiers investisseurs de PayPal, une entreprise co-fondée par Elon Musk, qui est également proche de Trump. Ce réseau de relations facilite une alliance mutuellement bénéfique.
- Vision pour le Futur :
- Transformation de la Société : Certains de ces oligarques voient en Trump un pion pour des changements sociétaux plus vastes. Ils ont par exemple, des visions utopiques ou dystopiques des sociétés, incluant des concepts comme les « network states » ou l’exploitation de territoires comme le Groenland pour des projets futuristes.
Trump et ses amis ne vont pas faire émerger l’ordre nouveau qui succèdera à celui de l’ordre capitaliste financiarisé à bout de souffle car ils n’ont ni diagnostic ni remèdes aux problèmes actuels de nos sociétés, mais il complètera l’ancien par une certaine modernité ce qui le fera éclater par les antagonismes du développement inégal et inégalitaire.
Trump le grand destructeur
Avant que l’ordre nouveau inévitable ne naisse, ne s’instaure, il faut des destructions et Trump est le point de rencontre entre le hasard de la destruction et sa nécessité logique et historique.
21 janvier – Axios:
Donald Trump et le mouvement populiste MAGA seront étudiés pendant des générations. Le président Trump a une capacité unique à exploiter la colère, l’amertume et l’insécurité. Il est passé maître dans l’art d’identifier les sources à blâmer pour les injustices que tant de gens ressentent : l’immigration, un gouvernement fédéral dysfonctionnel, l’« établissement », l’« État profond », la corruption, le libéralisme, le déclin culturel, une histoire de dirigeants peu disposés à exiger que le monde cesse de tirer profit des États-Unis .« Le président Trump a tenté d’effacer les limites extérieures du pouvoir exécutif lundi, déclenchant une série d’affrontements constitutionnels qui pourraient limiter – ou permettre – sa vision d’un second mandat maximaliste.
Quelques heures « après sa prise de fonction, Trump a défié les tribunaux, le Congrès et son opposition fragmentée de faire obstacle à ce qui pourrait être son héritage le plus durable : une expansion radicale du pouvoir présidentiel. Il l’a fait publiquement et avec panache – en signant une première série de décrets exécutifs devant une foule en liesse à la Capitol One Arena, avant de retourner à la Maison Blanche. Trump y a signé une série de décrets, annoncé que le Canada et le Mexique seraient probablement confrontés à des droits de douane de 25 % à compter du 1er février et gracié environ 1 500 accusés du 6 janvier. Trump a également commué les peines de 14 Oath Keepers et Proud Boys reconnus coupables de conspiration séditieuse ».
The Economist :
« Bienvenue dans la présidence impériale de Donald Trump. » Nous sommes témoins d’une concentration démesurée du pouvoir qui remet en cause notre système de freins et contrepoids et la séparation des pouvoirs entre nos trois branches du gouvernement. Un individu peut déterminer presque individuellement les tarifs douaniers et la politique commerciale des États-Unis ; déclarer l’état d’urgence énergétique national ; négocier le sort de Tic Tok ; répudier le 14e amendement ; mettre fin à la participation des États-Unis à l’Accord de Paris et à l’Organisation mondiale de la santé ; suspendre la participation au Global Tax Deal ; abroger les initiatives sur le changement climatique ; supprimer les programmes gouvernementaux de DEI ; interdire aux fonctionnaires fédéraux de contraindre les entreprises de médias sociaux à lutter contre la désinformation, etc.»
Les questions et les problèmes auxquels Trump entend s’attaquer sont réels, je veux dire par là qu’ils existent mais ce qu’il ne comprend pas c’est que ce ne sont que des symptômes, des apparences, des modes d ‘extériorisation de problèmes bien plus profonds bien plus complexes; son atout qui est constitué par son bons sens un peu « spontex », primaire et sans scrupule est en vérité un handicap dans le monde actuel. Le monde actuel est fragile, ce n’est pas un monde de butor , non c’est un monde interconnecté, multifacettes, interdépendant ou tout est dans tout. Le monde actuel est fortement entropisé..
Il faut être ouvert à une « disruption » bien nécessaire à Washington. L’immigration, la surréglementation et l’« État profond » constituent des cibles justifiées , mais le monde est complexe, hostile et terriblement incertain.
Les plus grands risques/défis auxquels l’Amerique – et le monde entier – sont confrontés sont peu propices à des solutions rapides. Ils exigent une analyse approfondie, une planification et une stratégie à long terme, des décisions difficiles, des sacrifices et une détermination inébranlable contre vents et marées. Trump est un homme de court terme.
La fixation sur « l’ennemi de l’intérieur » et « le reste du monde qu’il faut mettre au pas » va absorber une énergie considérable et coûter cher en terme de conflits et pertes de soutiens.
En particulier le contexte géopolitique extraordinairement tendu va créer un risque non négligeable et croissant de « Troisième Guerre mondiale ». Une orientation stratégique rationnelle exige une détermination à soutenir les alliés et les alliances, plutôt que la gratification immédiate d’extraire des concessions commerciales du cercle des vassaux . Les conséquences du désaveu climatique seront profondes et innombrables et ce, même si Trump a en partie raison sur ce sujet.
La fragilité d’un monde tout en bulles
La question des marchés spéculatifs chauffés à blanc en liaison avec celle de la future politique monétaire et du change surévalué de 20% au moins du dollar est explosive. Et en ces matières personne n’est maitre du calendrier, le hasard est Maître des Horloges.
19 janvier – Financial Times
Trump a promis de signer des dizaines de décrets exécutifs dès sa prise de fonctions, notamment des mesures visant à augmenter la production énergétique américaine et à réduire les formalités administratives. « Tout est question de croissance », a déclaré Simon Freakley, directeur général du cabinet de conseil AlixPartners. « Chaque investisseur se prosterne sur l’autel de la croissance, chaque PDG sert sur l’autel de la croissance et réfléchit à la manière de stimuler la croissance dans cet environnement.
Les marchés sont résolument risk-on , le prix du risque est « zero », il est éliminé du système privé, , rejeté sur l’extérieur c’est a dire sur le couple Fed/Trésor alors que ces deux institutions sont débordées, sur sollicitées.
Les marchés se réjouissant du couronnement de Trump sans souci pour l’incroyable fragilité et l’extrême instabilité que contient son programme.
21 janvier – Bloomberg :
« Le président Donald Trump fait face à une multitude de vents contraires qui pourraient contrecarrer sa capacité à générer un boom pour l’économie américaine, selon le professeur de l’université Harvard Ken Rogoff… L’ancien économiste en chef du Fonds monétaire international a déclaré que les politiques promises cette fois-ci sont moins susceptibles de favoriser la croissance par rapport à son premier mandat à la Maison Blanche.
« Chaque promesse de campagne est pratiquement contre-productive – je veux dire, vous pouvez aller aux tarifs douaniers, à la sécurité sociale qui n’est pas taxée, et ainsi de suite », a déclaré Rogoff à Bloomberg… « Il est moins évident qu’il ait la même marge de manœuvre pour mener à bien ses politiques. Et quand il est arrivé, les taux d’intérêt étaient nuls. Maintenant, ils ne le sont plus… Si nous nous concentrons uniquement sur les politiques, les choses qu’il a faites au cours de son premier mandat, je pense que dans l’ensemble, elles ont été constructives pour l’économie – la déréglementation, les réductions d’impôts, la suppression de la déduction fiscale pour les États et les collectivités locales… Il a beaucoup de contraintes auxquelles il n’a pas été confronté la première fois. Je ne pense donc pas que l’on puisse s’attendre à un boom comparable à celui de la dernière fois« .
Le risque attaché à Trump.2 n’est pas apprécié par les Bourses
- Volatilité Accrue : Les marchés vont connaitre une période de haute volatilité en raison des politiques incertaines et des possibles tensions géopolitiques. Les marchés asiatiques, en particulier la Chine, et les marchés européens pourraient souffrir si les droits de douane sont appliqués comme promis.
- Inflation et Taux d’Intérêt : Les politiques économiques de Trump, comme la réduction de l’immigration et l’augmentation des tarifs douaniers, sont perçues inflationnistes. Cela pourrait pousser la Fed à augmenter les taux d’intérêt pour contrôler l’inflation, ce qui obligerait les marchés obligataires a réclamer des rendements plus élevés.
- Bourses bullaire et Secteurs à la mode : Les marchés actions américains ont réagi positivement à la victoire de Trump en raison de l’anticipation de baisses d’impôts, de déréglementation, et de politiques favorables aux entreprises. Les secteurs comme la technologie, les banques, et les entreprises domestiques ont bénéficié d’anticipations incroyablement généreuses.
- Valeurs Risquées et Spéculatives : L’anticipation de politiques économiques pro-business a également alimenté un intérêt pour les actifs risqués comme le Bitcoin et certaines actions technologiques, notamment celles liées à Elon Musk .

Cependant, il est essentiel de noter que les réactions initiales des marchés peuvent ne pas refléter les impacts à long terme, surtout si les politiques annoncées ne sont pas mises en œuvre comme prévu ou si elles sont ajustées.
impact sur l’inflation
politique économique Biden
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