Les money market funds (fonds monétaires) sont souvent perçus comme des placements sûrs, car ils investissent principalement dans des instruments à court terme et de haute qualité, comme des bons du Trésor ou des certificats de dépôt. Cependant leur exposition potentielle aux risques est importante , notamment en période de tourmente boursière, en lien avec les opérations de levier et les risques de contrepartie.
1. Implication dans les opérations de levier
Les money market funds ne sont pas directement des véhicules qui utilisent le levier pour amplifier leurs rendements, contrairement à certains hedge funds ou produits dérivés. Leur objectif principal est la préservation du capital et la liquidité.
Cependant, ils peuvent être indirectement impliqués dans des opérations de levier via le système financier plus large. Par exemple, ces fonds prêtent souvent à des institutions financières (banques, fonds d’investissement) via des mécanismes comme les pensions livrées (repos). Ces prêts, garantis par des actifs, servent de collatéral à des acteurs qui, eux, utilisent le levier pour leurs propres stratégies. En période de stabilité, cela fonctionne bien, mais en cas de stress sur les marchés, la valeur des collatéraux peut chuter, rendant ces opérations plus risquées.
2. Risques de contrepartie
Le risque de contrepartie est un facteur clé.
Les money market funds dépendent de la solvabilité des émetteurs de titres qu’ils détiennent ou des institutions auxquelles ils prêtent. Si une contrepartie (par exemple, une banque ou un fonds utilisant du levier) fait défaut, cela peut entraîner des pertes, même si les fonds monétaires sont censés limiter ce risque en sélectionnant des actifs de haute qualité. En 2008, par exemple, le Reserve Primary Fund a « cassé le buck » (sa valeur liquidative est tombée sous 1 $) à cause de son exposition à des titres de Lehman Brothers, illustrant ce danger en période de crise.
En cas de tourmente boursière, les contreparties fortement endettées ou exposées à des actifs risqués peuvent voir leur situation se dégrader rapidement, augmentant le risque pour les fonds monétaires qui leur sont liés. Cela est d’autant plus vrai si ces fonds participent à des opérations de repo ou détiennent des titres d’entreprises affectées par la volatilité des marchés.
3. Résilience face à la tourmente boursière
En théorie, les money market funds sont conçus pour être résilients, grâce à leur focus sur des actifs liquides et à court terme. Mais une crise sévère peut provoquer des retraits massifs de la part des investisseurs, forçant les fonds à vendre des actifs dans un marché en baisse, ce qui peut amplifier les pertes. De plus, si les collatéraux utilisés dans les opérations de repo perdent de la valeur ou deviennent illiquides, les fonds peuvent subir des pressions importantes. Cela a été observé lors de la crise de mars 2020, où certains fonds monétaires ont eu besoin d’un soutien des banques centrales pour éviter une crise de liquidité.
4. Mon point de vue
Je pense que les money market funds ne sont pas aussi « sans risque » qu’on le prétend souvent, surtout dans un contexte de tourmente boursière où les interconnexions financières amplifient les chocs. Leur implication indirecte dans des opérations de levier via les repos ou d’autres mécanismes les expose à des risques systémiques et de contrepartie qui ne sont pas toujours évidents en surface. Cela dit, leur niveau de risque reste généralement plus faible que celui des actifs boursiers ou des fonds spéculatifs, car ils sont réglementés et limités dans leurs investissements. Le vrai danger survient dans des scénarios extrêmes où la confiance s’effondre, où les contreparties vacillent et où la liquidité se tarit.
Les money market funds ne sont pas immunisés contre les crises, et leur sécurité dépend largement de la qualité de leurs contreparties et de la stabilité du système financier. En période de tourmente, ils peuvent être vulnérables.