Il est de plus en plus difficile , selon moi d’interpréter les marchés; ils comportent une part de spontanéité mais ils incluent une part de plus en plus importante de Volonté , de téléonomie. Ils s’intègrent dans des projets, ils sont de moins en moins des résultantes et de plus en plus des moyens, des outils tactiques et stratégiques des pouvoirs. J’entends par pouvoirs ceux du Trésor US, ceux de la Fed et ceux des super capitalistes qui sponsorisent les gouvernements.
Les théories comme celles de l’efficience des marchés comme produits par les nouvelles/les informations ont permis par le jeu de la Com, de prendre le contrôle des bourses, et ceci a été bien utilisé par Greenspan, Bernanke et maintenant Powell; mais jusqu’à présent le Trésor US était resté assez technique, plus ou moins à l’écart des manipulations boursières; or la nomination de Bessent, financier d’envergure change la donne, lui aussi a une compétence et une stratégie financière! Il a un projet, une ligne directrice, des besoins et il connait les ressorts, les mécanismes financiers tels qu’ils sont à l’œuvre à l’intérieur des marchés.
Je soutiens que non seulement les marchés ne nous disent plus rien concernant la réalité mais qu’ils ne nous disent quelque chose que sur le jeu complexe entre la Réalité, les Projets, la Fed, le Trésor, le Très Grand Capital Financier et Technologique.
Par exemple, Bessent a forcément une stratégie qui tient compte de la nécessité absolue de réussir à « rouler » les dettes et à assurer le refinancement de 9 trillions de dettes du gouvernement. Il a forcément présent à l’esprit le besoin de stabiliser la Bourse pour éviter les effets de richesse/patrimoine négatifs qui produisent de la rétention de la demande et de la récession. Il a forcément une idée de ce qu’il convient de faire à court terme pour éviter les enchainements désastreux sur le dollar etc . Mais Bessent sait aussi que la surévaluation antérieure des Magnificent 7 était intenable et qu’elle constituait une épée de Damoclès sur la stabilité.
Au 12 mai, le S&P 500 n’était en baisse que de 1 % depuis le début de l’année, le Dow Jones stagnait et le Nasdaq était en baisse de 3 %.
Mais les indices sont trompeurs car sous la stabilité apparente on trouve des divergences considérables et ce sont ces divergences qui, en fait, sont significatives.
• Baisse moyenne des valeurs du NASDAQ : -43 %
•Baisse moyenne Russell 2000 : -37 %
• Baisse moyenne du S&P 500 : -23 %
Seuls 21 % des membres du S&P 500 ont surperformé l’indice au cours de l’année écoulée.
Ce résultat est historiquement cohérent avec les cycles boursiers avancés, lorsque les capitaux cessent de circuler au sein des actions et commencent à quitter le marché. Quand l’appétit est plus faible, la recherche se concentre, l’intérêt est moins généralisé, on n’achète plus n’importe quoi, on est sélectif.
L’effondrement des « 7 Magnifiques » résorbe les valorisations et les remet à des niveaux plus supportables. Cela réduit la fragilité et donc le risk.
Le leadership du marché de l’année dernière s’ est s’effondré :
Tesla : -21 % YTD, classé 481e , Apple et Alphabet : chacun en baisse de -16 % , Nvidia : en baisse de -8 %, malgré un discours incessant sur l’IA .Seuls Meta (+9 %) et Microsoft (+7 %) sont positifs
Il s’agit d’une rotation structurelle. Le leadership pointu qui masquait autrefois la fragilité du marché s’est effondré. On a vu cela : pensez à Cisco et Intel en 2000, ou à la rotation des FAANG au premier trimestre 2022.
Il ne s’agit pas d’une faiblesse aléatoire ou technique du marché. Cette tendance suggère une coordination et potentiellement une intention stratégique.
Le secrétaire au Trésor Scott Bessent pourrait bien jouer un rôle plus profond :
Utiliser la volatilité induite par les tarifs et le désordre contrôlé pour briser l’euphorie spéculative
Maintenir la courbe des taux raide/pentue pour attirer les capitaux étrangers à long terme
Réduire les valorisations des actions et re-instiller les primes de risque pour réorienter les flux de capitaux vers la dette souveraine, les actifs réels et les infrastructures critiques
Je ne fais pas de complotisme mais je dis que tout se passe comme si il s’agissait du début d’une phase de refondation financière, et non d’une crise. Un réaménagement qui aurait en fait débuté lors du choc de DEEPSEEK.
Choc qui marque la fin du mythe de l’exceptionnalisme et la prise de conscience de la réalité , réalité des faiblesses structurelles réelles . Faiblesses qui ont besoin d’être corrigées. Et qui impliquent une autre canalisation des ressources.
N’oubliez pas
Tout se passe comme si les États-Unis choisissaient de laisser les secteurs surévalués corriger pour réaffirmer leur contrôle monétaire global, tout en drainant les capitaux de leurs concurrents mondiaux. Bessent ne cesse de répéter qu’il veut que le Reste du Monde investisse aux USA et Trump fait le collecteur auprès du Japon et des producteurs de pétrole comme l’Arabie Saoudite..
La liquidité n’a pas disparu, elle est redirigée. La fragilité qui découle de la concentration se résorbe. La demande étrangère est courtisée. Un dollar plus fort, une courbe de taux abrupte et une réinitialisation des marchés boursiers signalent une tentative d’attirer des capitaux vers les bons du Trésor à des conditions favorables aux États-Unis.
Il s’agit d’une reconstitution logique et contrôlée de la prime de risque des actions, et non d’une panique. C’est un rappel : dans une guerre des devises, le marché boursier n’est qu’un outil politique parmi d’autres.
Conclusion: ne confondez pas les baisses spectaculaires ciblées avec la santé du marché. Il ne s’agit pas de volatilité, ou de mode, mais de changement de régime. L’argent est peut être redirigé vers les endroits ou il est considéré comme plus utile sinon indispensable
L’Arabie saoudite va investir 600 milliards de dollars aux États-Unis – Fiche d’information de la Maison Blanche
Le deal parait énorme mais il doit pourtant être relativisé quand on sait que les saoudiens détiennent déjà plus de 10 % de la capitalisation boursière américaine.L’argent est plus que jamais inodore.Dans ce monde d’inversion les palestiniens sont les mauvais musulmans et les saoudiens les bons…
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