Editorial: les mystères du fonctionnement du système capitaliste moderne.

Tout le monde croit que les profits galopent parce que les marges bénéficiaires (bénéfices sur chiffres d’affaires) sont élevées et que les salaires sont comprimés.

Les profits sont, à partir de là, jugés abusifs, inéquitables.

Le capitalisme est, à partir de là, jugé prospère!

C’est une apparence.

Elle est volontairement entretenue par les capitalistes et leurs mercenaires; ils préfèrent laisser croire que les profits sont abusifs et même prospères plutôt qu’expliquer le fonctionnement réel du capitalisme.

Pourquoi ?

Si le fonctionnement réel du capitalisme était exposé, alors les combats sociaux et politiques porteraient sur les vrais déterminants du système.

On veut que vous croyiez que le ratio important dans le système est le ratio bénéfice sur chiffre d’affaires, c’est à dire la marge bénéficiaire. Autrement dit le profit réalisé par rapport à la production.

Rien n’est plus faux. car le ratio important dans le système c’est le ratio du profit par rapport au capital engagé pour produire.

Le système est commenté sur l’apparence de l’importance des marges bénéficiaires réalisées sur les productions , mais il fonctionne sur la réalité du poids déterminant du ratio de profitabilité par rapport au capital.

Ce faisant le système se rend aux yeux du public, inintelligible!

Dans le monde moderne il faut de plus en plus de capital pour produire un même volume de biens et de services! Il faut sans cesse investir.

L’intensité capitalistique progresse sans arrêt .

Ce qui veut dire que le besoin de profit progresse sans arrêt lui aussi.

Si ce besoin n’est pas satisfait les détenteurs de capitaux cessent d’investir, ils font la grève ou vont ailleurs, ou ils font autre chose comme jouer et spéculer.

Vous commencez à comprendre que ce chiffre de la masse de capital dans un système est déterminant.

Il est central dans le système, car c’est lui qui détermine le besoin de profit, c’est lui qui décide, à partir de là, si on investit ou si on n’ investit pas . Si dans un système il y a beaucoup trop de capital par rapport au profit que l’on peut réaliser alors le système ne peut fonctionner de façon harmonieuse, il dysfonctionne .

La pratique qui consiste à escamoter le vrai mode de fonctionnement du capitalisme est une mystification. Elle permet de « voiler » le paramètre essentiel, fondamental de l’activité capitaliste: la masse de capital engagée pour produire le chiffre d’affaires du pays (son GDP) !

Cela permet de ne pas parler de ce qui est essentiel dans le système: l’accumulation sans fin du capital! Accumulation sans fin du capital qui génère le besoin insatiable de profit.

Le capital, c’est ce qui donne le droit à prélever sur la production et on comprend bien sur que les théoriciens du capitalisme n’ont pas envie de mettre le projecteur sur l’accumulation de capital, sur sa tendance à la croissance, sur sa tendance à capitaliser! Si ils mettaient le projecteur sur cette donnée essentielle ils seraient obligés d’expliquer que le vrai moteur du système c’est l’accumulation et son corolaire, le besoin de profit , lequel besoin oblige à toujours augmenter les bénéfices pour maintenir la valeur de la masse de capital.

Le fait majeur des sociétés modernes est que la masse de capital dans nos sociétés croît plus vite que masse des productions et que la masse des profits.

Tout cela est relié à la question des Bourses ; elles sont devenues le centre du système et ce sont elles qui sont chargées de faire respecter le critère du profit. elles fonctionnenet selon le vrai mode capitaliste c’est à dire quelles fonctionnent sur la base du ratio de profitabilité , ratio du profit rapporté à la masse de capital.

Les Bourses donnent à voir la réalité du système capitaliste, réalité que les intellectuels du capital connaissent parfaitement, mais que les agents économiques lambda ne sont pas censés comprendre.

La Bourse est le vrai révélateur du système surtout dans sa fonction moderne exacerbée, dominante. Tout se fait à la bourse et si on l’a compris on comprend mieux l’exceptionnalisme américain car aux USA la Bourse domine tout, elle impose sa loi, la loi de la profitabilité.

La Bourse donne à voir la contradiction qui permet au système de durer; les peuples vivent sur une idée fausse, sur une ignorance, sur un non-savoir; la Bourse , elle, vit sur une idée juste; tout se fait à la Corbeille contrairement à ce que croyait de Gaulle.

Merveille dialectique que celle d’une situation ou une société vit sur une ignorance et un non-su alors que le Réel lui est mu par une logique cachée mais connue et maitrisée par ses Grands Prêtres, les financiers!

Quand on dit que la Bourse est chère ont croit que cela veut dire que le capital est prospère; or c’est faux!

Dire que la Bourse est chère c’est dire que le multiple cours-bénéfice est élevé, supérieur aux moyennes historiques ; cela veut dire que quand on achète par exemple une unité de S&P 500 à 20 fois les bénéfices , on n’a qu’un maigre rendement bénéficiaire de 5%, on doit se contenter de 5%; mais si le S&P était bon marché comme il pouvait l’être dans l’histoire à 10 fois les bénéfices, alors le rendement du capital serait copieux, il serait de 10%!

Le capital en tant que tel n’est pas prospère intrinsèquement, il rapporte peu, moins que dans le passé, mais il est bonifié! Voir les graphiques ci dessous.

Il est bonifié par le mécanisme du Ponzi. Par l’alchimie financière.

La profitabilité interne, endogène est bonifiée par la production continue de plus value sur les prix du capital, par la tendance haussière imprimée aux indices, ce qui signifie qu’il est bonifié de façon exogène par la production de pouvoir d’achat boursier, pouvoir d’achat boursier qui est constituée de monnaie et de dettes .

Le capital n’est rentable qu’en apparence grâce à une politique monétaire délibérément inflationniste c’est a dire qui vise faire progresser la Bourse et à la soutenir quand elle veut baisser.

La tendance à la hausse continue des prix du capital équivaut à une tendance à la baisse continue du rendement de ce capital. Le capital, quand il est payé plus cher rapporte de moins en moins mais ses détenteurs anciens s’enrichissent, ils font un profit fictif en revendant ce capital ancien aux détenteurs de nouveau pouvoir d’achat financier.

Comment se fait-il que les capitalistes acceptent cette situation? Tout simplement parce la hausse des prix du capital a beau être fictive, elle peut être transformée en monnaie. La banque centrale fait en sorte que toujours les actifs boursiers soient monnayables c’est à dire puissent être échangés contre du nouvel argent. C’est pour cela que dans le système moderne il y a le PUT, c’est à dire la certitude que si il y a afflux de ventes, la banque centrale crée du nouveau pouvoir d’achat boursier et baisse les taux ; la baisse des taux est une revalorisation artificielle du prix des actifs boursiers.!

La hausse est fictive, elle résulte de la progression du pouvoir d’achat d’origine monétaire, de la création de monnaie et de dettes; il y a de plus en plus de monnaie et de dettes qui cherchent un emploi rentable et donc elles se font concurrence pour le profit, ce qui fait que la profitabilité endogène réelle chute mais elle est compensée par le Ponzi, par la plus value que les détenteurs se génèrent les uns sur les autres ..

Ci dessous illustration de la baisse de la profitabilité du capital aux Etats Unis

Courbe rouge « capital total », courbe bleue « capital productif ».

Evolution du taux de profitabilité dans les pays du G7

2 réflexions sur “Editorial: les mystères du fonctionnement du système capitaliste moderne.

  1. Cher monsieur,

    Merci pour cet article plus qu’éclairant, vous dérobez le feu des Olympiens…

    Cela fait penser à l’éloge des dettes par Panurge, chez Rabelais…

    … On n’est pas loin de l’Eloge de la Folie, en fait…

    Cordialement,

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  2. Du coup, cela explique pourquoi l’immobilier résidentiel est un des maillons faibles du système (USA, Chine…), car il fait le lien entre l’imaginaire financier bullaire et le réel, les salaires des travailleurs. La plus value ne peut-être infinie car limitée par les salaires, qui si ils augmentaient, permettant la poursuite de la hausse des prix, viendraient rogner la profitabilité des entreprises.

    Merci Bruno pour cet article fondamental pour comprendre le système dans lequel nous (sur)vivons.

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