Pourquoi la Fed ne réduit pas ses taux alors que tout indique qu’elle devrait le faire?
Aussi bien l’évolution des prix que les rapports sur l’emploi, vont dans le sens de la baisse des taux.
Les risques de récession augmentent.
Mais voici la vraie histoire: la Fed ne pilote plus sa politique en fonction de l’inflation. Elle gère le marché des titres du Trésor américain et cela change tout.
L’objectif n’est plus la stabilité des prix. Il s’agit de financer le gouvernement. Et c’est pourquoi les baisses de taux sont exclues pour l’instant parce qu’il y a 9 000 milliards de dollars de dettes qui arrivent à échéance. Au cours des 12 prochains mois, les États-Unis doivent « rouler » plus de 9 000 milliards de dollars de dette du Trésor.
VoIci un échange de Janvier 2021, il est revelateur de ce qui est en train de se passer;
Brunnermeier directeur du Centre Bendheim pour la Finance à Princeton :: « Le niveau de la dette publique a bien sûr atteint des sommets. Si l’on examine les prévisions du CBO, il va augmenter considérablement au cours des prochaines années… Quel sera l’impact sur la politique monétaire… ? Cela pourrait être contraignant par la prédominance budgétaire de la politique monétaire à terme. Et quelle importance accordez-vous à l’indépendance de la banque centrale…Comment souligneriez-vous l’importance de l’indépendance… ? »
Powell : « Les États-Unis ne sont pas sur une trajectoire viable au niveau du gouvernement fédéral, au sens simple : la dette croît nettement plus vite que l’économie. Cela signifie, par définition, qu’elle est insoutenable. Cela ne veut pas dire que le niveau d’endettement est insoutenable. Il n’est pas insoutenable, et il est loin de l’être. Je pense que nous sommes très, très loin de la domination budgétaire aux États-Unis, si jamais nous y parvenons. Ce n’est certainement pas un facteur que nous prenons en compte pour le moment. Un endettement élevé n’a donc aucune incidence sur la politique monétaire actuelle. Notre priorité absolue est de servir le public en vue d’atteindre un taux d’emploi maximal et des prix stables. Je suis convaincu que l’indépendance de la banque centrale est un dispositif institutionnel qui a bien servi le public…qui permet d’ ignorer complètement les considérations politiques. »
Les déficits massifs sont inévitables à perte de vue. Il est important de noter que Washington accuse des déficits colossaux malgré des cours boursiers près des records et dans un contexte financier des plus accommodants. Les rodomontades sur le DOGE n’ont pas changé grand chose.
À ce stade, seuls les marchés, les fameux « bond vigilants » peuvent empêcher Washington de ruiner complètement le pays avec une dette ingérable.
La Fed n’a pas recours à des mesures de resserrement pour discipliner le gouvernement Trump, mais elle utilise la faculté qui lui est donnée de ne pas baisser les taux alors qu’elle devrait le faire en vertu de son double mandat.
La hausse inattendue des rendements longs avec un 10 ans qui s’enroule autour des 4,50 % est le résultat de cette politique de la Fed. Powell a compris que « nous sommes très près de la domination budgétaire » mais il a la « chance » d’avoir une conjoncture de ralentissement et de pouvoir l’utiliser pour mener une politique favorable au refinancement du trésor. Ne pas baisser les taux équivaut en terme politique à les monter.. sans avoir à le faire.
.La Fed ne pilote plus en fonction de l’inflation. Elle gère le marché des valeurs du Trésor américain L’objectif n’est plus la stabilité des prix. Il s’agit de financer le gouvernement sans perdre le contrôle du marché obligataire.
Si la Fed baisse les taux trop tôt la courbe des taux s’aplatit, tuant la demande d’obligations à long terme. La confiance s’effondre dans la capacité du gouvernement américain à se financer sans monétisation. Powell a besoin de créer une prime de terme positive afin de maintenir la demande de titres longs.
C’est la domination budgétaire.
Combinez cela avec l’incertitue sur les effets inflationnistes des droits de douane et des attentes d’inflation qui grimpent à 6,5 % (UMich), et vous avez l’éventail complet des raisons qui poussent la Fed à l’attentisme.
Il faut que les capitaux étrangers continuent de se diriger vers les Etats Unis, qu’ils achètent des bons du Trésor. Le seul élément qui maintient la demande mondiale sur les obligations US, c’est un dollar fort. Si la Fed baisse ses taux le dollar s’affaiblit, les ventes de l’étranger s’amplifient et l’ensemble de la structure artificielle de financement mondiale est déstabilisée.