Qui va achèter les bons du Trésor américains ?
Réponse discrète : cela sera fait grâce à l’ingénierie réglementaire .
La question centrale : avec des déficits croissants, une demande étrangère en détérioration et plus de 9 000 milliards de dollars de dette américaine arrivant à échéance dans les 12 mois, qui va acheter tout ce papier ; quelle est la solution a ce problème sans déclencher une crise ?
La solution n’est pas l’assouplissement quantitatif… du moins pas encore.
Il s’agit d’une solution plus discrète : l’intervention réglementaire.
Les législateurs exhortent désormais publiquement la Fed à assouplir le ratio de levier supplémentaire (SLR), une contrainte post-Bâle III qui limite la part du bilan bancaire pouvant être allouée à des actifs comme les bons du Trésor sans détenir davantage de fonds propres.
Bloomberg : Les républicains pressent la Fed de modifier le ratio de levier supplémentaire

La réduction du SLR permet aux banques d’absorber davantage de dette américaine sans avoir besoin d’accroître le bilan de la Fed. Cela crée un « acheteur subreptice » sans déclencher de crise de liquidités ou signaler de panique monétaire.
Mais c’est là que cela devient plus nuancé et stratégiquement fascinant. Ils laissent volontairement les rendements augmenter. Les États-Unis ne cherchent pas à réduire les rendements à long terme comme après la crise financière mondiale. Au contraire, ils laissent les taux à 10 et 30 ans remonter. Pourquoi ? Parce qu’il faut que les rendements soient attrayants d’une part et parce que le pari politique a changé. L’objectif n’est plus de faire baisser les rendements, mais de forcer le PIB nominal à croitre plus vite que la dette.
Cela implique de tolérer des coûts d’emprunt plus élevés si la croissance réelle (aidée par la puissance budgétaire) peut suivre. Ils gonflent le PIB par des dépenses déficitaires, même si le marché réévalue la prime de terme. Il s’agit d’une politique monétaire contrôlée : ils sont prêts à payer des taux plus élevés à court terme tant que l’inflation reste stable et que le marché obligataire ne se grippe pas.
Mais cela ne fonctionne que si la liquidité est maintenue bien sur .
Alors pourquoi assouplir le SLR maintenant ? Parce qu’ils savent quel est le véritable goulot d’étranglement. Ce n’est pas le niveau des taux, mais le mécanisme en coulisses. S’il n’y a pas suffisamment d’acheteurs naturels pour les bons du Trésor à long terme, le fonctionnement du marché lui-même s’effondre, surtout avec la poursuite du QT. Les acheteurs étrangers s’essoufflent. Les ménages sont sous pression. La Fed est sur la touche.
Restent les banques.
L’assouplissement du SLR constitue un controle discret des rendements. Il empêche la partie longue de s’envoler en augmentant la capacité bilantielle du système bancaire sans assouplissement quantitatif. C’est un moment propice à l’allègement de la pression réglementaire, tandis que la courbe des rendements réels se réévalue.
En résumé : Ils empruntent une voie étroite, laissant les primes de risque à terme augmenter pour restaurer la crédibilité apparente du marché et refléter le risque budgétaire, tout en réorganisant discrètement la demande pour éviter un effondrement du marché. Tout cela consiste à monétiser en augmentant règlementairement la capacité bilantielle du système bancaire
Si la partie longue s’effondre trop vite, ils interviendront à nouveau, non pas par des achats de la Fed, mais par le biais de la manipulation des règles et des ratios.
Il ne s’agit pas d’une politique fondée sur les indices de prix, ils ‘agit d’une politique qui agite le chiffon rouge du CPI pour satisfaire , réaliser ses objectifs par d’autres moyens . C’est la structure classique des constructions parallèles chères au système americain; on realise ses buts en empruntant une voie parallèle discrète.
Il s’agit d’une question de calcul d’absorption de la dette. La stratégie ne consiste pas à réduire les rendements, mais à tolérer des taux plus élevés favorables aux banques . Ils n’achètent pas directement des bons du Trésor. Ils s’assurent réglementairement que les banques le feront.
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