Editorial. Trump est un capitaine de navire qui montre le Grand Large, mais qui dans sa gestion ne fait que du petit cabotage médiocre.

Le S&P 500 américain a progressé de 1,9 % cette semaine, en hausse de 0,5 % depuis le début de l’année.

Le S&P 500 est à à moins de 3 % de son record de février .

La remontée depuis les plus bas d’avril a été spectaculaire.

Comme au bon vieux temps, de septembre à février, Nvidia. les MAG7, l’ IA et les cryptomonnaies ont été recherchées frénétiquement. .

L’indice des courtiers a même atteint des records la semaine dernière.

Les prix des obligations à haut rendement et des prêts à effet de levier se sont nettement redressés, tout comme ceux des actions.

Le mois de mai a été marqué par des émissions d’obligations de qualité investissement record (153 milliards de dollars).

Les marchés du risque sont rapidement revenus à leur habitude: ignorer une multitude de risques, faire courir les positions courtes, acheter les creux avec des options offrant le meilleur rapport qualité-prix et puis derrière la mécanique, la technique suivent. Comme toujours, les bulles spéculatives sont tout simplement phénoménales, elles ont leur dynamique interne pour garantir leur longévité.

Bref et pour tout résumer: les conditions financières se sont considérablement assouplies.

Je fais ce constat au passage pour bien souligner le fait que la liquidité contrairement à quasi toutes les approches , –y compris celle de Michael Howell qui est pourtant la meilleure-, la liquidité n’est pas une chose, une donnée, pas un agrégat, pas quoi que ce soit de mesurable; la liquidité c’est un état d’esprit, une disposition, une croyance, un mouvement .

Bref la Sphère Financière est liquide quand on croit que l’on va vendre plus cher que l’on a acheté; la liquidité a à voir avec des agrégats bien sur mais ces agrégats peuvent tourner plus ou moins vite, comme les masses monétaires de la Sphère Economique Réelle. Et ayant la possibilité de tourner plus ou moins vite ils peuvent provoquer des mouvements boursiers .

Toute personne qui croit établir une corrélation fixe entre les mesures de liquidités et les tendances boursi7res commet une erreur qui, un jour peut et même va couter très cher!

Il en va du pouvoir d’achat financier et boursier comme du pouvoir d’achat des biens et services , il peut être là et pourtant non utilisé, mais stocké, thésaurisé. Les découvertes de Keynes sur la thésaurisation s’appliquent au pouvoir d’achat boursier et financier.

La liquidité vraie, la liquidité de base c’est à dire le cash peut s’avérer désirable, -même plus désirable que la monnaie bancaire des comptes de dépôts-, si on cesse de croire à la hausse, à la loterie. Ou même simplement à la solvabilité.

Ceci signifie, j’insiste, que la croyance que les autorités gnomiques peuvent toujours soutenir les cours de bourse et les valeurs financières est une croyance fausse, erronée. Les mécanismes de transmission de leurs volontés sont psychologiques ou comportementales, et non pas organiques.

C’est un aspect qui a été bien vu par Hussman qui, depuis la crise de 2008 a mis au point des outils « proprietary » , pour tenter de quantifier/objectiviser ce facteur croyance, qu’il appelle par facilité « appétit » pour le jeu.

Hussman explique qu’il peut advenir des moments ou les liquidités , ou la liquidité sont désirables par dessus tout parce que la croyance/conviction bascule: au lieu de croire à la hausse et que l’on va gagner de l’argent, on a peur d’en perdre. On garde par précaution. Ce facteur précaution que l’on connait bien dans l’économie réelle, existe bel et bien dans l’économie de la Sphère financière, mais il n’est ni reconnu ni analysé!

La Sphère financière reste une boite noire, opaque, refuge de l’ignorance et c’est pour cela que les gnomes ont du pouvoir, ils gèrent des Mystères. des mystères qui lorsqu’ils sont crus et acceptés récompensent ; c’est le fameux don’t fight the Fed! N’allez pas contre la Fed , faites ce qu’elle vous dit de faire et vous gagnerez de l’argent. De l’argent qu’elle produit et quelle crée à partir de rien, de vent à la faveur de votre naïveté/croyance.

Nous sommes dans l’Alchimie, cette pratique qui prétend transformer le plomb en or , une alchimie qui marche puisque les alchimistes peuvent produire la monnaie/ l’or à partir de rien.

Ce qui n’est pas compris par les masses et les fidèles c’est que tout repose sur des illusions.

Il n’y a nulle magie à l’œuvre, il n’y a pas de magiciens, il n’y a que des David Copperfield. Le clergé, les dynasties, et les grands prêtres TBTF de l’église financière, c’est à dire les Initiés, eux, savent que tout cela n’est qu’illusion et c’est pour cela qu’ils gagnent de l’argent sur le dos du public, des croyants: ils connaissant les signes , les ressorts, les rites alchimiques.

Ici la croyance à la hausse est encore fortement ancrée et elle est validée régulièrement. Tant que le BTFD, tant que le Buy The Dip est profitable.

Pour analyser la Sphere Financiere il faut non seulement analyser les données quantitatives mais aussi les données et la consistance de la Croyance.

Les Quants, ceux qui jouent les corrélations, les modèles, la stabilité des relations perdront un jour beaucoup d’argent parce que les inter-relations entre les variables sont destinées à se briser, se disloquer, s’inverser même dans certains cas.

Le phénomène a déjà commencé, il y a des Quants qui perdent beaucoup, beaucoup d’argent en ce moment. Des pertes déjà d’ampleur systémique.

Celui qui l’a compris est le grand Stanley Druckenmiller, quand il a vendu ses Treasuries; il a ainsi signifié que pour lui ces Treasuries allaient perdre leur fonction, leur statut de refuge de long terme. Stanley a été le PREMIER gérant public à anticiper la fin de la mécanique du risk-on /risk off; c’est à dire la fin de la bascule qui consiste, quand on sort des actions, à acheter des fonds d’état.

Pour moi qui guettait cette « anomalie », ce qu’ a osé faire et dire Druckenmiller a constitué le premier grand signe de la fissure dans la Croyance.

De fait, depuis, les corrélations ne fonctionnent plus très bien, qu’elles soient directes ou inverses, les gnômes ont perdu le contrôle du long terme, le lien entre le court et le long est malmené, le long n’est plus seulement une succession de court-termes.

La baisse des actions ne fait plus monter les cours des Treasuries, elle fait monter les taux, la hausse des taux sur les Treasuries ne fait plus monter le dollar.

28 mai – Bloomberg :

« Les traders, ébranlés par la déroute des bons du Trésor à long terme, deviennent plus pessimistes, les rendements continuant d’osciller autour d’un seuil psychologique clé de 5 %. Une enquête de JPMorgan auprès des traders, publiée mardi, souligne que les investisseurs anticipent une aggravation de la correction, maintenant les rendements à un niveau élevé sur le marché des bons du Trésor, évalué à 29 000 milliards de dollars. Ce sentiment baissier fait suite à une baisse des obligations mondiales à long terme, les investisseurs s’inquiétant de plus en plus du creusement des déficits budgétaires des États. « Il s’agit d’une pentification mondiale de la courbe des taux », a déclaré Leah Traub, gérante de portefeuille chez Lord Abbett & Co. « Il y a de nombreuses nuances à cette même histoire, à savoir que la demande pour les titres à long terme diminue tandis que l’offre augmente. Cela va exercer une pression sur la partie longue de toutes ces courbes. »

[FT] La corrélation entre le dollar et les rendements du Trésor s’effondre

Mais ce ne sont que des signes, pas des signaux, la masse des participants au jeu boursier ne l’ a pas remarqué et s’obstine à chercher dans le passé les indications pour l’avenir.

Il faut dire que sur de nombreux points, les croyants de la continuité ont raison: le Neuf balbutie, l’Ancien a la vie très dure, il a ses cordes de rappel, et ce d’autant plus que comme je l’ai dit Trump est un baltringue; il parle fort, sans retenue mais il agit peu et quand il le fait c’est plutôt pitoyable. Trump est un capitaine de navire qui montre le Grand Large, mais qui dans sa gestion ne fait que du petit cabotage médiocre.

Trump est sans vraie boussole, il est prisonnier des apparences, des symptômes, , du superficiel et il n’a pas de vision du Tout.

Trump n’a pas réagi à la vague de mépris et de moqueries aux États-Unis et à l’étranger suscitée par ce que la rédaction du Wall Street Journal a qualifié de « grand démantèlement des droits de douane de Trump ». « L’expression « Trump se dégonfle » devient virale en Chine à propos des droits de douane ! »

De Robert Armstrong du Financial Times :

« le président ne cesse de se dégonfler. Disons-le clairement, se dégonfler est une bonne chose et il faut s’en réjouir. Se dégonfler pour une mauvaise politique, bravo ! »

L’extraordinaire résilience de fin de cycle est tout à fait normale car nous sommes dans la plus grande bulle de l’histoire. Les comportements ont eu le temps de s’ancrer, les réflexes se sont enracinés. Quand quelque chose dure longtemps , il est normal que l’ont croie que c’est éternel et que finalement c’est l’ordre des choses.

Parmi les explications de la résilience , il faut citer la puissance du système de crédit, puissance qui découle d’une croissance constante d’environ 2 trillions de dollars par an de la dette du Trésor, assimilable à de la monnaie. A partir de cette base des milliers de milliards d’effets de levier spéculatifs créent une structure de marché qui donne l’apparence d’être robuste puisque le mythe de l’impossibilité de la faillite des USA le sous tend.

En effet, l’instabilité et la reprise rapide d’avril ont mis en évidence l’avantage tant vanté du « marché privé », à savoir être à l’abri des caprices du marché public. Nul besoin de s’inquiéter de la volatilité, de la chute des prix ou de l’illiquidité – pour un marché peu impliqué dans la valorisation et les transactions d’actifs.

Apartir de ce sous-bassement , de cette pierre angulaire du système les acteurs les plus endettés gagnent des fortunes grâce à l’expansion des transactions sur le marché. Le « commerce de base » , l’arbitrage fondé sur un levier astronomique prospère:

27 mai – Bloomberg :

« Citadel Securities a annoncé un bénéfice et des revenus de trading records au cours des trois premiers mois de l’année, soutenus par la volatilité des marchés qui perdure depuis l’arrivée au pouvoir du président Donald Trump. Le géant de la tenue de marché a enregistré 3,4 milliards de dollars de revenus nets de trading au cours des trois premiers mois de l’année, en hausse d’environ 45 % par rapport à la même période l’an dernier… Le bénéfice net a bondi de 70 % à 1,7 milliard de dollars, selon les sources… La société a engrangé 9,7 milliards de dollars de revenus nets de trading l’an dernier, son plus gros gain depuis sa création en 2002. »

J’ai expliqué un jour que le processus de marche vers la destruction du système était simple et je m’apercois que je ne me suis pas trompé; ce processus de destruction consiste à faire remonter tous les risques, au fur et à mesure qu’ils se présentent ou simplement émergent vers le Centre, c’est à dire vers le coupe FED- TRESOR. Le processus de destruction va de la Peripherie vers le Centre du système.

La situation structurelle actuelle de remontée des risques vers le Centre crée une vulnérabilité aiguë à une crise de confiance croissante dans les valeurs du Trésor, dans les produits dérivés, et dans le dollar.

Des réponses politiques rapides ont inversé les deux épisodes récents de désendettement. Mais l’effet de levier spéculatif demeure, instable, et vulnérable. Je dirais même plus vulnérable que jamais car en cette période le papier, le risque passent des mains fortes dans les mains faibles. Le public achète et fait la contrepartie des institutions les plus avisées.

Parallèlement, l’heure des comptes économiques et du dénouement du cycle du crédit approche.

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La fuite en avant continue, on ne se donne pas les moyens de corriger/réduire les déséquilibres, non, on les masque, on triche. on multiplie les expédients. Comme je l’ai dit et redit et redit encore : on a brulé les vaisseaux.

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EN PRIME

8 mai – Associated Press:

« Le président Donald Trump veut que le monde sache qu’il n’est pas une poule mouillée, simplement parce qu’il a reculé à plusieurs reprises sur ses menaces de droits de douane élevés. La tendance du président républicain américain à imposer des taxes à l’importation extrêmement élevées, puis à reculer, a donné naissance à ce qu’on appelle le « trading du TACO »… Les marchés chutent généralement lorsque Trump menace de droits de douane, puis se redressent après son recul. Trump s’est montré visiblement offensé lorsqu’on l’a interrogé sur cette expression… et a rejeté l’idée qu’il se dégonfle, qualifiant la question du journaliste de « désagréable ». « Vous appelez ça se dégonfler ? » a répondu Trump. « C’est ce qu’on appelle de la négociation », ajoutant qu’il fixe un « chiffre ridiculement élevé et je le baisse un peu, vous savez, un petit peu » jusqu’à ce que le chiffre soit plus raisonnable. »

Pour conclure sa réponse , le président a réprimandé le journaliste : « Ne répétez jamais ce que vous avez dit. C’est une question désagréable. Allez-y. Pour moi, c’est la pire des questions désagréables. »

Président Trump (Truth Social, 30/05/2025) :
Il y a deux semaines, la Chine était en grave danger économique ! Les droits de douane très élevés que j’avais fixés rendaient quasiment impossible tout commerce avec les États-Unis, qui sont de loin le premier marché mondial. Nous avons, en quelque sorte, fait une croix dessus, et ce fut un désastre pour eux. De nombreuses usines ont fermé et il y a eu, pour le moins, des troubles civils. J’ai vu ce qui se passait et je n’ai pas apprécié, ni eux, ni nous. J’ai conclu un ACCORD RAPIDE avec la Chine afin de la sauver de ce que je pensais être une situation très difficile, et je ne voulais pas que cela se produise. Grâce à cet accord, tout s’est rapidement stabilisé et la Chine a repris ses activités comme si de rien n’était. Tout le monde était content ! C’est la bonne nouvelle ! La mauvaise nouvelle, c’est que la Chine, sans surprise pour certains, A TOTALEMENT VIOLÉ SON ACCORD AVEC NOUS. Au diable le bon vieux monsieur !

30 mai – Bloomberg :

« Le président américain Donald Trump s’est dit confiant qu’un entretien avec le président chinois Xi Jinping pourrait apaiser les tensions commerciales, après que des responsables de la Maison Blanche ont exprimé leur colère face à la lenteur de Pékin à délivrer les licences d’exportation promises. Ce différend menace de bouleverser à nouveau les relations commerciales entre les deux plus grandes économies du monde, maintenues par une fragile trêve tarifaire vieille de plusieurs semaines. « Ils ont violé une grande partie de l’accord que nous avons conclu », a déclaré Trump aux journalistes vendredi… « Mais je suis sûr de parler au président Xi, et j’espère que nous trouverons une solution. »

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