Je considère que La Crise est inévitable, mais que ce sera un processus long plutôt qu’un évènement ponctuel. La marche vers la crise est profondément enracinée dans les contradictions structurelles du capitalisme financiarisé. Selon moi, cette crise n’est pas un événement ponctuel ou exogène, mais le résultat d’un processus systémique lié à l’évolution du capitalisme depuis les années 1970. Processus facilité et permis par la dérégulation des années 80 et rendu irréversible par les choix de fuite en avant opérés en 2008 , 2009 , puis 2011, lorsque nous avons refusé de revenir en arrière sur les politiques monétaires non conventionnelles et que nous les avons au contraire institutionnalisées. Le fameux No Exit.
Présenté autrement, et de façon plus conventionnelle on peut considérer que la crise est inévitable en raison de la fin du grand cycle du crédit instauré par les Accords de Bretton Woods; les cycles longs du crédit sont de 75 à 80 ans et nous en jouons les prolongation artificielles, prolongations qui augmentent la masse de valeurs fictives et le besoin de destruction. .
Voici les points clés de l’analyse :
- Crise de la mise en valeur du capital : Je soutiens que le capitalisme est confronté à une crise de rentabilité depuis les années 1960-1970, marquée par une « grève du capital » et la tendance au ralentissement de la croissance. Le capital refuse de s’investir productivement (dans l’équipement, l’embauche ou la distribution de revenus) car il juge sa rémunération insuffisante. Il confisque les gains de productivité et fait stagner les salaires. Il joue, il spécule sur les valeurs.
- Cette situation a conduit à une financiarisation croissante, où la finance compense les profits insuffisants de la production de vraies richesses , enrichit les déjà-riches, creusant des inégalités massives. La pratique emblématique des buy-backs, rachats de leur capital par les firmes ( 1 trillion par an aux USA ) est le symbole de cette sorte de grève du capital, véritable de Mur de l’Argent.
- Financialisation et instabilité : La financiarisation est une réponse à la rareté des profits dans l’économie réelle. Cependant, elle produit des déséquilibres croissants entre le monde financier « imaginaire » (bulles d’actifs, dettes des gouvernements) et l’économie réelle. Ces déséquilibres sont insoutenables à long terme et mènent à une instabilité financière et sociale. Il existe un « dilemme des puissances d’argent » : choisir entre l’instabilité sociale (due aux inégalités) ou l’instabilité financière (en cas de réduction de la financiarisation). La situation d’otage de la Fed en est l’illustration.
- Crises récurrentes et non résolution. Les crises, comme celle de 2008 ou celle liée à la pandémie de Covid-19, ne sont pas exogènes. Ce sont des manifestations, des émergences d’une crise systémique plus profonde, où les remèdes (injections monétaires massives, politiques de taux bas) aggravent les déséquilibres plutôt que de les résoudre. Ces politiques de « fuite en avant » mèneront à une crise majeure, « La Vraie Crise », sans que l’on puisse en préciser le calendrier. car le jeu des forces antagoniques est complexe; action-réaction-résultante et la résultante est circonstancielle, non prévisible.
- Rôle des élites et mensonge systémique: les élites économiques et politiques, masquent la véritable nature des crises en les attribuant à des causes externes (comme le virus en 2020 et la transition climatique ). Elle le font car il faut opacifier les politiques mises en œuvre puisqu’elles servent les intérêts d’une « classe de riches et d’ ultra-riches » plutôt que l’intérêt général. Ceci accentue la perte de légitimité du système.
- Le trumpisme est une tentative un peu naive et primaire d’une partie de l’élite de se sauver au prix d’un conflit interne au sein de la classe bourgeoise capitaliste.
- La guerre comme issue possible. Face à l’incapacité de résoudre les contradictions internes du capitalisme, et à les dépasser positivement, la guerre constitue La Solution Historique pour « déboucher » les crises, comme dans les années 1930.
- Le bellicisme est une manière de gérer les tensions sociales et économiques, en éliminant les « plus inégaux » ou en détournant l’attention des problèmes structurels et en faisant jouer le keynésianisme militaire. L’objectif -bien sur non formulé et non conscient-. est de détruire le capital ancien, zombie, les droits acquis et les formes dépassées du système. La fonction systémique des guerres est la destruction /pillage.
- La guerre est une nécessité du système , on ne peut y échapper dès lors que l’on s’est laissé mettre dans un engrenage. La guerre est aussi nécessaire au capitalisme financier impérialisé que l’est le passage des grains de blé au champ de blé, tout est en germe dans le choix de fuite en avant fait en 2009 par l’ordre dominant .
- Incertitude du calendrier : J’insiste sur l’imprévisibilité du moment exact de l’état de crise majeure, en raison de la « causa proxima » (cause immédiate) qui peut être aléatoire, comme un événement déclencheur (pandémie, krach financier, conflit géopolitique). Cependant, je considère que les conditions de la crise sont déjà en place, rendant son avènement inéluctable. La fenêtre est ouverte!
En résumé, la crise inévitable découle d’une crise de rentabilité du capital, d’une financiarisation excessive, d’une perte de légitimité du système capitaliste, de la montée des antagonismes de classe à l’intérieur et à l’extérieur du camp occidental. .
Sans pouvoir en prévoir le moment précis, on peut affirmer que les déséquilibres actuels mèneront à une rupture majeure, potentiellement accompagnée de conflits et/ou de répression, à moins d’une refonte complète volontaire, pilotée du système.
Celle ci est hautement improbable.