Les indicateurs de valorisation traditionnels, sont devenus inutiles; le PER du S&P est à 28X (moyenne historique 16) et le ratio de Shiller à 35 (moyenne historique 15) !
Pour analyser les marches financiers il faut adopter une vision non conventionnelle .
Les marchés actuels constituent un vaste système de d’emplois et de génération de liquidités, un ensemble imaginaire, avatar de l’univers monétaire global.
Les contraintes de refinancement des dettes sont devenues prioritaires depuis que l’on a refusé les faillites et que l’on a choisi la fuite en avant.
Les marchés ne sont plus un espace d’allocation de capital.
Le « mur des échéances de la dette » de 2025-2028 est donc sous cet aspect le point le plus important à considérer.
Le refinancement des dettes prime sur les fondamentaux, les équilibres, et les indicateurs de valorisation traditionnels.
Les prix des actifs financiers sont influencés par deux facteurs :
(1) les variations de liquidités et
(2) l’ allocation de ces liquidités à des actifs plus ou moins risqués spécifiques.
Actuellement, les conditions de liquidité mondiale sont très favorables aux marchés d’actifs.
La plupart des mouvements récents portent sur les marchés de risque . Le deuxième facteur, à savoir l’appétence pour le risque est déterminante .
L’évolution de l’appétence au risque a un impact significatif sur les actions et, de manière significative, sur les cryptomonnaies.
Alors que les marchés sont réputés abhorrer l’incertitude, les actions semblent aujourd’hui l’apprécier.
Je considère que le paradoxe n’est qu’apparent; les marchés post modernes aiment l’incertitude car ils savent qu’ils sont assurés, couverts, protégés, les risques sont en quelques sorte la garantie de largesses futures
L’incertitude crée les conditions du maintien du paradigme Goldilock, ni trop chaud ni trop froid.
Grace à ce paradigme on sait que la Fed est vigilante sur l’inflation des prix , mais qu’elle est sensible aux besoins de refinancements colossaux des dettes souveraines et privées.
Il faut intégrer le paradoxe de la post-modernité monétaire/financière à savoir que les besoins colossaux de refinancement de dettes produisent un besoin impérieux de taux bas d’une part et d’émissions de collatéraux (sources de liquidités) c’est à dire de dettes souveraines d’autre part!
L’incertitude produit la modération économique nécessaire à l’émission de liquidités nouvelles pour assurer le refinancement, pour grimper ce mur colossal qui se dresse devant nous:
-dette globale de 325 trillions
-besoin de refinancement 2025 de 2,08 trillions dont 252 milliards de dettes spéculatives
-besoin de refinancement 2026 de 2,62 trillions dont 508 milliards de dettes spéculatives
-besoin de refinancement 2027 de 2,51 trillions dont 615 milliards de dettes speculatives
Cette situation produit une sorte d’Ideal .
C’est essentiellement l’incertitude qui permet de gérer les besoins du système. L’incertitude produit une relative rétention prudentielle (Keynes) qui favorise la couverture des besoins de refinancement.
Ce sont les besoins , dont bien sur on parle peu, qui fixent et déterminent les politiques monétaires, or à notre époque post moderne ce sont les politiques monétaires qui produisent au sens propre, au sens fort, les niveaux auxquels se traitent les actifs financiers et les indices boursiers correspondants. Les politiques monétaires produisent les effets de richesses, les patrimoines.
J’insiste: les marchés ne sont plus des constats, non ce sont des projections de volontés gnomiques et gouvernementales, des extensions des politiques monétaires et les politiques monétaires sont produites par les politiques budgétaires et les besoins de refinancement des dettes car sans refinancement le système saute.
On voit ici l’analogie organique avec ce que j’affirme par ailleurs, le système du capitalisme financiarisé produit les citoyens, les peuples dont il a besoin pour se reproduire, et ici le système produit les marchés dont il a besoin pour durer et refaire encore un tour!
Le monde n’a jamais été aussi inondé de finance spéculative, ce qui entraîne des comportements aberrants sur les marchés. Jamais la communauté mondiale des spéculateurs à effet de levier n’a été aussi colossale et puissante. L’effet de levier astronomique des « basis trade » sur les valeurs du Trésor américain entraîne un effet de levier global, mondial sans précédent pour les fonds spéculatifs.
La participation des ménages qui adorent acheter à la baisse au marché (buy the dip) est sans précédent, la prolifération des comptes en ligne, le trading d’options et la spéculation moutonnière créent un environnement extraordinaire.
L’impact sur la liquidité du marché est également conséquent. La hausse des cours des actions alimente une création de liquidité auto-alimentée L’assouplissement des conditions renforce l’idée d’une « liquidité » illimitée disponible pour les besoins d’investissement massifs en IA.
L’indice Goldman Sachs Short a bondi de 10,8 % cette semaine, après avoir progressé de 40 % par rapport à ses plus bas du 7 avril. La « compression » des actions s’est accompagnée d’une baisse spectaculaire des prix des CDS, d’un rétrécissement des spreads de crédit et d’une forte réduction des primes de risque.
Jamais tout cela n’a été aussi poussé .. parce que jamais cela n’a été aussi nécessaire! Ce que vous prenez pour un mal est une nécessité.
Bien entendu je raisonne objectivement, je ne dis pas que les élites ont conscience de tout cela, non, elles sont dans un engrenage qui leur dicte ce qui est leur optimum. Les élites sont des tenants lieux, des marionnettes qui accomplissent l’Œuvre de Dieu, Dieu étant bien sur Le Système.
Je suis anti complotiste dans le sens ou je prêtends que ces élites ne complotent pas, elles sont des fétus de paille sur les flots, sur le courant du système qui les entraine là ou il se reproduit , un système aveugle, sans morale et sans conscience, il ne veut, si on peut dire, que durer, se perpétuer.
A la limite l’économie réelle est devenue un sous-produit de la Bourse! Les fluctuations quotidiennes récentes de l’appétence au risque depuis début 2025 ont maintenant des liens étroits avec l’activité économique sous-jacente!.
La dette domine. Cest le Mort du système qui commande! Sous l’emprise d’un endettement excessif, le système financier est passé d’une fonction de levée de nouveaux capitaux au refinancement prédominant de la dette existante . Environ 75 % des transactions impliquent désormais des refinancements de dette, ce qui crée une dépendance aux garanties/collatéraux comme par exemple, les bons du Trésor, les obligations de haute qualité et une dépendance à la capacité bilantielle du système bancaire , autrement dit à la liquidité mondiale.
Je pense que le système financier est otage, pris dans une boucle de refinancement de sa dette : les pénuries de garanties et les risques de refinancement sont devenus les risques majeurs, le risque de crédit est devenus secondaire.
La dette publique croît alimentée par les engagements sociaux et la hausse des charges d’intérêts, ce qui assure une croissance durable des liquidités. La dette soutient et exige des liquidités, et celles-ci influencent les prix des actifs
Les gnomes et les « décideurs » politiques doivent continuellement accroître la liquidité.
La hausse des rendements longs est un phénomène nouveau, très perturbant pour les gnomes. Bernanke qui pretendait que le « long » est une succession de « courts » est pris en défaut. La hausse récente des rendements est en grande partie due à la hausse des primes de terme (rémunération pour la duration) et plus inquiétant encore, la tendance des primes de terme semble solidement haussière.
Avec la hausse des primes de terme, les rendements de 5 % pourraient persister. Depuis 2010, 95 % des fluctuations des rendements obligataires proviennent de variations de primes (contre 47 % historiquement) . Par leur impact direct sur les taux à long terme, les primes de terme déterminent les taux directeurs futurs, et non l’inverse.
Des primes de terme en tendance haussière reflétent la perte de pouvoir de fixation des prix des valeurs du Trésor ce qui crée un contexte propice à des flambées de rendements et à des taux plus élevés. Les investisseurs doivent se préparer à un test de rendement des bons du Trésor américain à 10 ans de 5% , sauf si la croissance économique s’asphyxie .
La dialectique de la baisse du dollar est a prendre en considération, mais elle est complexe, d’un cote la baisse du dollar de 9% fait que les Treasuries US sont moins chères dans une perspective de long terme et donc plus attrayantes pour les acheteurs qui prévoient sa remontée, , mais de l’autre, elle contribue a détourner certains acheteurs qui eux en tirent la conclusion que le statut de la devise americaine est en cours d’érosion.
Ce qui est sur c’est que la rupture des corrélations hausse des taux/hausse du dollar est problématique.
La forte progression des indices des marchés à risque, induisent la perception d’une liquidité abondante et la complaisance qui en découle masquent les risques croissants sur les marchés obligataires et celui des valeurs du Trésor US. Les marchés obligataires mondiaux sont fragiles avec deux risques majeurs: le Japon et le Royaume-Uni.
EN PRIME
Le graphique ci-dessous présente les rendements des bons du Trésor américain à 10 ans et les estimations des primes de terme quotidiennes. La hausse récente des rendements est en grande partie due à la hausse des primes de terme.

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Le système arrive face à une contradiction majeure.
Il a aujourd’hui le double BESOIN de la récession et de son arrivée rapide car il vaut mieux que celle-ci précède le mur du refinancement plutôt qu’elle ne soit la conséquence et donc le révélateur de son incapacité à le franchir.
L’immobilisme actuel de la FED pourrait trouver là son explication. Elle préfère être en retard et déclencher la récession pour mieux la « contrôler » et justifier une baisse très rapide des taux qui retrouvera alors un contexte favorable à son incidence sur les taux longs.
Dans ce jeu de rôles la BCE a en effet pris de l’avance et baissé ses taux directeurs de 200 bps sans impact notable sur les taux longs.
En résumé je ne crois pas que le mur du refinancement soit franchissable sans transfert massif de capitaux des marchés actions vers les marchés obligataires et ce transfert qui semble ne plus se faire aussi naturellement qu’avant va devoir être forcé.
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