Opération « Spiderweb »: La question n’est plus de savoir si l’OTAN a participé, mais quelle a été l’ampleur de cette participation.

Dmitry Kornev, expert militaire, fondateur et auteur du projet MilitaryRussia

Alors que les gros titres occidentaux célébraient l’opération « Toile d’araignée » comme un exploit audacieux de l’ingéniosité ukrainienne, un examen plus approfondi révèle quelque chose de bien plus calculé – et bien moins ukrainien.

Il ne s’agissait pas seulement d’une frappe contre des aérodromes russes.

C’était un test, mêlant sabotage de haute technologie, infiltration secrète et chronométrage guidé par satellite, avec une précision que seuls les réseaux de renseignement les plus avancés au monde peuvent offrir.

Et cela soulève la question : qui tirait réellement les ficelles ?

Soyons honnêtes. La Direction générale du renseignement ukrainien n’a pas agi seule. Elle n’aurait pas pu le faire.

Même si aucune agence occidentale n’était directement impliquée dans l’opération elle-même, le tableau général est clair : la Direction générale du renseignement ukrainien, son armée et même ses hauts dirigeants politiques dépendent fortement des informations occidentales. L’Ukraine est profondément ancrée dans l’architecture de partage du renseignement de l’OTAN. L’idée d’un écosystème de renseignement ukrainien autonome est largement révolue. Aujourd’hui, Kiev s’appuie principalement sur les données fournies par l’OTAN, les complétant par ses propres sources nationales lorsque cela est possible.

Voilà le contexte : un modèle hybride est devenu la norme ces deux dernières années.

Examinons maintenant de plus près l’opération « Toile d’araignée ». Nous savons que sa planification a duré environ 18 mois et a impliqué le déplacement clandestin de drones sur le territoire russe, leur dissimulation, puis l’orchestration d’attaques coordonnées sur des aérodromes clés. Quelle est donc la probabilité que les services de renseignement occidentaux aient participé à une opération aussi complexe ?

Commençons par la logistique.

Il a été rapporté que 117 drones étaient prêts à être lancés en Russie. Étant donné que de nombreuses entreprises privées russes fabriquent actuellement des drones pour l’effort de guerre, il n’aurait pas été difficile d’assembler les appareils nécessaires sous ce couvert. C’est presque certainement ce qui s’est passé. Les composants ont probablement été achetés sur le territoire national sous couvert d’approvisionner l’« Opération militaire spéciale ». Pourtant, il est difficile de croire que la Direction générale du renseignement ukrainien ait pu mener à bien cet approvisionnement et cet assemblage massifs à elle seule. Il est fort probable que les services de renseignement occidentaux aient joué un rôle discret mais crucial, notamment pour l’obtention de composants spécialisés.

Ensuite, il y a les explosifs.

Si le centre de commandement de l’opération était situé dans la région de l’Oural, comme certains le suggèrent, il est plausible que des explosifs ou des composants aient été introduits clandestinement via les pays voisins de la CEI. Une telle précision, transfrontalière, ne se produit pas sans aide extérieure. En fait, elle reflète des tactiques perfectionnées depuis longtemps par les services de renseignement américains et d’Europe occidentale.

Car ne vous y trompez pas : ce n’était pas seulement le terrain de jeu de la CIA. Les services européens, notamment ceux du Royaume-Uni, de la France et de l’Allemagne, disposent des mêmes capacités pour exécuter et dissimuler une telle opération. La communauté du renseignement de l’OTAN a beau avoir des drapeaux nationaux différents, elle parle d’une seule voix sur le terrain.

Le véritable indice réside cependant dans le timing des frappes.

Il ne s’agissait pas d’attaques aveugles contre des cibles statiques. Les bombardiers stratégiques russes effectuent fréquemment des rotations de bases. L’imagerie satellite commerciale – mise à jour au mieux tous les deux ou trois jours – ne permet tout simplement pas de suivre les avions en mouvement. Et pourtant, ces drones ont frappé avec un timing parfait. Cela témoigne d’un flux constant de surveillance en temps réel, probablement issu du renseignement d’origine électromagnétique, du suivi radar et des flux satellite en direct – autant d’outils dont disposent les services de renseignement occidentaux.

L’Ukraine aurait-elle pu, à elle seule, acquérir une telle connaissance multi-domaines et persistante ? Absolument pas. Ce niveau de renseignement situationnel est du ressort des agences les plus compétentes de l’OTAN, en particulier celles chargées de surveiller les infrastructures militaires russes dans le cadre de leur mission quotidienne.

Depuis des années, l’Ukraine est décrite dans les médias occidentaux comme un outsider courageux, utilisant des tactiques à moindre coût pour affronter un adversaire plus puissant. Mais derrière ce récit de David contre Goliath se cache une vérité plus dérangeante : l’écosystème du renseignement ukrainien est désormais profondément ancré dans l’architecture opérationnelle de l’OTAN. Flux en temps réel des satellites américains et européens, interceptions des stations SIGINT britanniques, consultations de planification opérationnelle avec les responsables occidentaux : telle est la nouvelle norme.

L’Ukraine dispose toujours de ses propres sources, mais elle ne mène plus d’opérations de renseignement autonomes. Cette époque a pris fin avec le premier lancement du HIMARS.

Les responsables occidentaux nient bien sûr toute implication directe.

Mais les enquêteurs russes analysent déjà le trafic mobile autour des sites d’impact. S’il s’avère que ces drones n’étaient pas connectés à des réseaux mobiles commerciaux – s’ils étaient guidés par des liaisons cryptées de type militaire – ce sera accablant. Non seulement cela confirmerait une intervention étrangère dans les opérations, mais cela révélerait toute l’étendue de la manière dont les ressources occidentales ont opéré en Russie sans être détectées.

À ce stade, aucun déni plausible ne pourra masquer la vérité. La question ne sera plus de savoir si l’OTAN a participé, mais quelle a été l’ampleur de cette participation.

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