Editorial. Comment, face à l’appauvrissement, l’effet de richesse bullaire s’est imposé dans nos sociétés.

CHS, Charles hugh Smith est un vieux correspondant qui, comme moi n’a jamais modifié son analyse de base et qui, comme moi, explique que le système ne peut échapper à son destin, lequel destin est la destruction.

Je n’insiste plus sur le caractère inéluctable, nécessaire de l’effondrement mais sur le pouvoir des gnomes et des gouvernements de, longtemps, très longtemps être capable repousser les échéances. L’un de mes thèmes favoris est: « les gnomes n’ont aucun pouvoir sauf celui de retarder l’inévitable ». « lls ne peuvent résoudre les problèmes, ils ne peuvent que les différer tout en les aggravant ».«  Les gnomes sont des illusionnistes, ce ne sont pas des magiciens »

Et je pense que c’est plus utile que de rabâcher sans cesse qu’un jour le système s’ecroulera; entre temps , il faut bien vivre n’est ce pas?

Comme la mienne, la pensée de CHS distingue « l’organique » de l’artificiel, du fictif qu’il appelle « le synthétique » comme il dit. Il s’attache a démonter les liens organiques, a montrer les forces qui conduisent à la catastrophe finale.. Il creuse sous la surface.

Mais il manque chez CHS l’essentiel à savoir la cause de tout cela; pour quoi tout cela s’est mis en banale, quelle est l’explication de l’engrenage qui est ainsi exposé.

Dans la réflexion de CHs l’engrenage tombe du ciel, il est inexpliqué; il reste dans l’ombre, non-su, non-dit.

Dans mon cadre analytique au contraire l’engrenage est identifié: le système a touché ses limites et il joue les prolongations. Face à ces limites, on a rogné sur les salaires, on a paupérisé les salariés parce que la masse de capital avait cru fortement et que le taux de profit avait tendance à chuter. Il y avait trop de monde à table pour parler vulgairement. . La cause de la mise en branle de l’engrenage c’est la suraccumulation de capital lequel veut exercer son droit, son droit à s’attribuer du profit.

Les premiers symptômes de la baisse du taux de profitabilité sont apparus vers le milieu des années 70; la dérégulation des années 80 en a été la conséquence car elle est apparue comme le remède à cette situation. Face à l’infléchissement de la croissance, face au ralentissement des investissements , il a été considéré que le recours à la dette, à la finance et au libéralisme étaient la solution.

Au fil des décennies, et singulièrement encore plus depuis la chute de l’URSS, on a refusé les crises de destruction de capital qui auraient du intervenir périodiquement, on a voulu que les capitalistes fassent leur plein et qu’il n’y ait jamais de sélection entre eux. On a favorisé la venue du Vif sans accepter d’enterrer le Mort.

On a refusé la conséquence du progrès: le’ capital s’accumule sans cesse mais il faut détruire l’ancien, le périmé, les zombies pour que le nouveau se rentabilise. Il faut accepter que les nouvelles valeurs se substituent aux anciennes . De temps en temps le système doit se purger, détruire la pourriture, effacer ses traces et ses boulets si il veut continuer à avancer. L’Ordre social doit bouger.

On a nié la loi endogène du capitalisme qui est la tendance incontournable à l’érosion de la profitabilité du capital.

Quand la composition organique du capital s’élève par le remplacement du travail humain par les machines , le profit devient insuffisant pour rentabiliser le capital, tout le capital accumulé..

Quand la masse de capital à rémunérer croit plus vite que la masse des profits dans le système, alors il y a une tension dans le système qui conduit les capitalistes à vouloir rompre les règles du jeu social, à peser sur les salaires – à piller aussi les producteurs de matières premières- , à réduire leur part pour augmenter la leur..

La mise en branle du processus crisique a une origine, c’est la suraccumulation de capital, l’insuffisance de la plus value, la rareté du surproduit qu’il doit se partager. et ensuite le processus crisique s’auto-alimente par les pseudo remèdes utilisés comme la paupérisation relative de la main d’œuvre, le recours à l’endettement, l’émission de monnaie excédentaire par rapport aux besoins de la production, les déficits, le développement d ‘un esprit spéculatif envahissant .

La tendance incontournable à l’érosion progressive de la profitabilité du capital l’a conduit inexorablement à vouloir moins payer les salariés, à peser sur les salaires, à s’attribuer les fruits de la croissance, à confisquer les gains de productivité.

Le capital a été obligé de peser sur le pouvoir d’achat gagné et pour faire tourner néanmoins la machine économique, il a remplacé le pouvoir d’achat réel , par un système de dettes généralisé. Même le profit maintenant est produit par le crédit, par le recours au levier, par le recours à la dette qui ne coûte pas grand chose en réel.

Le système pour survivre s’est envoyé en l’air, -d’ou l’appellation de bulles-; avec du pouvoir d’achat fictif, des dettes, des promesses, il s’est financiarisé. La Sphère de la finance a peu à peu pris le dessus sur la Sphère de l’économie productive réelle, le synthétique a submergé l’organique, l’Ogre a dévoré ses enfants.

Les Gnomes ont pris le pouvoir.

Une économie fondée sur le gonflement nominal, fictif de la valeur des patrimoines a remplacé peu à peu l’économie fondée sur les flux et les revenus. La Bourse s’est inscrite au centre du système avec sa tyrannie. Plus la masse d’actifs boursiers a enflé, plus elle est devenue instable et fragile et plus il a fallu céder à ses exigences.

Le système s’est installé dans l’Imaginaire.

Le chainon manquant dans le remarquable exposé de CHS c’est celui-là: le point de départ, l’analyse des causes de la mise en branle du sinistre engrenage avec sa conséquence le besoin de recourir toujours et de plus en plus à l’endettement, à la financiarisation et aux effets de patrimoine de plus en plus fictifs.

L’effet de richesse de la bulle sans issue : dans tous les cas, nous perdons

30 juin 2025

Alerte spoiler : ça finit mal.

Je me suis efforcé d’expliquer en profondeur comment notre économie a radicalement changé au cours des 50 dernières années. 

Rien de ce qui se passera à l’avenir n’aura de sens pour vous si vous ne comprenez pas cela.

Alors, saisissez votre verre de boisson préféré et passons en revue ce qui a changé.

Les salaires ont gagné du terrain entre 1945 et 1975, puis en ont perdu entre 1975 et 2025. Durant les « Trente Glorieuses » , années de croissance mondiale soutenue (1945-1975), la part des salaires dans l’économie est restée autour de 50 % du revenu national. À mesure que l’économie se développait, les salaires ont augmenté en parallèle.

Depuis le milieu des années 1970, cette tendance s’est inversée. Les salaires ont perdu du terrain au cours des 50 dernières années. À mesure que l’économie se développait, la part des salaires a diminué, ce qui signifie que les gains économiques, les valeurs ajoutées ont profité au capital plutôt qu’aux salaires. (Graphique n°1 ci-dessous)

Ce transfert de richesse n’était pas négligeable : 150 000 milliards de dollars ont été détournés des salariés vers les propriétaires de capitaux.

Comme le montre le graphique ci-dessous, la dette fédérale en pourcentage du PIB a diminué au cours des décennies de croissance organique , ce qui signifie que l’économie s’est développée grâce à des augmentations de la productivité, de l’efficacité et de l’extraction des ressources, par opposition à la croissance synthétique consistant à utiliser la dette/financiarisation pour stimuler les affaires.

La financiarisation a décollé dans les années 1980, c’est alors que le crédit illimité, quasi gratuit aux financiers a permis un boom artificiel de rachats d’entreprises et de fusions. La financiarisation s’est étendue à tous les coins et recoins de l’économie dans les années 1990 et 2000, de sorte que des actifs tels que la maison familiale sont devenus des actifs marchandisés qui pouvaient être vendus comme titres composant le capital mondial.

Comme l’illustrent les graphiques dette fédérale-PIB, la dette fédérale a augmenté plus rapidement que le PIB, la financiarisation ayant vidé l’économie américaine de son contenu. 

L’accélération de la mondialisation à partir de 2001 a accentué ce creusement.

La nature progressivement déstabilisatrice de la financiarisation s’est manifestée en 2008 avec la crise financière mondiale , lorsque les titres hypothécaires à risque fortement financiarisés ont catalysé un effondrement mondial avec blocage et colmatage de la plomberie financière..

Le traitement de cete crise s’est fait par injection de nouvelles liquidités monétaires , création de nouvelles dettes et pretentions comptables qui avalisaient de fausses valeurs. Extend and pretend.

La crise de 2008-2009 et la réponse qui y a été apportée ont constitué un tournant critique dans l’histoire américaine , car l’ économie organique est devenue asservie à l’ économie synthétique de la dette, des bulles et de « l’effet de richesse », c’est la conséquence toxique de l’hyper-financiarisation et de l’hyper-mondialisation .

La dette fédérale, qui est passée de 40 % du PIB au début des années 1980 à 60 % en 2007, a explosé jusqu’à 120 %, la « croissance » synthétique consistant à utiliser la dette pour gonfler les bulles d’actifs qui ont généré « l’effet de richesse » étant devenue le moteur de la consommation.

Suite aux décisions politiques prises entre 2008 et 2010, notre économie est devenue dépendante non plus des salaires, mais de « l’effet richesse » pour la consommation : à mesure que la valorisation des actifs monte en flèche, leurs propriétaires se sentent plus riches et sont incités à emprunter et à dépenser davantage de leur richesse fictive.

Les 10 % des ménages américains les plus riches représentent désormais 49,7 % de toutes les dépenses de consommation américaines : L’économie américaine dépend plus que jamais des riches : Les 10 % des Américains les plus riches ont augmenté leurs dépenses bien au-delà de l’inflation. Ce n’est pas le cas pour tous les autres. (WSJ.com)

Le problème est que, contrairement aux salaires, qui sont largement répartis, la propriété des actifs est concentrée dans les 10 % des ménages les plus riches, de sorte que « l’effet richesse » a considérablement accru les inégalités de richesse et de revenus. Ainsi, toute la « croissance » synthétique depuis 2009 s’est déversée sur les ménages les plus riches, tandis que la part des salaires dans le revenu national continuait de perdre du terrain.

Cela crée un scénario sans issue : si la bulle spéculative qui alimente « l’effet de richesse » continue de gonfler, les inégalités de richesse vont exploser. Si la bulle éclate, la consommation implose, des emplois seront perdus et la Grande Récession, qui a été amorcée en 2009, reviendra come une vengeance.

Sous la surface de la hausse du PIB, les politiques de gonflement des bulles de dette pour alimenter « l’effet de richesse » ont fragilisé non seulement l’économie, mais aussi la société. 

Grâce à @econimica (X/Twitter), ces graphiques illustrent les conséquences néfastes du recours à l’endettement pour la consommation et de la canalisation des gains vers les détenteurs d’actifs.

L’effet net a été d’endetter les jeunes générations tout en canalisant la majorité des dépenses fédérales vers les générations plus âgées, qui détiennent également la plupart des actifs. Comme les jeunes travailleurs ne pouvaient pas acheter d’actifs lorsqu’ils étaient bon marché, rares sont ceux qui ont bénéficié de « l’effet de richesse ».

En appauvrissant de fait les jeunes générations du pays, nous avons opté pour une spirale infernale démographique, avec l’effondrement des taux de mariage et de natalité depuis 2007. Devinez ce qui se passe lorsque fonder une famille et acheter une maison devient inaccessible aux jeunes générations ? Elles ne fondent plus de famille et n’ont plus d’enfants.

Avec le départ à la retraite de la génération des baby-boomers, l’héritage des programmes de retraite conçus dans les années 1930 (Sécurité sociale) et dans les années 1960 (Medicare) provoquent la faillite budgétaire, car ces programmes stimulent l’expansion des dépenses et des emprunts fédéraux.

C’est ce qu’on appelle une spirale infernale, sans issue, car toutes les bulles spéculatives finissent par éclatenr. Une fois l’« effet de richesse » inversé, les actifs sont vendus pour lever des fonds et, comme seuls les riches peuvent se les permettre, il n’y a plus d’acheteurs, donc les valorisations s’effondrent.

Il n’aurait pas dû en être ainsi, mais nos dirigeants ont fait de mauvais choix, et nous en subirons les conséquences. 

Examinons les graphiques qui illustrent cette sombre réalité.

La part des salaires dans le revenu national a diminué depuis 50 ans.



En pourcentage du PIB, la dette fédérale a triplé, passant de 40 % à 120 % du PIB, la croissance synthétique ayant remplacé la croissance organique .



Grâce à la décision politique de s’appuyer sur « l’effet de richesse » pour la consommation, les inégalités de richesse ont explosé : la richesse nette des 10 % les plus riches (34 millions d’Américains) est deux fois supérieure à celle des 90 % les plus pauvres (306 millions d’Américains) et 27 fois supérieure à celle des 50 % les plus pauvres (170 millions d’Américains).



L’essentiel de l’expansion future des dépenses et de la dette fédérales concernera des programmes destinés aux générations plus âgées et la hausse des paiements d’intérêts sur la dette croissante pour financer ces programmes.



Voici les commentaires explicatifs d’Econimica sur ses trois graphiques reproduits ci-dessous :

« Les politiques de la Réserve fédérale ont des conséquences de grande portée, bien au-delà des taux d’intérêt et de l’économie/finance. Étant donné que la Fed est une entité non élue démocratiquement qui élabore des politiques qui décident en fin de compte des gagnants et des perdants de notre société moderne… peut-être est-il temps de repenser le pouvoir qui lui a été conféré ?

Considérez depuis 2007 (lorsque le ZIRP et l’assouplissement quantitatif ont été mis en œuvre) :
— Les naissances aux États-Unis (colonnes bleues) ont diminué de -0,7 million par an (-16 %… soit 12 millions de naissances de moins que ce que le recensement avait prévu depuis 2007, le delta ne cessant de croître)
— La population féminine en âge de procréer aux États-Unis (ligne rouge) a augmenté de 4,2 millions (+11 %)
— La population américaine de 65 ans et plus (ligne blanche) a augmenté de 27 millions (+72 %)

Pensez à qui les politiques économiques/financières mises en œuvre depuis 2007 favorisent (les personnes âgées/les institutions détenant la majeure partie de (actifs) et ceux qu’ils punissent (les jeunes adultes avec peu ou pas d’actifs pour les protéger). Les jeunes adultes ont fait le choix logique d’en avoir moins, voire d’éviter complètement. À moins d’un changement radical, les naissances et les familles continueront de baisser considérablement et l’avenir de la classe ouvrière américaine se détériorera également.

2007 a également été marquée par l’explosion des prêts étudiants et des dettes de consommation (véhicules, cartes de crédit, etc.), due aux taux d’intérêt, permettant à une population de consommateurs stagnante de continuer à consommer davantage.




Notez comment le service de la dette des jeunes générations a explosé à partir de 2008, tandis que la population et la main-d’œuvre n’ont enregistré que des gains marginaux.



Le PIB moins la dette fédérale était positif jusqu’en 2008-2009, et est depuis tombé en territoire profondément négatif. C’est ce qu’on appelle manger nos semences , dépenser l’argent emprunté à la productivité et aux générations futures pour financer une consommation insoutenable aujourd’hui. Attention, spoiler : ça finit mal.



Malgré les assurances que cette bulle n’éclatera jamais, toutes les bulles éclatent, et elles le font avec une symétrie remarquable, revenant à leur point de départ.



Quoi qu’il en soit, nous perdons : si la Réserve fédérale parvient à maintenir la bulle spéculative gonflée, nous décimons les jeunes générations du pays, déstabilisant fatalement notre société. Si la bulle éclate enfin, toute la richesse fantôme qui soutenait la consommation ira au paradis de l’argent, perdue à jamais.

Nous porterons collectivement le fardeau des politiques catastrophiques, à courte vue et égoïstes, de 2009-2025 pendant des décennies. Sous le vernis statistique facile à manipuler, notre économie et notre société ont été vidées de leur substance au profit de quelques-uns, au détriment du plus grand nombre.

Ce sont des problèmes réels, pas des problèmes monétaires. Malheureusement, jouer avec l’argent ne fait pas disparaître tout cela : les stablecoins, le revenu de base universel (RBU) et la théorie monétaire moderne (MMT) sont tous déconnectés du monde réel : ce qui compte en fin de compte, ce sont les ressources extraites, la productivité et l’efficacité, ainsi que la répartition des gains et des pertes de ces facteurs du monde réel.

L’argent, sous toutes ses formes, n’est que l’unité/le support utilisé pour instancier cette répartition.

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