Le système monétaire et financier international : une croisée des chemins
Maurice Obstfeld
Conférence commémorative Andrew Crockett de la Banque des règlements internationaux, lors de la 95e assemblée générale annuelle de la BRI. Texte et diapositives du discours disponibles.
Un système monétaire et financier international centré sur les États-Unis et basé sur le dollar était inévitable dans les décennies qui ont immédiatement suivi la Seconde Guerre mondiale.
Les politiques internationales conflictuelles du président Donald Trump reposent sur le postulat myope selon lequel les accords commerciaux, financiers et géopolitiques mondiaux actuels ont injustement désavantagé l’Amérique.
Ces politiques, parmi d’autres, menacent la centralité du dollar dans le système et l’intégrité des marchés internationaux de plusieurs manières.
POINTS CLÉS À RETENIR
- La guerre commerciale menée par l’administration entraînera une baisse des importations et des exportations américaines, ce qui réduira l’intégration des États-Unis à l’économie mondiale et limitera le rôle international du dollar.
- Les mesures réactives prises par les partenaires commerciaux, que ce soit en guise de représailles ou simplement pour se protéger de la volatilité de la politique américaine et de ses éventuelles mesures coercitives, renforceront ces effets.
- La pression exercée par Trump sur les politiques de la Réserve fédérale, qui fait peser la menace d’une inflation américaine plus élevée et plus volatile, ainsi que d’une instabilité financière, porte atteinte à un pilier essentiel du rôle mondial du dollar.
- Parmi les autres dangers figurent les déficits budgétaires publics indisciplinés et les divergences réglementaires financières avec les partenaires commerciaux, notamment dans le domaine des stablecoins.
- L’une des raisons de la faiblesse des coûts d’emprunt en dollars réside dans la « prime de sécurité » des bons du Trésor américain. Cette prime dépend en partie des tendances passées à l’appréciation du dollar et à la baisse des rendements des bons du Trésor, liées à la chute des marchés boursiers lors des crises mondiales. Ces corrélations pourraient durablement évoluer si les politiques américaines deviennent de plus en plus inflexibles.