Pourquoi le dollar monte même quand on pense que cela va mal aux Etats Unis et qu’il devrait baisser?
Si vous débutez en devises ou en macroéconomie, voici l’un des principaux points à comprendre : les devises ne fluctuent pas uniquement en fonction de la situation intérieure d’un pays. Elles évoluent en fonction de la situation de ce pays par rapport aux autres.
Ce concept de « force relative » permet de comprendre pourquoi le dollar américain se comporte souvent de manière qui semblent contre-intuitive.
Beaucoup pensent que lorsque la Réserve fédérale baisse ses taux d’intérêt,ou injecte de l’argent, ou fait des QE le dollar doit chute inévitablement. C’est faux.
Certes des taux plus bas réduisent les rendements des actifs libellés en dollars, rendant la monnaie moins attractive, mais cela ne se passe pas dans le vide. Et c’est ce qui se passe autour de la baisse qui doit être analysé.
Si la Fed baisse ses taux, c’est probablement en réponse à un problème :
-ralentissement de la croissance,
-instabilité mondiale
-faiblesse synchronisée.
-risques sur les banques ou les marchés mondiaux
Si le reste du monde est confronté à des problèmes encore plus graves, comme la déflation en Chine, la stagflation en Europe ou une crise de la dette souveraine sur les marchés émergents, alors les investisseurs ne fuient pas le dollar. Ils se ruent vers lui.
C’est ce que la « théorie du milkshake au dollar » de Brent Johnson (@SantiagoAuFund ) illustre si bien.
Note: je pratique une théorie exactement semblable lorsque je vous explique que l’euro, la BCE , les banques commerciales , les grandes firmes européennes sont dollarisées,; et que les Etats Unis tiennent l’Europe par les c….les. L’Europe travaille a partir d’une matière première quelle ne produit pas ; le dollar. Le fait que les bilans de toutes nos institutions financières soient en grande partie en dollars alors que la BCE n’est pas émettrice de dollars fait de nous des dépendants, des obligés, des mendiants: les USA peuvent couper le robinet et fermer les canalisations à leur gré pour nous faire chanter. Ce qu’ils font bien sur.
Au cours des dix dernières années, les États-Unis ont inondé le monde de dollars par le biais des déficits du commerce, des prêts et de la politique monétaire inflationniste . Les économies mondiales sont devenues étroitement liées, imbriquées au système du dollar.
Mais lorsque les États-Unis durcissent leur politique ou semblent simplement plus résilients que les autres, les investisseurs internationaux se précipitent pour rapatrier ces dollars vers le Centre du système, les Etats Unis , comme s’ils aspiraient un milkshake à la paille.
Le résultat est un paradoxe : le système même qui rend le dollar abondant le rend désormais plus rare en période de crise, car une grande partie de la dette et du commerce mondial en dépendent , tout se passe comme si ils étaient shorts en dollars. Retournement dialectique.
Imaginez maintenant que la Fed baisse ses taux.
Cela devrait affaiblir le dollar, non ?
Mais imaginons qu’elle baisse ses taux parce que l’économie chinoise implose, parce que la crise énergétique européenne reprend de plus belle et/ou parce que les marchés du crédit se fissurent : alors , un rendement du Trésor de 4 % commence à ressembler à un cadeau du ciel comparé à l’effondrement des actifs étrangers.
Les investisseurs ne se fient pas seulement au taux absolu, ils s’intéressent à la sécurité, à la liquidité et à la confiance.
Et les États-Unis, malgré tous leurs défauts, possèdent toujours les marchés les plus surs profonds et les plus liquides de la planète.
La possibilité qu’ont les USA de toujours créer des dollars, c’est à dire d’avilir le dollar est en fait une des raisons de sa fermeté.
Miracle dialectique non?
Le dollar est structurellement demandé PARCE QUE … precisément il peut être produit à volonté! Le fait que le dollar peut être produit à volonté par le pays le plus endetté lui confère son attrait; on est sur que les USA ne feront pas faillite puisqu’ils peuvent créer autant de dollars qu’ils veulent, ils peuvent payer en monnaie de singe.
C’est parce que le dollar un jour ne vaudra plus rien qu’il est recherché maintenant!
Concrètement cela signifie que le dollar peut s’apprécier même en période d’assouplissement monétaire.
Si le reste du monde est plus instable ou si la liquidité mondiale se détériore, la demande de dollars augmente, car les investisseurs en ont besoin pour couvrir leurs dettes libellées en dollars, pour placer leurs capitaux dans des valeurs refuges ou pour se prémunir contre les risques.
C’est pourquoi les crises s’accompagnent souvent d’une hausse du dollar, et non d’un effondrement.
Le dollar est la matière première de l’activité mondiale au niveau :
-des échanges
-de l’activité bancaire
-des dettes
-du capital mondial
etc
On sous-estime à quel point la structure financière mondiale est dépendante du dollars. Lorsque des failles apparaissent, les emprunteurs mondiaux se précipitent pour obtenir des financements, et la pression la plus forte s’exerce toujours sur les monnaies les plus faibles. On n’assiste pas à un transfert net du dollar au yuan ou à l’euro ; on assiste à une fuite en avant vers la sécurité, puis à une réinitialisation.
Alors, quand vous entendez quelqu’un affirmer avec assurance que le dollar doit chuter parce que la Fed assouplit sa politique monétaire, haussez les épaules.
Les devises ne sont pas seulement une question de politique monétaire , elles sont aussi une question de maillage, de dépendance, de confiance, d’endettement et surtout de déséquilibres mondiaux.
Le dollar est la monnaie de dernier recours, c’est la pierre angulaire du système des échanges, du système bancaire, du système financier., du système capitaliste, du système de la dette..
Dans un monde financiarisé, fondé sur l’eurodollar/asiadollars, sur le dollar extérieur aux USA, sur les obligations en dollars, sur les dettes en dollars, la pression ne détruit pas le dollar, elle renforce sa domination.
EN PRIME
La théorie du milkshake dollar.
Leçon sur les devises : Pourquoi le dollar monte (même quand on pense qu’il ne devrait pas) Si vous débutez en devises ou en macroéconomie, voici l’un des principaux changements de mentalité à comprendre : les devises ne fluctuent pas uniquement en fonction de la situation intérieure d’un pays. Elles évoluent en fonction de la situation de ce pays par rapport aux autres. Ce concept de « force relative » permet de comprendre pourquoi le dollar américain se comporte souvent de manières qui semblent contre-intuitives. Beaucoup pensent que lorsque la Réserve fédérale baisse ses taux d’intérêt, le dollar chute inévitablement. Or, dans ce contexte, c’est logique : des taux plus bas réduisent les rendements des actifs libellés en dollars, rendant la monnaie moins attractive. Mais nous ne vivons pas dans le vide. Si la Fed baisse ses taux, c’est probablement en réponse à un problème plus grave : ralentissement de la croissance, instabilité mondiale ou faiblesse synchronisée. Et si le reste du monde est confronté à des problèmes encore plus graves, comme la déflation en Chine, la stagflation en Europe ou une crise de la dette souveraine sur les marchés émergents, alors les investisseurs ne fuient pas le dollar. Ils se ruent vers lui. C’est ce que la « théorie du milkshake au dollar » de Brent Johnson (
@SantiagoAuFund ) illustre si bien. Au cours des dix dernières années, les États-Unis ont inondé le monde de dollars par le biais du commerce, des prêts et de la politique monétaire. Les économies mondiales sont devenues étroitement liées au système du dollar. Mais lorsque les États-Unis durcissent leur politique ou semblent simplement plus résilients que les autres, les investisseurs internationaux se précipitent pour rapatrier ces dollars, comme s’ils aspiraient un milkshake à la paille. Le résultat est un paradoxe : le système même qui a rendu le dollar abondant le rend désormais rare en période de crise, car une grande partie de la dette et du commerce mondial en dépendent encore. Imaginez maintenant que la Fed baisse ses taux. Cela devrait affaiblir le dollar, non ? Mais imaginons qu’elle baisse ses taux parce que l’économie chinoise implose, que la crise énergétique européenne reprend de plus belle et que les marchés du crédit montrent des signes de faiblesse. Soudain, un rendement du Trésor de 4 % commence à ressembler à un cadeau du ciel comparé à l’effondrement des actifs étrangers. Les investisseurs ne se fient pas seulement au taux absolu, ils s’intéressent à la sécurité, à la liquidité et à la confiance. Et les États-Unis, malgré tous leurs défauts, possèdent toujours les marchés les plus profonds et les plus liquides de la planète. Cela signifie que le dollar peut s’apprécier même en période d’assouplissement monétaire. Si le reste du monde est plus instable ou si la liquidité mondiale se détériore, la demande de dollars augmente, car les investisseurs en ont besoin pour couvrir leurs dettes libellées en dollars, placer leurs capitaux dans des valeurs refuges ou se prémunir contre les risques. C’est pourquoi les crises s’accompagnent souvent d’une hausse du dollar, et non d’un effondrement. Le dollar devient alors l’œil du cyclone. On sous-estime également à quel point la structure financière mondiale est évaluée en dollars. Lorsque des failles apparaissent, les emprunteurs mondiaux se précipitent pour obtenir des financements, et la pression la plus forte s’exerce toujours sur les monnaies les plus faibles. On n’assiste pas à un transfert net du dollar au yuan ou à l’euro ; on assiste à une fuite en avant vers la sécurité, puis à une réinitialisation. Alors, quand vous entendez quelqu’un affirmer avec assurance que le dollar doit chuter parce que la Fed assouplit sa politique monétaire, prenez du recul. Les devises ne sont pas seulement une question de politique monétaire, elles sont aussi une question de confiance, d’endettement et de déséquilibres mondiaux. Un dollar plus faible n’apparaît que lorsque le reste du monde est suffisamment fort pour le soutenir. En attendant, le dollar reste la monnaie de dernier recours, s’appréciant souvent non pas malgré les tensions mondiales, mais grâce à elles. Voilà la leçon. Les monnaies sont le reflet de la comparaison mondiale, et pas seulement d’une orientation nationale. Et dans un monde fondé sur les obligations en dollars, la pression ne détruit pas le dollar, elle renforce sa domination.
Une réflexion sur “EDITORIAL. Le paradoxe du dollar, le milkshake dollar. C’est parce que le dollar un jour ne vaudra plus rien qu’il est recherché maintenant!”