Je suis le seul en France et à ma connaissance en Europe, y compris en Suisse à analyser la dépendance vis à vis des Etats Unis comme une conséquence objective de la dollarisation de nos systèmes monétaires, financiers et bancaires.
La BCE, les banques commerciales, les très grandes entreprises européennes et Suisse sont dollarisées, c’est à dire que leur bilan est, « actif » et « passif », en partie en dollars. Avec mismatch de durée, de risques etc.
Nous utilisons, nous prêtons, nous empruntons , nous jouons sur les dérivés de centaines de trillions exprimés en une monnaie, qui n’est pas la notre. A partir d’une matière première dont un autre est le maître.
Nous parions sur le fait que toujours nous aurons accès au dollar, que celui-ci sera toujours liquide, à disposition, nous évoluons dans un univers dont l’oxygène est le dollar et nous ne sommes pas producteurs de dollars, ce sont les américains qui en ont les vannes, la Fed, le Trésor, le DOJ…
C’est le resultat de la décision imbécile, et de la pratique de nos responsables publics et privés d’avoir voulu profiter des déficits américains en les recyclant. Le dollar qui s’accumulait hors des USA était trop tentant pour ne pas en faire une matière première de de profit en le recyclant pour financer le commerce, l’investissement, les dettes , les assurances que sont les dérivés etc . C était une manne , une aubaine saisie par les grandes banques, Deutsche Bank, UBS, Credit Suisse , BNP Paribas , Societe Genérale etc.
Au fur et a mesure que le maillage du dollar se constituait j’ai critiqué ce phénomène, expliqué que nous perdions toute indépendance, que nous nous livrions pieds et poings liés à nos maîtres, et que notre système bancaire nous avait vendu pour un plat de lentilles. Nous l’avons constaté en 1998, puis 2008 quand les canalisations du refinancement en dollars se sont colmatées, il a fallu aller mendier . La Suisse a senti sa douleur!
Ces responsables en se maillant , en s’insérant dans le tissus du dollar hors des USA l’eurodollar , ont touché une rente, des profits , mais ils ont vendu notre liberté et notre souveraineté monétaire concrète, réelle.
Ils se sont inscrit dans le tissus du dollar, de son impérialisme, de son extension juridique globale , bref ils nous ont vendus, vassalisés,
J’ai exprimé cela en disant que nous étions tenu par les couilles . Nous sommes émasculés.
Cela n’a pas besoin d’être formulé, c’est su, c’est implicite, il suffit que le DOJ ou le Trésor US lève un sourcil pour que cela soit rappelé. le regime maintanant généralisé des sanctions a servi d’exemple pour mettre tout le monde au pas.
Et cela s’est vérifié lors des crises bancaires, à chaque fois ce sont les prêts de dollars, les swaps qui ont sauvé nos systèmes; la Suisse en a payé un prix très élevé au plan politique; plus de neutralité possible, sauf en simulacre.
Nos hommes politiques, nos élites sont des incapables et des fainéants, à part quelques amis aucun ne m’a contacté pour comprendre le phénomène; la question ne vient enfin de se poser qu’il y a quelques mois par le biais d’une réflexion à la BCE, réflexion qui a trouvé ensuite un écho chez Reuters et le FT.
Il y a eu ensuite un excellent article de Gillian Tett dans le FT

et maintenant cette nouvelle qui vient de tomber:
La Banque d’Angleterre demande à certains prêteurs de tester leur résilience aux chocs du dollar américain –
La Banque d’Angleterre, en coordination avec les autorités de surveillance européennes, demande désormais aux grandes banques de réaliser des tests de résistance internes pour un scénario autrefois impensable : un choc de financement en dollars américains de grande ampleur.
Cela inclut la modélisation de situations où l’accès aux liquidités en dollars, même via des lignes de swap, pourrait être totalement gelé.
Ces demandes, formulées discrètement par l’intermédiaire de l’Autorité de régulation prudentielle de la Banque d’Angleterre, reflètent les inquiétudes croissantes quant à la dépendance excessive du système mondial au dollar et à son exposition à l’instabilité voire au cynisme autoritaire de la politique américaine.
Derrière ce changement se cache une inquiétude plus profonde : les États-Unis pourraient ne plus être un fournisseur fiable et apolitique de liquidités en dollars d’urgence lors des crises mondiales.
La confiance qui sous-tendait le rôle vital du dollar dans la finance mondiale était mal placée, non pas en raison de la faiblesse économique, mais de l’instabilité géopolitique et de l’imprévisibilité des politiques à Washington.
Les attaques répétées du président Trump contre le président de la Réserve fédérale, Jerome Powell, ainsi que les rumeurs de son éventuel limogeage, ont ravivé les craintes d’une politisation de la Fed et ébranlé la confiance étrangère dans la gestion monétaire américaine.
Combinées aux écarts de Trump par rapport à la doctrine américaine de longue date en matière de commerce et de défense, les régulateurs européens se demandent désormais s’ils peuvent encore compter sur le dollar en période de tensions financières.
La Fed affirme qu’elle maintiendra la liquidité mondiale en dollars, mais les responsables étrangers ne sont plus disposés à y croire.
C’est un tournant majeur : lorsque même la Banque d’Angleterre se lance dans des jeux de guerre fondés sur une pénurie de dollars, ce n’est plus une question d’idéologie, c’est une question de survie.
Je ne considère pas que la question de Trump ou de la subjectivité ou de la Personnalisation des décisions est adéquate, c’est une mauvaise approche; ce ne sont pas les hommes qui commandent, mais le système dans ses besoins objectifs; or le système américain est condamné, il est mortel parce que construit sur cette donnée de base: la mortalité, l’épuisement.
Et sur la voie de l’épuisement des bienfaits du système issu de la Seconde Guerre mondiale, tout est possible et si tout est possible, tout est permis.
Le système du dollar-roi est comme une mine, une mine d’or, il donne des avantages, il enrichit mais plus on creuse et exploite la mine plus le rendement chute et plus on arrive à l’épuisement, c’est matériel, objectif.
Le dollar-roi contient en germe , dans son ADN ses propres déterminations de destruction, par construction.
Et c’est cet épuisement qui produit le risque de l’utilisation du dollar comme arme, comme outil de chantage, pas la personnalité de Trump; il est écrit qu’il y aura une crise du dollar et nos idiots irresponsables n’y sont pas préparés, ils n’ont pas construit un système résilient , autonome, à l’abri de ce dollar condamné .
En cas de choc financier sérieux sur le dollar, les États-Unis ne seraient pas les premiers touchés . Certes, ils subiraient de véritables souffrances, avec des gels de liquidités, des tensions sur le crédit et des répercussions politiques. Mais la véritable catastrophe frapperait hors des États-Unis. La dette mondiale libellée en dollars, les besoins de refinancement en dollars se chiffrent en milliers de milliards, et son accès dépend des lignes de swap contrôlées par les États-Unis et de la juridiction légale.
Une véritable compression ne ressemblerait pas à un effondrement du dollar, mais à un retour en force, où le dollar s’envolerait et plongerait le reste du monde dans une crise d’asphyxie. C’est toujours Washington qui décide qui a accès à l’oxygène.
Encore récemment j’ai abordé cette question en expliquant la théorie du Milkshakedollar.