Lorsque la BRI avertit que « les stablecoins constituent une menace pour la stabilité financière », elle reconnaît, peut-être plus explicitement que jamais, que l’architecture même de la monnaie moderne est menacée.
Note Une stablecoin est une cryptomonnaie dont la particularité est de maintenir une valeur « stable » en étant adossé à un actif de référence. Il s’agit le plus souvent d’une monnaie fiduciaire comme le dollar américain, mais certains stablecoins sont également indexés sur l’euro, l’or, ou d’autres actifs.
https://cdbf.ch/lexique/finance-decentralisee-defi/
Les stablecoins ne sont intrinsèquement imprudents ou volatils, mais ils fonctionnent comme des réseaux monétaires offshore reproduisant les mêmes fonctions que la monnaie souveraine tout en échappant au contrôle des banques centrales.
C’est là le cœur du problème. Les stablecoins dominants d’aujourd’hui, notamment ceux indexés sur le dollar américain comme l’USDC et le Tether, ne sont pas des instruments spéculatifs marginaux. Ils sont désormais intégrés au cœur du système financier mondial.
Ils facilitent les transactions transfrontalières, servent de garantie aux protocoles de prêt DeFi (DeFI =finance décentralisée), règlent des centaines de milliards de dollars d’échanges et sont de plus en plus intégrés aux systèmes de paiement institutionnels.
Plus important encore, ils accomplissent tout cela sans l’intervention directe des banques centrales. Ils évoluent plus rapidement que SWIFT, se règlent en dehors du système de règlement brut en temps réel de la Fed et créent un canal parallèle pour la circulation mondiale des dollars synthétiques, sans être interrompus par des frontières juridictionnelles ou des contrôles de capitaux.
Pour la BRI, il s’agit d’une faille de gouvernance.
Les stablecoins affaiblissent le lien étroit entre les monnaies nationales, la politique monétaire nationale et la surveillance du système financier.
Ils offrent aux nations ,notamment aux émergentes un moyen de sortir des régimes monétaires locaux au profit d’alternatives numériques liquides basées sur le dollar.
Cela crée un risque de fuite rapide des capitaux, de pressions déstabilisatrices sur les changes et de fragilisation de l’intermédiation financière locale.
La BRI sait qu’un jeton qui ressemble, se comporte et fonctionne comme un dollar, mais qui n’est pas régi par la Réserve fédérale ou une institution du G7, représente non seulement un risque de marché, mais aussi un défi institutionnel existentiel.
Le plus grave est que la BRI n’émet pas cet avertissement pour fermer les stablecoins down. Elle prépare plutôt leur remplacement par un système plus puissant, programmable et institutionnellement approuvé. C’est là qu’intervient le concept de « registre unifié ». La BRI envisage un avenir où les réserves des banques centrales, les dépôts des banques commerciales et les titres d’État tokenisés coexisteraient sur une plateforme numérique intégrée, un système d’exploitation financier programmable, régi non par des protocoles, mais par les autorités monétaires.
Dans ce cadre, l’État utilise l’avantage technologique des stablecoins tout en les privant de leur autonomie. Imaginez-la comme la « Finance décentralisée de l’État », plus rapide, plus transparente, mais entièrement conforme et étroitement surveillée. Il ne s’agit pas d’une guerre entre les stablecoins et les monnaies fiduciaires.
Il s’agit d’une guerre entre deux modèles de confiance : l’un fondé sur le code, les garanties et les marchés ; l’autre sur la juridiction, la politique et la force juridique.
La BRI souhaite la monnaie programmable et pense qu’elle est inévitable ; elle souhaite simplement s’assurer que, lorsque cette infrastructure deviendra fondamentale, ce soit l’État, et non les émetteurs privés, qui en dicte les règles.
Alors oui, les stablecoins représentent une menace, mais pas au sens où les médias le suggèrent. Ils constituent une menace car ils ont révélé la fragilité et l’obsolescence d’une grande partie de l’infrastructure financière traditionnelle. Et plutôt que de les éradiquer, la BRI se prépare à transposer leur logique dans la prochaine génération de contrôle monétaire.
EG M