L’UE a trahi ses citoyens en n’invoquant pas le colossal déséquilibre des échanges en faveur des USA dans le domaine des services. Vassalitude au carrrré!

L’UE aurait du faire valoir la question des échanges de services dans ses relations commerciales avec les États-Unis.

Les États-Unis ont un déficit commercial sur les biens avec l’UE, mais un excédent dans les services, ce qui rend le solde global des échanges (biens + services) plus proche de l’équilibre.

Un oubli de taille.

Chiffres pour étayer l’analyse,d’après les données récentes :

  • Échanges de biens (2024) :
    • Les États-Unis ont exporté 370,2 milliards de dollars de biens vers l’UE et importé 605,8 milliards de dollars, ce qui entraîne un déficit commercial américain de 235,6 milliards de dollars pour les biens.
    • Du point de vue de l’UE, l’UE a exporté 531,6 milliards d’euros de biens vers les États-Unis et importé 333,4 milliards d’euros, soit un excédent commercial de 198,2 milliards d’euros pour l’UE.
  • Échanges de services (2024) :
    • Les États-Unis ont exporté environ 275 milliards de dollars de services vers l’UE et importé 200 milliards de dollars, soit un excédent commercial américain de 75 milliards de dollars.
    • Du point de vue de l’UE, le déficit commercial dans les services avec les États-Unis s’élève à environ 148 milliards d’euros en 2024.
  • Solde global (biens + services) :
    • En tenant compte des biens et des services, l’UE affiche un excédent commercial global de 50 milliards d’euros avec les États-Unis, soit environ 3 % du commerce total transatlantique (1,68 trillion d’euros en 2024).
  • Composition des échanges :
    • Les principaux biens exportés par l’UE vers les États-Unis incluent les produits pharmaceutiques (22,5 %), les véhicules routiers (9,6 %), et les machines industrielles (6,4 %).
    • Les services américains exportés vers l’UE incluent les logiciels, les services numériques (cloud, streaming), et les services financiers, où les États-Unis dominent grâce à des entreprises comme Microsoft, Amazon, et Google.

La réalité économique fondamentale est que les relations commerciales entre l’UE et les États-Unis sont complémentaires mais déséquilibrées par secteur. Ce qui normal et conforme à toutes les theories du commerce international. Chacun se specialise dans ce qu’il fait le mieux! C’est la règle du jeu.

Les États-Unis dominent dans les services grâce à leur avance technologique et à leurs géants numériques, tandis que l’UE excelle dans l’exportation de biens manufacturés, notamment les produits pharmaceutiques, les véhicules, et les machines.

Cette complémentarité rend les deux économies interdépendantes.

L’idée d’une réplique de l’UE par des droits de douane sur les services américains est séduisante, car elle ciblerait un secteur où les États-Unis ont un avantage certes mais fragile pour deux raisons:

-concurrence chinoise et rivalité

-sommes astronomiques en jeu .

-risques de pertes boursières de grande ampleur pour les sociétés visées

Taxer les services est complexe, mais cela est possible par une approche multicritères, plus élaborée, voire fine :

  • Complexité technique : Les services, en particulier les services numériques, sont difficiles à taxer efficacement en raison de leur nature intangible et de la facilité avec laquelle les entreprises peuvent déplacer leurs opérations (par exemple, via des filiales dans des pays tiers).
  • Risques économiques : Imposer des droits sur les services américains pourrait augmenter les coûts pour les consommateurs et les entreprises européennes, qui dépendent fortement des logiciels et des services numériques américains (par exemple, les services cloud d’Amazon Web Services ou les outils de Microsoft).
  • Conséquences globales : Une escalade des tensions commerciales pourrait perturber les chaînes d’approvisionnement et nuire aux deux économies. Selon une analyse du Peterson Institute, un scénario de guerre commerciale avec des tarifs de 25 % de part et d’autre réduirait le PIB américain de 0,7 % et celui de l’UE de 0,3 %, avec des impacts plus marqués sur des pays comme l’Allemagne.

L’UE a tout intérêt à faire valoir la question des services dans les négociations commerciales, avec une approche stratégique et surtout nuancée . Cette arme aurait un poids et un effet d’exemplarité considerable car les services sont le fer de lance du capital américain et très surcotés en Bourse, ce qui en cas de chute des cours produirait une fragilité systémique. S’attaquer avec des alliés aux secteurs de pointe américain en se rapprochant de la Chine serait une arme de destruction massive.

  1. Poids économique des services : Les services représentent une part croissante du commerce transatlantique (475 milliards de dollars en 2024 entre les États-Unis et l’UE). Ignorer ce secteur dans les discussions limiterait la capacité de l’UE à défendre ses intérêts économiques.
  2. Levier de négociation : Menacer de taxer les services américains pourrait inciter les États-Unis à modérer leurs propres mesures protectionnistes, comme les tarifs sur l’acier ou les automobiles. Par exemple, l’UE a déjà préparé une liste de mesures de rétorsion incluant des taxes sur les services en réponse aux menaces de tarifs américains.
  3. Protection des intérêts européens : L’UE doit protéger ses consommateurs et ses entreprises tout en maintenant un accès aux services américains essentiels. Une taxe ciblée sur certains services (par exemple, les plateformes numériques) pourrait être plus efficace qu’une taxe générale, tout en envoyant un signal fort.

L’UE pour réussir doit être unie et procéder de façon progressive, elle doit éviter une escalade incontrôlée.

  • Approche ciblée : Plutôt que des taxes globales, l’UE pourrait envisager des mesures spécifiques, comme des taxes sur les géants technologiques (similaires à la taxe GAFA en France) ou des restrictions sur les exportations de données.
  • Négociation prioritaire : L’UE devrait privilégier la coopération via des cadres comme le Trade and Technology Council (TTC) pour négocier des solutions équilibrées, comme la réduction des barrières non tarifaires.
  • Risque de diversion commerciale : Si les États-Unis imposent des tarifs élevés sur la Chine, les exportations chinoises pourraient être redirigées vers l’UE, ce qui accentuerait la pression sur les industries européennes. L’UE doit donc coordonner sa stratégie commerciale globale.

L’UE a un intérêt stratégique à mettre en avant la question des services dans les négociations avec les États-Unis, car cela renforce son levier face aux menaces de tarifs sur les biens.

Cependant, toute action doit être mesurée pour éviter des répercussions économiques négatives sur les consommateurs et les entreprises européennes. Une combinaison de négociations diplomatiques, de mesures ciblées mais exemplaires sur les services numériques, et d’une vigilance face aux perturbations commerciales globales serait la meilleure approche pour l’UE.

Laisser un commentaire