La hausse future des taux, le retour des primes de risque et de duration constituent le coût des politiques non conventionnelles passées: l’avantage de ces politiques a été de fournir des liquidités gratuites, de gonfler mathématiquement et artificiellement la valeur des actifs pour créer une solvabilité artificielle.
Ces politiques devaient être payées un jour par:
-le retrait des liquidités excédentaires,
-par la hausse des taux à des niveaux normaux,
-par le retour des primes de risque et de duration.
Ce mouvement de sens inverse est destructeur, les valeurs au bilan des actifs financiers se corrigent, les primes réapparaissent , les liquidités se raréfient. Tout cela constitue le négatif, le cout des politiques non conventionnelles.
(Je laisse de coté la question de la hausse des prix des biens et services et des déflateurs de GDP qui dans une certaine mesure réduisent le cout de retour aux politiques orthodoxes tant qu’elles sont perçues comme temporaires et ne contribuent pas à pousser les taux trop haut. )
En bonne gestion, le ressac monétaire devrait être équivalent à la célèbre mer qui se retire de Warren Buffett, vous savez celle qui expose les baigneurs qui se baignent nus.
Il n’en est rien!
Pourquoi?
Parce tout est bidon, bidonné, faux, archi faux!
On nous trompe , nous sommes trompés ; on veut nous faire croire que les autorités gnomiques ont la situation en mains, qu’elles peuvent gérer , qu’elles ont retrouvé des marges de manœuvres, bref que les situations sont symétriques et reversibles ; on peut faire et défaire sans risque de catastrophe. La réalité cachée c’est que l’on ne peut faire et défaire sans risquer le chaos et que pour le faire croire il faut mener des politiques subreptices qui en fait, font semblant de faire, tout en ne faisant pas.
Il faut créer des illusions, il faut produire de la gestion Canada Dry ,
On crée une illusion de réversibilité alors qu’il n’y en a pas, ce que l’on fait est irreversible: on creuse une mine monétaire et cette mine est finie, elle s’inscrit dans la finitude, elle ne s’inscrit pas dans le fameux renouvelable à la mode.
D’abord il n’y a pas eu de vrai resserrement monétaire et de retour à une politique monétaire orthodoxe, l’argent est toujours resté surabondant, et en excédent sur les besoins, ce que l’on a retiré d’une main, visiblement, spectaculairement a été réinjecté de l’autre main par d’autres canaux hors de la vue du public
Ensuite parce que la hausse des taux qui devait dévaster les bilans, les solvabilités, les collatéraux n’a pas été prise en compte par les comptabilités, tous les comptes du système sont faux, frauduleux.
Les actifs financiers pourtant dépréciés par la hausse des taux sont restés inventoriés au même prix , marked to fantasy. On a accepté la généralisation de la comptabilité hédonique à la Enron, comme ce fut fait au japon.
Enfin parce que les banques centrales ont adopté une politique de surveillance stricte elles ont éteint les foyers d’incendie discrètement, subrepticement, au jour le jour, en inondant rapidement.
Les grands acteurs TBTF savent tout cela et ils ont compris comme je l’explique régulièrement, que le risque n’est plus dans les marchés ou dans la sphère privée, le risque est externalisé; on sait que c’est la banque centrale qui l’assume et qu’elle paiera; le tout, pour les banques TBTF est de rester dans la ligne voulue par les autorités, de bien se comporter, d’être connivent. , de ne pas fight the Fed.
Les fonds propres des banques et des grands du shadow en réalité sont de la poudre aux yeux, d’abord parce qu’ils sont détruits par les pertes latentes, ensuite parce qu’elles n’ont plus besoin de fonds propres adéquats sauf pour perpétuer le grand simulacre du liberalisme et du capitalisme. Tous les grands initiés savent que les fonds propres ,pour assurer le système n’existent pas, il n’y a pas de stock de fonds propres suffisant pour servir d’assurance; le système est assuré en dynamique c’est à dire par les flux, par le bilan gonflable des banque centrales. ou par le rejet dans l’imaginaire des dérivés!
Au fond le capitalisme financier dans sa version finale tourne sans capital réel il tourne sur le mythe de capitaux comptables alors que le vrai capital est mutualisé, socialisé au niveau du bilan des banques centrales et singulièrement celui de la Fed; ce sont les citoyens qui supportent tous les risques, mais chut, il ne faut pas que cela se sache car cela détruirait le mythe du capitalisme qui, soi disant trouve sa justification morale et sociale dans la prise de risques!
Nous sommes dans un colossal simulacre, on joue à la bonne gestion, on joue au capitalisme, on joue à l’économie de marché mais rien n’est vrai, tout repose sur la capacité des banques centrales à augmenter la taille de leurs bilans, sur la capacité des gouvernements à encore et toujours créer des déficits, à toujours et encore émettre des dettes, des fonds d’état qui servent de collatéraux et de réserves de liquidités. Tout cela se passe comme l’exemple en a été montré au Japon, le grand précurseur.
Les banques centrales ont appris une chose importante de la crise financière mondiale : gérer les problèmes, en particulier les plus importants, aussi discrètement que possible. Fournir, produire des récits qui aveuglent et mystifient, des récits qui créent un univers parallèle... de fausse transparence.
Bref elles adopté une politique dissymétrique qui non pas résout les problèmes, mais les met sous le tapis, les accumule hors de la vue des marchés, du public.
On empile sur le tas de sable de Per Bak, on creuse les trous. Mais dans le noir, sous la surface. La finance ne se joue plus au grand jour, elle se joue dans les profondeurs des tuyauteries, dans les canalisations ou circule l’eau des égouts qui réapparait à la surface comme pure et cristalline! .
En ce moment, la Banque d’Angleterre fournit activement des liquidités aux institutions financières dont les noms restent secrets. Pourquoi ? « Pas pour ne pas semer semer la panique. »
La BOJ fournit activement des liquidités et tente de contrôler les rendements pour éviter que l’insolvabilité de nombreuses institutions financières locales ne devienne une information du domaine public. Tout le système japonais est sous perfusion.
La BNS a nié toute crise au sein du Crédit Suisse jusqu’à ce qu’elle soit obligée d’orchestrer un plan de sauvetage de dernière minute en le fusionnant avec UBS (une décision qui nécessitait de violer les lois constitutionnelles suisses).
La Fed a retiré du dernier test de résistance l’élément le plus important et celui qui se détériore le plus rapidement dans le bilan de toutes les grandes banques : l’exposition et les prêts au capital-investissement.
Quiconque croit au mantra « tout va bien » des banques centrales, qu’elles répètent sans cesse à leurs traders et algorithmes de trading , risque d’être totalement pris au dépourvu lorsque les problèmes seront si importants qu’ils ne pourront plus être dissimulés.
Les conséquences seront rapides et perturbatrices, mais à ce moment-là, il n’y aura pas assez de canots de sauvetage pour que chacun puisse échapper au naufrage du Titanic.
Réservez une place sur les canots de sauvetage à l’avance.
Et puis, une dernière révélation, pour conclure.
Maintenant vous avez les clefs intellectuelles pour comprendre pourquoi les banques centrales se lancent dans les cryptos, les stablecoins etc , c’est pour repousser encore les limites, émettre plus, créer une nouvelle demande pour gaver de nouveaux pigeons.