Guerre en Ukraine : l’Europe vers sa défaite stratégique- Hervé Carresse chez Castelneau

La présentation de Carresse par Castelneau est en pied de texte

Depuis novembre 2022 avec l’évacuation de de la ville de Kherson suivi du franchissement retrograde du Dniepr (que l’on peut considérer comme un tournant de cette guerre) la Russie a basculé dans une stratégie d’attrition dans le but de sortir de manière favorable d’une guerre qui, après l’échec du traité d’Istanbul, semblait devoir être longue.

Sur quels éléments s’appuyaient ce basculement stratégique ?

1) Tout d’abord une mobilisation partielle destinée à lutter contre la talon d’Achille initial des Forces Armées Russes (FAR) leur sous-effectif. L’opération initiale a impliqué moins de 150 000 hommes entre février et octobre-novembre 2022. Certains observateurs allant jusqu’à une estimation de 120 000, avec les départs des contractuels courts, certains disaient 120 000 hommes. Sous-effectifs qui avaient permis l’offensive éclair des FAU sur la région de Kharkiv en octobre 2022 (RAPFOR de 1 pour 8 dans cette zone en faveur des FAU).

2) Ensuite sur la nécessité de créer un leurre stratégique pour attirer les réserves des FAU qui auraient pu menacer et percer dans la trouée de Zaporijia. Alors que les 20 000 Russes, épuisés, issus du front de Kherson venaient de s’y rétablir et que cette zone n’était pas suffisamment fortifiée ni tenue pour résister à une éventuelle offensive des FAU.

3) Puis sur la longue bataille de Bakhmout (août 2022-mai 2023) qui a eu pour objet de consommer les réserves ukrainiennes potentiellement menaçantes sur Zaporijia en utilisant côté russe une unité de mercenaires (Wagner) dont les pertes, en raison de son recrutement, n’étaient pas sensibles pour la société russe.

4) Sur la construction de la ligne Surovikin, protégée stratégiquement par l’engagement majeur des FAU à Bakhmout, et sur laquelle l’offensive d’été des FAU allait s’écraser.

5) Sur une opération de « déception » à grande échelle orchestrée par la Russie et largement, benoitement relayée par les médias occidentaux, la chaîne LCI en tête chez nous, accompagné par les idiots de service sur X. Comme les fameux NAFO, participant ainsi aux opérations « psyops » du camp adverse. Absurdité pour faire croire que même sans appui aérien les FAU pourraient percer la ligne Surovikin le moral des FAR et en au plus bas. D’où toutes ces vidéos de soldats russes exprimant leur démoralisation et qui comme par hasard ont disparu après octobre 2023…

6) Sur la mobilisation du complexe militaro industriel russe et les réserves en matériels divers précieusement conservés depuis la fin de l’ex-URSS. Sans basculer dans une économie de guerre qui aurait fragilisé le centre de gravité russe d’acceptation sociétale de la guerre. Ce qui fut fait non en tournant l’intégralité de l’outil industriel vers la production de guerre mais en augmentant par contre les capacités de production existantes du complexe militaro-industriel russe.

7) En ayant recours uniquement aux volontaires, après démobilisation des mobilisés de novembre 2022. Cette politique de volontaires, chèrement rémunérés, permettant de protéger le centre de gravité russe de l’acceptation sociétale de la guerre tout en favorisant l’engagement de soldats rustiques provenant majoritairement des zones rurales, défavorisées et reculées de la Russie.

8) Enfin sur une campagne de bombardements stratégiques destinée à neutraliser le complexe militaro-industriel et énergétique ukrainien.

Où en est-on aujourd’hui de ce choix stratégique d’une guerre d’attrition qui a épuisé la ressource humaine mobilisable et mobilisée de l’Ukraine tout en épuisant les réserves et les capacités matérielles des occidentaux alliés de l’Ukraine, européens et surtout américains ?

Sur le terrain, le front des FAU tient encore mais des signes de défaillance, au plan tactique, se remarquent en raison du manque de fantassins. En face, les FAR ne semblent pas envisager de reprendre les risques des grandes avancées opératives comme en octobre 2022. L’hyper surveillance du front et la menace des drones FPV ukrainiens bloque encore cette possibilité. Pour l’instant… Cependant les dernières percées constatées sur le front méritent d’être observée dans leur développements. Tout comme la zone de Zaporijia qui demeure indispensable pour que les Russes puissent atteindre leurs objectifs de de de conquête des régions de Zaporijia et Kherson.

Sur le plan diplomatique, les USA qui ont atteint tous leurs objectifs stratégiques (découplage Russie-Europe, vassalisation accrue des pays de l’UE) estiment que cette guerre doit cesser au plus tôt et que pour cela il est nécessaire de prendre en considération les résultats des opérations sur le terrain.

Du côté de l’Ukraine et de ses alliés européens qui brillent par le décalage entre les émotions qu’ils expriment et les résultats concrets de leur soutien, la sortie de guerre s’avère difficile.

Pour l’Ukraine car de facto le retour aux frontières de 91 (objectif toujours revendiqué aujourd’hui) paraît durablement compromis.

Pour les pays de l’UE et la Grande-Bretagne, en particulier la France, l’Allemagne, l’absence caricaturale de définition d’une stratégie propre , en dehors d’un suivisme de celle de l’Ukraine et d’accompagnement soumis de celle des USA, les a enfermés dans une impasse. Impasse qui aura consacré le déclin définitif des grandes nations de ce continent, de la faiblesse organique de l’Union Européenne et leur propre défaite stratégique.

Castelneau

e publie aujourd’hui une analyse de la situation militaire dans la guerre d’Ukraine. Rédigé par mon ami Hervé Carresse, avec lequel nous avons entrepris un travail de ré information sur la chaîne vidéo YouTube Vu Du Droit. L’idée était d’amener un peu de réel face à un déferlement de propagande russophobe assez inepte. (Du fait du travail entrepris sur Substack, la chaîne est actuellement en vacances. Mais elle reprendra évidemment dès septembre).

Son avis est toujours précieux. Il a eu plusieurs métiers dans sa vie professionnelle, actuellement il fait du conseil en stratégie de gestion et communication de crise. C’est un ex officier d’infanterie, ex officier d’état-major et chef de bureau de l’état-major de l’armée de terre, breveté de l’école de guerre. Il a aussi été officier au sein de la brigade de sapeurs-pompiers de Paris. Autre qualité importante, c’est un grand guitariste de rock niveau « guitar hero »…

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