La position d’Emmanuel Macron sur la reconnaissance d’un État palestinien et la solution à deux États a évolué de manière significative au fil de son mandat, marquant un tournant diplomatique important en 2025.
Voici une exposition, une analyse et un commentaire de sa position, basés sur les déclarations et les actions rapportées, en tenant compte des informations disponibles et des dynamiques géopolitiques.
Exposition de la position et des déclarations de Macron
- Contexte historique et position initiale :
- Historiquement, la France a adopté une posture équilibrée entre le soutien à la sécurité d’Israël et la reconnaissance des droits des Palestiniens, en ligne avec la solution à deux États prônée depuis des décennies. Sous Macron, cette approche a d’abord été marquée par une prudence, conditionnant la reconnaissance d’un État palestinien à des avancées concrètes dans le processus de paix, notamment la démilitarisation de Gaza, l’exclusion du Hamas de la gouvernance, la réforme de l’Autorité palestinienne et la reconnaissance d’Israël par ses voisins arabes.
- En 2020, Macron s’était aligné sur une politique de rupture, cherchant à se distinguer de ses prédécesseurs (de Gaulle, Mitterrand, Chirac) en misant sur des relations privilégiées avec Israël tout en soutenant des initiatives diplomatiques multilatérales.
- Évolution en 2025 :
- Avril 2025 : Lors d’un voyage en Égypte, Macron annonce que la France pourrait reconnaître un État palestinien en juin, lors d’une conférence internationale co-présidée avec l’Arabie saoudite à l’ONU. Cette déclaration intervient après une visite émouvante à l’hôpital Al-Arish, près de Gaza, où il rencontre des blessés palestiniens. Il souligne l’urgence humanitaire à Gaza et s’oppose fermement aux déplacements forcés de populations, critiquant le plan de Donald Trump visant à transformer Gaza en une « Riviera du Moyen-Orient ».
- Mai 2025 : À Singapour, Macron qualifie la reconnaissance d’un État palestinien de « devoir moral » et d’« exigence politique », tout en posant des conditions claires : libération des otages, démilitarisation du Hamas, réforme de l’Autorité palestinienne, et reconnaissance mutuelle avec Israël. Il appelle également à durcir la position européenne contre Israël si la situation humanitaire à Gaza ne s’améliore pas, suggérant des sanctions via l’accord d’association UE-Israël.
- Juillet 2025 : Macron annonce officiellement, le 24 juillet, que la France reconnaîtra l’État de Palestine en septembre lors de l’Assemblée générale de l’ONU. Cette décision, relayée par une lettre à Mahmoud Abbas, est présentée comme une contribution à la paix et à la solution à deux États, avec un accent sur la démilitarisation du Hamas et la reconstruction de Gaza. Il espère entraîner d’autres pays dans une « dynamique collective ».
- Août 2025 : Face aux accusations de Benjamin Netanyahu, qui l’accuse de « nourrir l’antisémitisme » par cette reconnaissance, l’Élysée répond fermement, qualifiant ces allégations d’« abjectes » et mettant en garde contre les amalgames. Les relations franco-israéliennes se dégradent, mais Macron maintient sa position, appuyé par des partenaires comme l’Arabie saoudite et, partiellement, le Royaume-Uni.
- Objectifs déclarés :
- Solution à deux États : Macron réaffirme que la coexistence d’un État palestinien démilitarisé et d’un Israël reconnu par ses voisins est la seule voie vers une paix durable.
- Urgence humanitaire : Il insiste sur la nécessité d’un cessez-le-feu immédiat à Gaza, la libération des otages, et une aide humanitaire massive pour répondre à la crise.
- Dynamique diplomatique : En co-organisant une conférence avec l’Arabie saoudite, Macron vise à mobiliser des pays occidentaux (comme le Royaume-Uni) et arabes pour des reconnaissances croisées (Palestine par l’Occident, Israël par des États arabes).
- Contre le Hamas : Macron et son ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, soulignent que la reconnaissance d’un État palestinien vise à marginaliser le Hamas, qui rejette la solution à deux États, en renforçant l’Autorité palestinienne.
Analyse
- Facteurs de la décision :
- Crise humanitaire à Gaza : La détérioration de la situation à Gaza, avec des alertes répétées de l’ONU sur la famine et les violations du droit international par Israël, semble avoir été un catalyseur. La visite de Macron à Al-Arish en avril 2025 a renforcé sa conviction de l’urgence d’une action diplomatique.
- Impuissance diplomatique : L’échec des pourparlers de cessez-le-feu à Doha et l’attaque israélienne sur l’Iran en juin 2025 ont perturbé les initiatives multilatérales, poussant Macron à un geste unilatéral pour relancer la dynamique.
- Pression internationale et régionale : L’Arabie saoudite, co-organisatrice de la conférence, soutient la reconnaissance et cherche à stabiliser la région. La décision de Macron s’inscrit dans une volonté de leadership européen face à l’opposition des États-Unis et d’Israël.
- Politique intérieure : La reconnaissance suscite des divisions en France. La gauche (LFI, écologistes) salue une « victoire morale », tandis que la droite (LR, RN) y voit une « récompense au terrorisme ». Macron semble chercher à consolider son image de leader progressiste tout en répondant aux attentes d’une partie de l’électorat de gauche.
- Implications géopolitiques :
- Rupture avec les États-Unis et Israël : La décision de Macron est fermement rejetée par les États-Unis (Trump et Rubio qualifient cela d’« imprudent » et de « propagande pour le Hamas ») et par Israël (Netanyahu parle de « récompense à la terreur »). Cela isole la France au sein du G7, bien qu’elle gagne le soutien de pays arabes et de certaines capitales européennes.
- Dynamique européenne : Le Royaume-Uni, par la voix de Keir Starmer, envisage une reconnaissance similaire, ce qui pourrait créer un effet domino en Europe, où des pays comme l’Irlande, l’Espagne, la Norvège et la Slovénie ont déjà franchi le pas en 2024.
- Renforcement de l’Autorité palestinienne : En conditionnant la reconnaissance à l’exclusion du Hamas et à la réforme de l’Autorité palestinienne, Macron tente de marginaliser les acteurs extrémistes tout en légitimant un partenaire de paix.
- Forces et faiblesses de la stratégie :
- Forces :
- La reconnaissance est un signal fort pour relancer la solution à deux États, en perte de vitesse face à l’escalade militaire et aux colonisations israéliennes.
- Elle positionne la France comme un leader diplomatique en Europe et dans le monde arabe, renforçant son influence face à un retrait américain sous Trump.
- Elle répond à une demande croissante de la communauté internationale (142 pays ont reconnu la Palestine) et des ONG face à la crise humanitaire.
- Faiblesses :
- L’absence de consensus occidental (Allemagne et États-Unis s’opposent) limite l’impact de la reconnaissance.
- La reconnaissance reste symbolique sans avancées concrètes sur les frontières, la gouvernance ou la sécurité, ce qui risque de la réduire à un geste politique.
- Les tensions avec Israël et les accusations d’antisémitisme compliquent les relations bilatérales et pourraient avoir des répercussions sur la communauté juive en France.
- Forces :
Commentaire
La décision de Macron de reconnaître un État palestinien en septembre 2025 est un pari diplomatique audacieux, mais risqué, qui reflète à la fois une conviction humanitaire et une ambition stratégique.
En rompant avec la prudence traditionnelle de la France, Macron cherche à redonner vie à la solution à deux États dans un contexte où le conflit israélo-palestinien semble dans une impasse totale.
Cette démarche s’inscrit dans une logique de « soft power » français, visant à mobiliser l’Europe et les pays arabes pour contrebalancer l’influence des États-Unis et d’Israël, qui restent hostiles à cette reconnaissance.
Cependant, plusieurs critiques peuvent être formulées :
- Manque de pragmatisme : La reconnaissance, sans accord sur les frontières ou une gouvernance palestinienne stable, risque de rester un geste symbolique, comme le soulignent certains observateurs. L’absence de suivi concret (par exemple, des sanctions effectives contre Israël ou un plan de reconstruction de Gaza) pourrait limiter son impact.
- Risque d’isolement : En défiant les États-Unis et Israël, Macron s’expose à des tensions diplomatiques majeures, sans garantie que d’autres pays occidentaux suivront. L’Allemagne, par exemple, reste réticente, et le Royaume-Uni n’a pas encore formalisé sa position.
- Politisations internes : En France, la décision divise profondément, avec des accusations de complaisance envers le Hamas de la part de la droite et de l’extrême droite, et des attentes élevées de la gauche pour des actions plus fermes contre Israël. Cela pourrait compliquer la cohésion politique interne.
En somme, Macron tente de réaffirmer le rôle de la France comme acteur moral et politique sur la scène internationale, renouant avec une tradition gaulliste tout en s’adaptant à un contexte de crise humanitaire et de polarisation géopolitique.
Si la reconnaissance est saluée par certains comme un «acte de responsabilité historique» (Guerrières de la paix), elle est aussi perçue comme une prise de risque qui pourrait soit revitaliser le processus de paix, soit exacerber les tensions sans résultats tangibles.
Pour que ce pari réussisse, Macron devra obtenir des engagements concrets de ses partenaires internationaux et s’assurer que la reconnaissance s’accompagne d’une feuille de route claire pour la paix, faute de quoi elle risque de n’être qu’un coup diplomatique.
Sources :
- Le Monde, 25/07/2025, 20/08/2025, 30/05/2025, 10/04/2025
- TF1 Info, 25/07/2025
- Public Sénat, 25/07/2025, 10/04/2025
- Le Point, 31/07/2025
- CNews, 25/07/2025
- LCP, 25/07/2025
- Huffington Post, 28/07/2025, 30/05/2025, 25/07/2025
- Le Figaro, 14/04/2025
- RFI, 30/07/2025
- Les Echos, 25/07/2025
- Euronews, 10/04/2025
- Le Parisien, 11/07/2025
La position du journal britannique The Economist sur la reconnaissance d’un État palestinien et la solution à deux États est nuancée, reflétant un mélange de soutien de principe à la solution à deux États et une critique pragmatique des défis et des risques associés à la reconnaissance unilatérale d’un État palestinien, en particulier dans le contexte actuel du conflit israélo-palestinien.
Voici une exposition, une analyse et un commentaire basés sur les informations disponibles, notamment un article clé publié le 30 juillet 2025.
Exposition de la position de The Economist
- Soutien à la solution à deux États :
- The Economist considère la solution à deux États comme un cadre historiquement soutenu par la communauté internationale pour résoudre le conflit israélo-palestinien, visant à établir un État palestinien aux côtés d’Israël. Dans plusieurs articles, le journal rappelle que cette approche, issue des accords d’Oslo (1993) et soutenue par des résolutions de l’ONU, reste une référence pour une paix durable, malgré son érosion face aux réalités sur le terrain.
- En décembre 2023, The Economist notait que, malgré la guerre à Gaza, le discours sur la solution à deux États persistait, porté notamment par des figures comme Joe Biden, qui voyait dans le conflit une opportunité pour relancer les négociations. Le journal soulignait cependant que cette solution nécessiterait un changement de leadership des deux côtés, tant israélien (Netanyahu) que palestinien (Hamas et Autorité palestinienne), pour être viable.
- Scepticisme sur la reconnaissance unilatérale :
- Dans un article du 30 juillet 2025, The Economist critique les annonces récentes de la France et du Royaume-Uni de reconnaître un État palestinien en septembre 2025, à moins qu’Israël n’accepte un cessez-le-feu à Gaza et ne s’engage dans un processus de paix.
- Le journal qualifie cette démarche de potentiellement contre-productive, arguant qu’elle pourrait « retarder » plutôt qu’avancer la paix.
- Selon The Economist, la reconnaissance d’un État palestinien dans le contexte actuel, marqué par une famine imminente à Gaza et une guerre sans fin apparente, risque de ne pas changer les réalités sur le terrain.
- Le journal souligne que cette reconnaissance, bien que symbolique, pourrait exacerber les tensions avec Israël, dont le gouvernement sous Benjamin Netanyahu rejette catégoriquement la création d’un État palestinien, le qualifiant de « récompense au terrorisme ».
- Contexte et obstacles :
- The Economist met en lumière les obstacles structurels à la solution à deux États : l’expansion des colonies israéliennes en Cisjordanie (700 000 colons en 2023 contre 250 000 en 1993), l’absence de négociations directes depuis des années, et la fragmentation politique palestinienne (division entre le Hamas à Gaza et l’Autorité palestinienne en Cisjordanie).
- Le journal note également que l’opinion publique israélienne et palestinienne est de plus en plus sceptique vis-à-vis de la solution à deux États. En 2023, des sondages montraient que seuls 23 % des Palestiniens et 20 % des Juifs israéliens soutenaient une solution démocratique à un État, et encore moins un État binational égalitaire.
- Critique des dynamiques actuelles :
- The Economist souligne que la reconnaissance unilatérale par des pays comme la France et le Royaume-Uni, bien qu’intentionnée pour mettre en lumière la souffrance des Palestiniens et relancer l’idée de deux États, risque de polariser davantage le conflit. Elle pourrait renforcer la position intransigeante de Netanyahu, qui exploite les divisions internes et internationales pour maintenir le statu quo.
- Le journal insiste sur la nécessité d’un processus de paix négocié, citant des initiatives passées comme l’Accord de Genève (2003), qui proposait des solutions concrètes (partage de Jérusalem, démilitarisation de l’État palestinien, échanges de territoires). Cependant, il reconnaît que l’absence de volonté politique actuelle rend ces propositions irréalistes.
Analyse
- Position équilibrée mais pessimiste :
- The Economist adopte une posture qui combine un soutien théorique à la solution à deux États avec un réalisme quant à ses chances de succès dans le contexte actuel. Le journal reconnaît la légitimité des aspirations palestiniennes à l’autodétermination, mais il met en garde contre des actions symboliques comme la reconnaissance unilatérale, qui pourraient compliquer davantage un processus de paix déjà moribond.
- Cette position reflète une critique implicite des initiatives européennes, comme celle de Macron, perçues comme des gestes diplomatiques audacieux mais mal calibrés. The Economist semble privilégier une approche pragmatique, où la reconnaissance d’un État palestinien serait intégrée à un processus de négociation plutôt qu’imposée unilatéralement.
- Contexte géopolitique :
- Le journal met en perspective la reconnaissance proposée par la France et le Royaume-Uni dans un contexte où les États-Unis, sous Donald Trump, restent fermement alignés avec Israël et s’opposent à ces initiatives. Cette fracture transatlantique affaiblit la portée des reconnaissances européennes, selon The Economist, car elles manquent du poids nécessaire pour influencer les acteurs sur le terrain.
- L’article de juillet 2025 souligne également l’opposition farouche de Netanyahu, qui perçoit la reconnaissance comme une menace existentielle pour Israël, et l’absence de leadership palestinien unifié, avec le Hamas rejetant la solution à deux États et l’Autorité palestinienne affaiblie par une corruption endémique.
- Forces et faiblesses de la position :
- Forces :
- The Economist adopte une approche analytique qui évite les jugements moralisateurs, offrant une lecture lucide des dynamiques politiques et des obstacles structurels.
- Le journal met en avant la nécessité de réformes internes (chez les Palestiniens et les Israéliens) et d’un engagement international coordonné, ce qui reflète une compréhension approfondie des complexités du conflit.
- Faiblesses :
- La critique de la reconnaissance unilatérale peut sembler trop conservatrice, sous-estimant l’impact symbolique et diplomatique que des gestes comme ceux de Macron pourraient avoir pour mobiliser la communauté internationale.
- Le journal ne propose pas de solutions concrètes alternatives, se contentant de pointer les limites des approches actuelles sans tracer une voie claire pour sortir de l’impasse.
- Forces :
Commentaire
La position de The Economist reflète une tension entre idéalisme et pragmatisme, caractéristique de son approche éditoriale. En soutenant la solution à deux États comme un objectif souhaitable, le journal s’aligne sur le consensus international, mais son scepticisme vis-à-vis de la reconnaissance unilatérale d’un État palestinien traduit une méfiance envers les actions symboliques déconnectées d’un processus de paix viable.
Cette posture contraste avec celle de Macron, qui voit dans la reconnaissance un « devoir moral » et une « exigence politique » pour relancer la dynamique diplomatique. Le journal a raison de souligner les défis pratiques : l’absence de négociations, l’opposition d’Israël, la division palestinienne, et la faible influence des puissances européennes face au veto américain.
Cependant, en critiquant la reconnaissance sans proposer de stratégie alternative claire, The Economist risque de donner l’impression de défendre un statu quo qui, comme il le reconnaît lui-même, est insoutenable.
La solution à deux États, bien que soutenue en théorie, semble de plus en plus hors de portée face à l’expansion des colonies et à la polarisation croissante.
En comparaison avec la position de Macron, qui mise sur un geste audacieux pour forcer un changement de paradigme, The Economist adopte une approche plus prudente, voire défaitiste, en insistant sur les risques de polarisation.
Cette divergence illustre un débat plus large : faut-il des actions unilatérales pour briser l’inertie, comme le propose Macron, ou attendre un improbable consensus international, comme le suggère implicitement The Economist ?
La réponse dépendra de l’évolution du conflit et de la capacité des acteurs internationaux à transformer les gestes symboliques en avancées concrètes. Pour l’instant, The Economist semble douter que la reconnaissance unilatérale, telle que proposée par la France et le Royaume-Uni, soit la bonne voie, préférant un retour à des négociations structurées, malgré leur improbabilité actuelle.
Sources :
- The Economist, « In recognising Palestine, Britain and France won’t advance peace », 30/07/2025
- The Economist, « Despite the war in Gaza, talk of a two-state solution persists », 07/12/2023
- The Economist, « Two states or one? », 27/05/2021
- Contexte général tiré des informations sur la position de Macron et des dynamiques internationales (Le Monde, TF1 Info, BBC, etc.).