Editorial. La dette française. Les guignols impuissants s’agitent sur la scène produisant un spectacle lamentable.

La question de la dette a enfin retenu l’attention des Français. Ce n’est pas en elle même qu’elle a retenu cette attention , non c’est parce que la situation politique troublée et disloquée dans laquelle la France se trouve ne permet plus de faire passer les budgets en cachette, subrepticement à la faveur du fait majoritaire.

La situation politique morcelée et antagonique ne permet plus d’imposer n’importe quoi et son contraire. Les partis politiques et les écuries présidentielles se saisissent de la dette non pour aborder les vrais problèmes mais pour se mettre en valeur et se démarquer. Il s’agit d’abord de prendre date pour les prochaines législatives puis ensuite pour les présidentielles.

Le débat budgétaire est donc avant tout un spectacle de guignols, avec des dialogues inexistants et des déclarations à l’emporte pièces par de malheureux simplets qui s’agitent et gesticulent de façon grotesque devant un public ignorant mais partisan. Avec des composantes chocs comme c’est la faute aux riches, c’est la faute aux boomers ou c’est la faute aux immigrés

Comme tout problème celui de la dette est redevable d’un traitement plusieurs niveaux:

-un traitement symptomatique , de surface , « in the box »

-un traitement radical ou fondamental « outside the box ».

Le traitement « in the box » est à l’intérieur du régime actuel, celui ci étant considéré comme un invariant dans ses grandes composantes.

Le traitement « outside the box » au contraire analyse les forces fondamentales qui produisent la situation de déficits et de dettes croissantes et met en évidence les actions qu’il faudrait entreprendre pour changer les trajectoires.

Ces actions s’inscrivant dans la durée, dans l’Histoire. Un peu comme ce fut le cas au lendemain de la Seconde Guerre mondiale avec le Projet Social du CNR et l’économie politique qui en découle. C’est ainsi qu’ont été tracées les grandes lignes du système Français. Les guerres ont l’avantage de permettre des ruptures et d’inciter à remettre cause les contrats sociaux, politiques et économiques .

Le traitement symptomatique se concentre sur les composantes évidentes des déficits à savoir d’un coté les dépenses et de l’autre les recettes. Le clivage est simple, il y a ceux qui veulent baisser les dépenses et de l’autre ceux qui veulent augmenter les recettes. Et bien souvent le débat s’arrête là, dans cette simplicité imbécile qui constitue les marqueurs de droite ou de gauche. La droite veut baisser les dépenses et réduire l’emprise socialiste et la gauche veut augmenter les recettes et hausser cette emprise socialiste.

Personne n’aborde la question au niveau synthétique à savoir est-ce que nous avons le choix dès lors que nous nous inscrivons dans un double ensemble économique concurrentiel, à savoir l’ensemble Union Européenne et l’ensemble Marché Mondial. Insertion qui se fait sous contrainte irrépressible de la libre circulation des capitaux et de marchandises , sinon du facteur travail.

Cette approche permet de comprendre que dans le régime actuel francais le problème des déficits et de la dette est insoluble; les valeurs essentielles que sont la valeur des biens et services, la valeur du travail, la valeur de la monnaie, la valeur du capital et du taux de profit associés nous échappent totalement et c’est précisément parce que toutes les grandes variables nous échappent que nous sommes à perpétuité condamnés à boucher les trous, à masquer les déséquilibres par l’émission de promesses, par l’accumulation de traites sur l’avenir que nous pouvons de moins en moins espérer honorer.

L’insertion dans l’Union Européenne et dans le Marché Mondial déterminent tout, le peu de choix qui subsiste n’est plus qu’à la marge! La France n’est qu’un sous ensemble d’ensembles plus vastes. Les conditions d’exercice de l’activité économique produisent un taux de croissance potentiel, une exigence de taux de profit minimum, un prix du travail, un taux d’intérêt, une valeur de la monnaie , une répartition de valeur ajoutée, un niveau de frais généraux de la nation qui est tolérable etc.

L’approche radicale , ou si on veut l’approche de long terme s’interroge sur les causes de la progression perpétuelle, historique des déficits Français, sur leurs liens avec le déficit commercial, sur leur lien avec l’inflation et le chômage. Elle s’interroge sur la place du système Français dans le système Monde; en particulier le rôle de la politique étrangère est devenu déterminant, il engage presque tout.

C’est une vision holiste , dialectique, objective qui implique la compréhension de ce qui cause les fossés qui se creusent sans cesse entre les dépenses d’un coté, et les recettes de l’autre.

Ainsi il faut s’interroger sur l’insuffisance de la croissance française, sur la faible compétitivité, sur le médiocre niveau des investissements productif, sur le déséquilibre entre la production de biens et celle de services, sur la mauvaise spécialisation de l’appareil productif, sur l’irrésistible ascension du coût de l’état, de son dirigisme et son obésité, sur l’inefficacité du pilotage du pays….

En fait l’approche radicale nécessité également autre chose; elle nécessite un changement du cadre de pensée, une autre théorie économique et l’élaboration de nouveaux moyens de la comprendre . Tout doit être mis en chantier y compris et surtout l’outil économique Français par excellence, l’INSEE, ses travaux, ses concepts, ses catégories avec en complément le poids de l’Inspection des finances!

Les rendements des « OAT » françaises à 10 ans ont bondi de neuf points de base cette semaine à 3,51 %. Les rendements français à 30 ans ont bondi de 12 points de base à 4,42 %, s’échangeant à moins de quatre points de base du pic atteint pendant le mois de la crise obligataire européenne, en novembre 2011.

L’écart de rendement entre les taux français à 5 ans et à 30 ans s’est élargi de sept points de base à 160 points de base, la prime de terme la plus importante depuis juin 2019.

L’écart de rendement du 10 ans de la France par rapport à celui de l’Allemagne s’est sensiblement élargi, il est de neuf points de base cette semaine à 79 pbs s’échangeant à son plus haut niveau depuis janvier.

De manière alarmante, les rendements français à 30 ans dépassent désormais ceux de la Grèce.

L’indice CAC40 actions françaises a chuté de 3,3 % cette semaine, l’indice CAC Mid & Small de 4,7 %.

Les banques françaises ont été soumises à une pression notable, la Société Générale ayant chuté de 8,9 % et BNP Paribas de 7,9 %., ce qui montre bien que les investisseurs connaissent le lien incestueux entre la situation des finances de l’état et celle des banques .26 août – Financial Times :

« Les coûts d’emprunt français ont atteint leur plus haut niveau depuis mars et les actions ont chuté pour la deuxième journée consécutive mardi, les investisseurs réagissant à la perspective d’un effondrement du gouvernement dès le mois prochain.

Le Premier ministre François Bayrou… a convoqué pour un vote de confiance pour le 8 septembre sur ses propositions budgétaires de réduction du déficit. Les parlementaires ont deux semaines pour « dire s’ils sont du côté du chaos ou du côté de la responsabilité », a déclaré Bayrou devant les syndicalistes… « Le premier risque, celui dont nous ne nous remettrons pas, c’est le déni. »

Le ministre des Finances Éric Lombard a déclaré… que le gouvernement « n’était certainement pas résigné » à perdre le vote de confiance. Mais il a averti qu’il existait un risque que le FMI intervienne si le gouvernement tombait le mois prochain et que les administrations suivantes ne parvenaient pas à s’attaquer aux finances du pays. »

27 août – Bloomberg

« François Bayrou s’accroche à une mince chance de rester Premier ministre, car les calculs parlementaires ne lui laissent qu’une faible chance de survie après son vote de confiance auto-infligé. Pour éviter d’être contraint à la démission le 8 septembre, le Premier ministre doit convaincre l’extrême droite ou une série improbable de députés de gauche de s’abstenir, revenant ainsi sur leur promesse de voter contre lui, comme le montre une analyse de Bloomberg News de différents scénarios.

« Il a cherché à choquer l’opinion publique et le système politique français pour les amener à prendre conscience de la gravité de la crise de la dette du pays, mais il n’a peut-être guère changé que la date de sa propre exécution », a déclaré Mujtaba Rahman d’Eurasia Group dans une note de recherche du 26 août sur les chances de Bayrou.

Il estime la probabilité de son éviction à 70 %. Une chute probable replongerait la France dans une incertitude politique aiguë et renforcerait les doutes quant à la capacité d’un gouvernement à maîtriser le plus important déficit budgétaire de la zone euro. »

Crise politique en France. Mais qui peut déboucher sur quelque chose de plus grave ,- si on peut dire,- car il subsiste un important positionnement spéculatif à effet de levier sur les obligations françaises – et plus généralement sur la dette européenne. n’oublions pas que la participation étrangère à la détention est forte, on parle de plus 53% pour la dette de la France avec une fragilité particulière des mains japonaises.

Les banques européennes détiennent traditionnellement d’importants portefeuilles d’obligations d’État du continent, en particulier la version « périphérique » à rendement plus élevé.

Il faut garder à l’esprit que la BCE a abaissé ses taux de plus de 200 points de base au cours de l’année écoulée, à 2,15 %. Les rendements longs européens ont progressé.

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