Le rendement des obligations japonaises à 30 ans est de 3,30 % : le monde vient de perdre son ancrage. Le hedge fund géant qu’est le japon a perdu en quelque sorte son financement.

Le taux des obligations d’État japonaises à 30 ans, atteignant 3,30 %, peut sembler une affaire purement local, mais il s’agit d’un phénomène mondial.
Pendant des décennies, les rendements extrêmement bas du Japon ont exercé une pression baissière sur les taux du marché obligataire mondial, empêchant les taux longs partout ailleurs de grimper trop haut.
Ce point d’ancrage vient d’être levé.
Ce mouvement indique que la Banque du Japon est obligée de laisser se dilater les primes de terme, parce que l’inflation et la dynamique des salaires au Japon ne sont plus négligeables. Les épargnants japonais sont enfin incités à conserver leur argent au lieu de l’envoyer à l’étranger.
Cette évolution est importante car les assureurs, les fonds de pension et les banques japonais comptent parmi les plus gros détenteurs de bons du Trésor américain, d’OAT françaises, de Bunds allemands, de Gilts et de titres de créance mondiaux.
Lorsque les obligations japonaises ne rapportaient quasiment rien, il était logique d’acheter des obligations américaines ou européennes et de se se couvrir sur la devise. Mais avec des coûts de couverture élevés, le rendement effectif des bons du Trésor américain pour un investisseur en yen est devenu peu attractif
Aujourd’hui, chaque hausse des obligations japonaises renforce l’option du confinement, ce qui signifie que la demande marginale de titres américains et européens Va ou devrait faiblir.
Même si les rendements américains baissaient en raison d’un mouvement d’aversion au risque, cette dynamique pousserait à terme les primes de terme mondiales à la hausse.
C’est un problème pour le Trésor américain, qui a d’importantes émissions à long terme pour financer des déficits persistants.
C’est un problème encore plus gros pour les pays en crise de financement comme le UK et la France ou l’Italie.
L’Allemagne, en tant que valeur refuge de la zone euro, peut probablement résister à la baisse de la demande japonaise, mais l’Italie et la France exposées.
Les rendements des BTP Italiens et des OAT françaises devront augmenter ou la BCE devra intervenir avec des outils anti-fragmentation.
Le Royaume-Uni, qui bénéficie déjà d’une perte de crédibilité, est confronté au même problème : si le Japon propose une obligation à long terme stable de 3,3 % en yens, les acheteurs de Gilts exigeront une compensation plus importante, obligeant le DMO à repenser sa stratégie d’émission.
Un yen plus fort et des taux mondiaux plus élevés pourraient déclencher des dénouements de carry trade, rendant le renouvellement des passifs en dollars plus coûteux et réduisant la liquidité à l’échelle mondiale.
Pour le Japon lui-même, 3,3 % représente à la fois un soulagement et un risque. Cela offre aux assureurs et aux fonds de pension de meilleurs rendements sur le marché intérieur, mais cela alourdit également la facture budgétaire d’un gouvernement dont l’endettement est le plus élevé au monde.
Le bilan de la Banque du Japon et les échéances longues de sa dette amortissent le choc, mais les marchés commenceront à intégrer des coûts futurs plus élevés.
Un yen plus fort et des flux transfrontaliers plus instables sont également probables, la révision des règles du carry trade étant en cours.
C’est la fin d’une époque.
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La volatilité des bonds, le MOVE augmente
