Je pense qu’une inflation monétaire à grande échelle est en cours et qu’elle n’en est qu’à ses balbutiements.
La domination budgétaire, avec le financement des déficits et le refinancement des dettes existantes en est certainement la cause la plus importante et c’est aussi la moins contestable..
On sent bien qu’au niveau des institutions des bouleversements importants se préparent et ils sont, c’est l’évidence même, destinés à traiter cette question de la domination budgétaire et de ses conséquences.
7 septembre – Axios :
« Il est rare que quatre mots – lors d’une audition de confirmation pour un seul gouverneur de la Réserve fédérale, dont le mandat expire dans quelques mois seulement – retiennent l’attention des marchés obligataires. Mais nous vivons une période atypique. Le témoignage de Stephen Miran devant la commission bancaire du Sénat il y a deux semaines a laissé entendre que lui et d’autres personnes nommées par le président Trump percevraient la mission de la Fed différemment des précédents responsables.
Miran n’a pas évoqué le « double mandat » souvent évoqué par le Congrès, à savoir la stabilité des prix et le plein emploi. Il a plutôt déclaré que « le Congrès a judicieusement chargé la Fed de poursuivre la stabilité des prix, le plein emploi et des taux d’intérêt à long terme modérés », ajoutant le troisième mandat, plus rarement mentionné, prévu par la loi sur la Réserve fédérale.
Cette insistance pourrait impliquer que la Fed cherche à influencer directement les coûts d’emprunt à long terme, contrairement à l’idée traditionnelle selon laquelle des taux longs bas sont le résultat heureux de la réalisation des autres objectifs, notamment une faible inflation. »
16 septembre – Bloomberg :
« Le fait que Miran, célèbre pour l’accord de Mar-a-Lago et fraîchement nommé à la tête de la Fed, ait jugé bon de mentionner le « troisième mandat » lors d’une audition au Congrès est l’un des « Les signes les plus clairs à ce jour montrent que l’administration entend utiliser la politique monétaire pour influencer les rendements obligataires à long terme, en utilisant les statuts de la banque centrale comme couverture. »
Ils veulent des taux plus bas.
Leur objectif est fixé sur ce que l’on appelle le « troisième mandat », autrement dit le contrôle des rendements ou contrôle de la courbe des taux . Financer les déficits et rouler les dettes au-delà nécessite la mise en place de mécanismes capables de contrecarrer toute hausse déstabilisatrice des rendements du marché.
Le programme pro-croissance , est nécessairement un programme pro-bulle : il prévoit des déficits massifs et continus, une déréglementation, une explosion des investissements dans l’IA, dans les cryptomonnaies, dans l’énergie, dans l’industrie manufacturière, dans les équipements militaires, le tout avec un régime tarifaire agressif qui réduit l’influence modératrice de la concurrence extérieure sur les prix.
C’est un programme dévoreur de capitaux. Un Ogre.
Ce programme comporte des risques de hausse de l’inflation et d’émissions massives de dette et il implique si on ne triche pas, une hausse importante des taux d’intérêt , c’est ce que Trump veut à tout prix éviter, il faut tenir les taux bas pour que les dettes soient soutenables et que les taux ne fassent pas chavirer le navire ou plutôt la pyramide financière.
Le contrôle de la Fed (et de son bilan) est fondamental pour pouvoir orchestrer une manipulation du marché obligataire susceptible de soutenir la croissance.
ET C’EST CE QUE L’ON PREPARE.
12 septembre – Bloomberg :
« Rick Rieder, dirigeant de BlackRock Inc., monte en puissance parmi les prétendants au poste de président de la Réserve fédérale après l’expiration du mandat de Jerome Powell en mai, selon un responsable de l’administration.
Lors d’un entretien approfondi de deux heures vendredi, le secrétaire au Trésor Scott Bessent et Rieder ont discuté de la politique monétaire, de la structure organisationnelle de la Fed et de la politique réglementaire. Rieder a déclaré à CNBC en début de semaine qu’il pensait que la Fed devrait réduire ses taux d’intérêt de 50 pb, sur la base de son interprétation des indicateurs économiques. « Modifier de 25 pb le taux de financement au jour le jour n’est pas très enthousiasmant », a déclaré Rieder. La Fed pourrait se pencher sur « comment utiliser le bilan, comment utiliser les liquidités, et où se situe la courbe des taux ».
Rick Rieder de Blackrock : « Quel que soit le président de la Fed, il y a tellement d’innovations à faire. »
De la musique douce aux oreilles de Trump, de Bessent, et ….de la communauté mondiale des spéculateurs à effet de levier. Peu importent les risques! « Comment utiliser le bilan, comment utiliser la liquidité, où se situe la courbe des taux » et la Fed faisant « tant d’innovations » toutes ces initiatives sont précisement à l’origine du désastre dans lequel lequel le monde est plongé.
Tout cela semble complètement fou et cela l’est!
Les investisseurs et tous les agents économiques vont être confrontés à un monde futur d’inflation monétaire, comme ils n’en ont pas connu depuis la guerre.
La leçon de la GFC, de la Grande Crise de 2008 n’ a pas suffi, au contraire: elle a enhardi. Les élites se sont aperçues que l’on pouvait traiter une crise par la fuite en avant sans sanction, et en faisant encore plus de toutes les erreurs et vilenies qui avaient produit la crise; cela les rend encore plus audacieux dis-je et elles se disent pourquoi ne pas en faire encore plus.
Au lendemain de la crise financière mondiale de 2008-2009, des politiques d’assouplissement quantitatif (QE) on été mises en place comme non conventionnelles . mais comme je l’avais expliqué à l’époque – Hotel California- elles sont devenues la norme.
QE1, QE2, QE3, etc. les épisodes d’assouplissement quantitatif se sont multipliés au fil des ans, au point que nous avons rapidement cessé de les numeroter .
A la phrase « Quoi qu’il en coûte » du Draghi il a été répondu : rien!
Tout est permis, afin de préserver le système, l’ordre social, la monnaie de crédit et l’irrésistible montée de la masse de garanties/collatéraux montée qui pemet dinflater toujours plus voire à l’infini.
Préserver la valeur des garanties, des gages, des collatéraux est essentiel; si les taux montent les garanties sont détruites, les garanties ne garantissent plus rien le risque arrive et les financements se dérobent, les marchés se révulsent.. C’est cela le « troisième mandat » de la Fed, il consiste à maintenir les taux d’intérêt à long terme bas afin de ne pas déprecier le stock de papier déjà émis et qui sert de garantie -fictive bien sur- au système.
Nous sommes confrontés à une situation caractérisée par des politiques budgétaires débridées et une dette qui s’accumule et une croissance faible .
Et c’est vrai dans tout l’ensemble occidental.
La situation précaire des pays occidentaux va mécaniquement s’aggraver, avec les dépenses sociales liées au vieillissement, les affrontements géopolitiques qui exigent des dépenses de défense toujours plus importantes et pour certains les dépenses de transition climatique.. Sans compter les éventuels bouleversements des termes de l’échange avec les pays du Sud