La stabilité financière de l’Allemagne est confrontée à des risques croissants en raison de la politique économique erratique des États-Unis, de la surévaluation des marchés d’actions, des niveaux d’endettement excessifs dans le monde entier et de la détérioration du crédit bancaire, a averti jeudi la Bundesbank.
L’économie allemande, la première de la zone euro, stagne depuis trois ans et des rigidités structurelles freinent sa reprise, même si la forte augmentation des dépenses publiques dans les domaines de la défense et des infrastructures devrait stimuler la croissance dans les années à venir.
Dressant une longue liste de vulnérabilités, la banque centrale allemande conclut que le risque global augmente, la faiblesse économique s’étendant à différents secteurs et la hausse des droits de douane aggravant les menaces.
« Le cours erratique de la politique commerciale américaine pèse sur l’économie mondiale, en particulier sur l’industrie allemande qui dépend des exportations », a déclaré Michael Theurer, membre du conseil de gouverneurs de la Bundesbank, dans la Revue de la stabilité financière annuelle de l’institution.
« Dans le même temps, les défis structurels pèsent de plus en plus lourdement sur le secteur des entreprises allemandes », dit-il.
Si l’Union européenne (UE) a déjà signé un accord commercial avec les États-Unis cet été, l’environnement reste trop incertain, ce qui affectera la qualité de crédit des banques allemandes, ajoute la Bundesbank.
Le volume des prêts non productifs est en augmentation depuis un certain temps, principalement en raison de problèmes dans le secteur de l’immobilier commercial. Même si les défauts de paiement restent « gérables », les banques doivent de plus en plus procéder à des ajustements de valeur de leurs prêts, note également la banque centrale.
La Bundesbank s’inquiète également de l’augmentation du niveau d’endettement, tant dans l’UE que dans le reste du monde.
« Les règles budgétaires nationales récemment modifiées ne garantiront ni la viabilité à long terme ni la conformité avec les règles budgétaires de l’UE », signale l’institution.
Berlin a approuvé en début d’année une réforme historique du frein à l’endettement et la création d’un fonds d’infrastructure de 500 milliards d’euros, mettant ainsi fin à des décennies de conservatisme budgétaire dans l’espoir de relancer la croissance.
L’Europe doit parvenir à une croissance économique stable et durable pour rendre la dette plus soutenable, mais cela nécessiterait des réformes économiques fondamentales puisque sa croissance potentielle est bloquée à 1,3%-1,4% par an, selon les économistes.
La Bundesbank s’inquiète également des valorisations des marchés d’actions et de la dette des entreprises, supérieures aux moyennes à long terme, ce qui augmente le risque d’une correction.
« L’expérience nous a appris que les marchés peuvent changer d’avis en un instant », souligne Michael Theurer, ajoutant que les corrections des prix du marché pourraient entraîner des pertes considérables pour les intermédiaires financiers.
Plus important mais peu relevé, Theurer évoque le risque européen qui pèse sur le système allemand
Les niveaux d’endettement élevés au sein de l’UE et au-delà posent des questions de soutenabilité. « Compte tenu de l’intégration profonde du système financier allemand dans le système européen et du nexus souverain-banque, cela pourrait représenter un risque considérable pour la stabilité du système financier allemand. »
LE RAPPORT
Résumé des déclarations récentes de Michael Theurer
Michael Theurer, membre du directoire de la Bundesbank (responsable de la supervision bancaire), a présenté la Revue de la stabilité financière 2025 de la Bundesbank lors d’une conférence de presse le 6 novembre 2025 à 10h30 CET, diffusée en direct.
Ce rapport annuel évalue la résilience du système financier allemand face aux chocs actuels, dans un contexte de tensions géopolitiques accrues, de faiblesse économique persistante et d’incertitudes liées à la politique commerciale américaine (notamment sous l’administration Trump). Theurer y souligne une stabilité maintenue mais fragile, avec des risques en hausse, particulièrement sur le crédit bancaire et les valorisations de marché.
Voici un résumé structuré des points clés, basé sur son discours et le rapport :
| Thème principal | Déclarations clés de Theurer | Contexte du rapport |
|---|---|---|
| Stabilité globale du système financier | Le système financier allemand reste stable malgré les hausses de taux d’intérêt passées, mais fait face à des risques croissants dus à une « politique commerciale américaine erratique » qui pèse sur l’économie mondiale et l’industrie exportatrice allemande. « Notre priorité absolue doit être un système financier résilient. » | Amélioration macrofinancière limitée en 2024, mais retour à une stabilité des prix sans disruptions majeures. Les banques sont bien capitalisées (ratio CET1 stable autour de 17-18 % pour les grandes institutions), grâce aux réformes post-2008. |
| Risques de crédit et conjoncturels | Le risque de crédit émerge comme menace principale : insolvabilités en hausse due à la faiblesse économique et à la transformation sectorielle (ex. : transition verte et numérisation). « L’économie est en transformation, ce qui rend les superviseurs plus vigilants. » | Économie allemande en récession potentielle, exposée aux tariffs douaniers US. Besoin de réformes structurelles pour relancer la croissance (estimée à 0,5 % en 2026). |
| Valorisations de marché et dettes d’entreprises | Inquiétude sur les surévaluations des actions et des dettes d’entreprises, au-dessus des moyennes historiques : risque de correction brutale. « L’expérience nous a appris que les marchés peuvent changer d’avis en un instant », avertit Theurer, soulignant des pertes potentielles pour les intermédiaires financiers. | Scénarios de stress testés incluent une correction de marché de 20-30 %, amplifiée par la volatilité géopolitique. |
| Endettement public et nexus souverain-banque | Niveaux d’endettement élevés au sein de l’UE et au-delà posent des questions de soutenabilité. « Compte tenu de l’intégration profonde du système financier allemand dans le système européen et du nexus souverain-banque, cela pourrait représenter un risque considérable pour la stabilité du système financier allemand. » | Dette publique allemande relativement solide (environ 65 % du PIB), mais vulnérabilité via les expositions aux dettes souveraines françaises/italiennes. Appel à une discipline budgétaire accrue. |
| Immobilier et secteurs vulnérables | Vigilance sur l’immobilier commercial (bureaux, logistique) : prix en baisse continue, avec des faillites en hausse. L’immobilier résidentiel se stabilise. | Insolvabilités d’entreprises en progression (revendications > 8 milliards € au T3 2025). Risque pour les banques régionales exposées. |
| Intermédiaires non bancaires et régulation | Les non-banques (fonds, assurances) résistent bien, mais exposées à des risques de liquidité. Nécessité de combler les lacunes en données et d’améliorer l’échange d’informations au niveau européen/international. | Proposition de mesures préventives : exigences renforcées en capital et liquidité. Soutien à la simplification des règles de capital (sans réduction des niveaux), comme évoqué par Theurer en mai 2025. |
| Autres risques émergents | Tensions géopolitiques (ex. : Ukraine, Moyen-Orient) et transition climatique comme amplificateurs de chocs. Hausse du prix du carbone pourrait peser sur les dettes. | Analyse de scénarios incluant une crise énergétique ou une escalade commerciale US-UE. |
Ce 21e rapport annuel met l’accent sur un « environnement macrofinancier dégradé », avec des analyses détaillées sur le secteur bancaire, les assurances et les fonds d’investissement.
Les déclarations de Theurer dans la Revue 2025 adoptent une tonalité plus alarmiste que l’édition précédente, reflétant l’aggravation des incertitudes post-électorales US (Trump réélu en 2024) et la persistance d’une croissance anémique en Allemagne (stagnation autour de 0 % en 2025).