Jeffrey Gundlach alarmiste ou précurseur?

Jeffrey Gundlach, le « bond king » et fondateur de DoubleLine Capital, est l’une des voix les plus respectées sur les marchés obligataires et le crédit.

Ses déclarations , faites lors d’un épisode du podcast Odd Lots de Bloomberg (enregistré le 17 novembre 2025 pour marquer les 10 ans du show), sur le « garbage lending » (prêts pourris) dans le boom du Credit Privé -private credit- non seulement pertinentes, mais justifiées.

Gundlach n’est pas du genre à crier au loup pour rien : il a anticipé la crise de 2008 avec ses mises en garde sur les subprimes. Ses vues sont basées sur des analyses pointues plutôt que sur du sensationnalisme pur.

Il compare explicitement le private credit aux CDO (collateralized debt obligations) surévalués de 2006, avec des notations AAA gonflées et une valorisation opaque des prêts.

Ses points clés :

  • Le private credit comme bombe à retardement : Le marché, évalué à environ 1,7-2,1 trillions de dollars en 2025, est en pleine expansion (croissance annuelle >12 %), mais regorge de prêts risqués à des entreprises privées, souvent financés par des fonds de pension, assureurs et hedge funds.
  • Gundlach pointe du doigt les valorisations internes (non transparentes, sans marché public pour justifier les prix) qui masquent des pertes potentielles. Des faillites récentes comme Tricolor Holdings (prêteur auto) ou First Brands Group (fournisseur auto) sont des « cockroaches » (cafards) – il y en a d’autres cachés.
  • Un marché globalement surévalué et spéculatif : Il décrit les valorisations actions comme « nosebleed » (astronomiques), avec un forward P/E du S&P 500 de 25X, Ajoutez à ça l’euphorie AI/data centers (où les dépenses en infra explosent sans rentabilité claire), et vous avez une « mania » classique, comme en 1999 ou 2007.
  • Sa stratégie défensive : 20 % en cash pour se protéger d’une « implosion » imminente, et éviter le private credit comme la peste.

Le Credit Privé est un oiseau de beau temp; il a explosé post-COVID grâce à des taux bas et une régulation laxiste. C’est du « shadow banking » non supervisé comme les banques traditionnelles. Avec les taux qui restent élevés et la Fed hésitante sur les baisses, les refinancements deviennent un cauchemar : 250 milliards $ de prêts middle-market à renégocier d’ici un an, et des taux de défaut US à 5,5 % en Q2 2025 (contre 4,5 % en Q1).

Cela a rappelle 2006.

Jamie Dimon de JPMorgan utilise la même métaphore du « cockroach ».

Gundlach n’est pas isolé ; c’est un consensus croissant parmi les professionnels s du crédit.

Le Credit Privé n’est pas encore en crise systémique (seuls 5-6 % de défauts pour l’instant), et certains segments (comme les prêts senior secured) sont plus solides mais Gundlach rappelle que les bulles éclatent toujours sur les dettes cachées. Si la Fed assouplit vraiment en 2026, cela pourrait adoucir le choc ; sinon,….

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