Meta finance la construction d’un méga-centre de données en Louisiane coûtant 27 milliards de dollars sans que cet investissement ni la dette associée n’apparaisse à son bilan.
Comment ?
Par un montage financier sophistiqué :
- Création d’une coentreprise (JV) où Meta ne détient que 20 % (le reste étant apporté par le fonds Blue Owl Capital).
- Une holding dédiée (« Beignet Investor ») émet 27,3 milliards $ d’obligations (principalement achetées par Pimco).
- Meta loue le centre à partir de 2029 via un bail initial de seulement 4 ans renouvelable (jusqu’à 20 ans max).
- Grâce à la structure du bail, Meta peut comptabiliser cela comme une location-exploitation (operating lease) et non comme une location-financement ou un achat, donc pas d’actif ni de dette au bilan.
En réalité, Meta :
- supporte les risques de dépassements de coûts et de retards de construction,
- gère totalement l’exploitation du centre,
- a accordé une garantie de valeur résiduelle qui couvre les obligataires à 100 % si Meta ne renouvelle pas le bail ou part avant terme.
Commentaire
Ce montage est un cas d’école de comptabilité créative (certains diraient « artificielle ») très répandue dans le secteur de l’IA et des data centers.
Les incohérences sont flagrantes :
- Meta dit ne pas « contrôler » la JV… alors qu’elle est le seul opérateur réel et que Blue Owl n’est qu’un bailleur de fonds passif.
- Un bail de 4 ans renouvelable est présenté comme court et incertain… pour un actif ultra-spécifique de 27 milliards construit exclusivement pour Meta. En pratique, Meta ne partira jamais personne d’autre ne pourrait exploiter ce centre ?).
- La garantie de valeur résiduelle est énorme (27+ milliards potentiels) mais Meta la considère comme « peu probable » donc non comptabilisée… alors que le scénario qui la déclencherait (le non-renouvellement) est précisément celui que le montage rend quasi impossible.
Résultat : Meta obtient la pleine jouissance d’un actif stratégique gigantesque, transfère formellement le risque et la dette à des tiers, et garde un bilan propre qui flatte ses ratios d’endettement et son cours de bourse.
Ce n’est pas illégal, les normes comptables IFRS 16 et ASC 842 permettent encore ce type de montage , mais c’est clairement de l’off-balance sheet financing pur et dur.
Le Wall Street Journal a raison de parler de « comptabilité artificielle ».
On voit exactement le même schéma chez Microsoft, Google, Amazon et les hyperscalers : ils ont besoin de centaines de milliards pour les data centers IA, mais refusent de plomber leur bilan.
D’ici 2028, le crédit privé hors bilan pour l’IA pourrait atteindre 800 milliards $ selon Morgan Stanley. Meta vient simplement de pousser le curseur un peu plus loin.
C’est brillant financièrement, discutable comptablement, et repréhensible éthiquement.
C’est conforme à toute la politique financiere américaine: tromper le maximum de gens au profit du minimum d’ayants droits..