Global Times
À l’invitation du président chinois Xi Jinping, le président français Emmanuel Macron est arrivé mercredi à Pékin pour une visite d’État en Chine qui se poursuivra jusqu’à vendredi.
Il s’agit de la quatrième visite d’État de M. Macron en Chine et d’une visite réciproque à celle, historique, effectuée par M. Xi en France l’année dernière, qui avait marqué le 60e anniversaire des relations franco-chinoises, a rapporté mercredi l’agence de presse Xinhua.
Au cours de cette visite, M. Xi s’entretiendra avec M. Macron afin de définir conjointement l’orientation du développement des relations franco-chinoises dans le contexte actuel. Les deux présidents auront également des échanges de vues approfondis sur les principaux sujets de tension internationaux et régionaux.
M. Macron est accompagné de son épouse Brigitte et de six ministres chargés des Affaires étrangères, de l’Économie, de l’Agriculture, de l’Environnement, de l’Enseignement supérieur et de la Culture, ainsi que de 35 dirigeants de grandes entreprises telles qu’Airbus, EDF et Danone, et de représentants d’entreprises familiales issues de secteurs allant du luxe à l’agroalimentaire, a rapporté France24 mercredi.
M. Macron est accueilli par le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, également membre du Bureau politique du Comité central du Parti communiste chinois (PCC).
À son arrivée, Emmanuel Macron a écrit sur la plateforme X, en français, qu’accompagné de Brigitte et de la délégation, il était très heureux d’effectuer cette quatrième visite d’État en Chine.
Précisant que sa visite le mènerait à Pékin et à Chengdu, il a ajouté : « Je suis déterminé à travailler avec la Chine et tous nos partenaires sur ces grands défis, avec une détermination d’autant plus grande que la France se prépare à assumer la présidence du G7 en 2026. J’en suis convaincu : ensemble, nous pouvons faire bouger les choses. »
L’Élysée a qualifié ce voyage de « stratégique », a rapporté Radio France mercredi. Dans un monde en pleine mutation, une visite en Chine revêt inévitablement une importance « stratégique », selon l’Élysée. L’agenda dépasse largement le cadre commercial : tous les sujets sont sur la table – l’Ukraine, Taïwan, le Japon et la reconstruction de l’ordre international, entre autres, d’après Radio France.
Le quotidien français Les Échos a rapporté mardi que Macron espérait profiter de cette occasion particulière pour renouer les liens et rapprocher les positions de la Chine et de l’Europe, après que la double crise de la pandémie de Covid-19 et la crise ukrainienne les ont placées dans des camps diamétralement opposés.
Nathalie de Gaulle, arrière-petite-fille de l’ancien président français Charles de Gaulle
et présidente de Princeps Strategy, cabinet de conseil en stratégie, a déclaré mercredi au Global Times, lors du Forum international Imperial Springs 2025, qu’elle attendait de la visite de Macron qu’elle contribue à la poursuite du partenariat stratégique franco-chinois.
Nathalie de Gaulle a rappelé que lorsque son arrière-grand-père a reconnu la Chine, cela avait été un véritable choc à l’époque, dans un monde bipolaire. « Nous étions heureux de partager sa vision… J’espère que nos deux pays pourront la suivre, celle d’un partenariat solide et d’une grande amitié », a-t-elle déclaré.
En avril 2023, Emmanuel Macron s’était rendu en Chine accompagné de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, qui ne l’accompagnait pas cette fois-ci.
L’agenda de
la visite d’Emmanuel Macron en Chine sera principalement axé sur les relations bilatérales entre Paris et Pékin et visera également à relancer le dialogue commercial, l’Union européenne étant devenue l’une des principales victimes collatérales de la guerre commerciale sino-américaine, a rapporté mercredi le quotidien français Le Grand Continent.
Selon l’Élysée, Emmanuel Macron « mènera une campagne axée sur la coopération et l’équilibre économiques et commerciaux – une ambition qui sera également au cœur de la présidence française du G7 en 2026 ». La présidence française a ajouté que la visite abordera les enjeux majeurs du partenariat stratégique franco-chinois, ainsi que plusieurs dossiers internationaux clés et le nécessaire rééquilibrage des relations économiques, a rapporté mercredi le quotidien français Ouest-France.
Ces dernières années, la Chine a déployé des efforts soutenus pour améliorer la structure de ses échanges commerciaux, notamment en ouvrant davantage ses portes dans le secteur des services et en augmentant ses importations, a déclaré Jiang Feng, chercheur à l’Université des études internationales de Shanghai et président de l’Association shanghaienne d’études régionales et nationales, au Global Times.
À l’inverse, la France a manifesté des tendances protectionnistes assez marquées sur certaines questions commerciales et économiques, comme les véhicules électriques, a précisé M. Jiang. Il a souligné qu’en définitive, les différends commerciaux devraient être réorientés vers la coopération et résolus par le dialogue et la négociation, plutôt que d’être politisés ou instrumentalisés à des fins sécuritaires.
Ling Ji, vice-ministre du Commerce chinois et représentante adjointe de la Chine pour le commerce international, a rencontré mardi Henri Poupart-Lafarge, PDG d’Alstom, membre de la délégation française, a indiqué le ministère sur son site internet mercredi.
Outre les questions économiques et commerciales, certains médias français ont spéculé que les efforts visant à mettre fin au conflit russo-ukrainien devraient figurer à l’ordre du jour, comme l’a indiqué France 24.
L’Europe a longtemps entretenu une vision simpliste des relations sino-russes. La relation entre Pékin et Moscou n’est pas une dynamique à sens unique, comme certains en Europe le décrivent, mais une relation bilatérale normale entre deux États indépendants et souverains, a déclaré Cui Hongjian, directeur du Centre d’études sur l’Union européenne et le développement régional de l’Université des études étrangères de Pékin, au Global Times.
La Chine est effectivement disposée à jouer un rôle constructif dans la promotion des pourparlers de paix, mais elle insiste sur le fait qu’elle doit le faire à sa manière. La perception de la question par l’Europe diffère sensiblement de celle de la Chine, a déclaré M. Cui, soulignant que si l’Europe persiste à agir sur la base d’une compréhension unilatérale, voire dans le but de faire pression sur la Chine, le résultat risque d’être contre-productif.
Lors de la visite de M. Macron, la Chine et la France devraient également insister sur leur responsabilité commune de préserver l’ordre international d’après-guerre, étant toutes deux membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, selon certains observateurs.
Le 27 novembre, le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, s’est entretenu par téléphone avec Emmanuel Bonne, conseiller diplomatique du président français.
M. Wang, également membre du Bureau politique du Comité central du Parti communiste chinois et directeur du Bureau de la Commission centrale des affaires étrangères, a exposé la position de la Chine sur la question de Taïwan, insistant sur le fait que les propos provocateurs tenus par le dirigeant japonais en exercice à l’égard de Taïwan constituent un recul historique et une violation de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de la Chine, selon l’agence Xinhua.
Bonne a déclaré que la France défend la tradition d’une politique étrangère indépendante, adhère fermement à la politique d’une seule Chine et comprend la position légitime de la Chine sur la question de Taïwan.
Effet d’entraînement :
récemment, les dirigeants de plusieurs autres grands pays européens, dont le chancelier allemand Friedrich Merz et le Premier ministre britannique Keir Starmer, ont manifesté leur volonté de se rendre en Chine prochainement.
Lors d’une conférence de presse en marge du sommet du G20 à Johannesburg, en Afrique du Sud, le mois dernier, M. Merz a indiqué qu’il prévoyait d’effectuer son premier voyage en Chine début 2026, selon l’agence de presse allemande DPA. M.
Starmer se prépare à se rendre en Chine l’année prochaine, a rapporté Reuters, citant des sources, après les visites d’au moins quatre ministres depuis l’élection du Parti travailliste l’année dernière.
Une fois de plus, M. Macron a devancé ses homologues européens dans cette nouvelle série de rencontres de haut niveau avec la Chine. Si sa visite aboutit à des résultats concrets, elle pourrait servir de référence pour une future diplomatie entre Pékin et d’autres grandes capitales européennes, dont Berlin et Londres, a déclaré M. Cui.
Cui a toutefois averti que toute véritable percée dans les relations avec la Chine exigerait de Macron qu’il fasse preuve de détermination politique et qu’il démontre la tradition française d’autonomie stratégique, plutôt que de simplement suivre l’opinion générale en Europe ou au sein de l’UE.