L’Allemagne s’est mise à dériver, arrimée au bloc anglo-saxon sans en tirer les même bénéfices coloniaux; à part quelques miettes pour ses compradors

Voici une réflexion intéressante de Robin Brooks. Partant des taux et de la monnaie, elle aboutit à une question stratégique fondamentale a savoir celle de la fin du modèle vertueux allemand et le choix de toujours repousser les limites à la dégringolade au lieu de remonter la pente.

Draghi avec son coute que coute a mis l’Allemagne sur la pente du déclin , il a pillé son orthodoxie, il a brisé le cercle vertueux traditionnel: monnaie forte, taux bas , investissements , compétitivité. Merkel obsédée par sa fidélité au Projet de son maitre Kohl, a laissé faire.

Drahi a eu les mains libres d’inflater en rond, il l’ a fait sans bénéfice aucun autre que celui de maintenir l’Italie à flots et de valider le modèle Français de déficit spending structurellement laxiste et gaspilleur.

Jamais il n’y a eu de convergence vertueuse ! Il y a eu contamination, transmission du mal du Sud.

Tout au long de ces années , la société Allemande s’est transformée, elle s’est anglosaxonnisée et culturellement elle s’est éloignée de ses valeurs traditionnelles. Ce n’est pas conjoncturel , c’est historique.

Le nouveau modèle de production et de fonctionnement économique a produit une nouvelle Allemagne, une nouvelle société. De pole d’ancrage , de statue du commandeur monétaire et social, l’Allemagne s’est mise à dériver, arrimée au bloc anglo-saxon sans en tirer les même bénéfices coloniaux. à part quelques miettes pour ses compradors.

Le vin a été tiré il y a longtemps, il faut le boire.

Robin Brooks

La hausse mondiale des rendements des fonds d’État à long terme est très inquiétante.

Un élément clé de cette situation est que les valeurs refuges traditionnelles – le Japon et l’Allemagne – sont au cœur de cette flambée mondiale des rendements, alors que par le passé, ces deux pays bénéficiaient d’afflux de capitaux qui maintenaient leurs taux à un niveau bas.

Au Japon, les rendements ont été artificiellement maintenus à un niveau bas par la Banque du Japon (BoJ), qui doit désormais faire marche arrière par crainte d’une nouvelle dépréciation du yen.

En Allemagne, le plan de relance budgétaire massif du nouveau gouvernement et l’assouplissement du frein à l’endettement pèsent lourdement sur les marchés.

La perte du statut de valeur refuge est un concept abstrait. C’est pourquoi, dans cet article, je tente de visualiser la situation. L’axe horizontal du graphique ci-dessus représente les baisses de taux déjà intervenues depuis janvier 2024, auxquelles s’ajoutent celles intégrées aux contrats à terme jusqu’à la fin de l’année prochaine. Pour la Fed, cela correspond à la somme des 150 points de base de baisses déjà appliquées et des 80 points de base d’assouplissement supplémentaires intégrés aux cours jusqu’à fin 2026. Le cycle d’assouplissement total s’élève ainsi à environ 230 points de base. L’axe vertical illustre l’évolution des rendements des obligations d’État à 30 ans depuis janvier 2024.

Comparons maintenant la Suisse (CH) et l’Allemagne (DE). Le cycle d’assouplissement monétaire est sensiblement le même dans les deux cas, mais le rendement des obligations suisses à 30 ans a baissé, tandis qu’il a sensiblement augmenté en Allemagne.

Cela illustre la perte du statut de valeur refuge de l’Allemagne. Les flux de capitaux que la Suisse continue de recevoir ne vont plus à l’Allemagne.

Le plan de relance budgétaire massif de l’Allemagne et l’assouplissement de sa politique d’endettement ont des conséquences. On oublie souvent que le plafonnement des taux d’intérêt par la BCE pour les pays fortement endettés a également un coût. En effet, si la BCE plafonne les taux d’intérêt pour ces pays en cas de crise, l’attrait de la dette publique allemande comme valeur refuge diminue en période de forte incertitude mondiale. De fait, le fait que l’Allemagne mette sa marge de manœuvre budgétaire à la disposition d’autres pays via la BCE compromet le principal avantage de sa politique budgétaire prudente menée jusqu’à présent.

La grande question, bien sûr, est de savoir si tout cela en vaut la peine. Plafonner les taux d’intérêt évite les crises de la dette dans les pays fortement endettés, mais ne leur offre pas de marge de manœuvre budgétaire.

Cela ne fait que masquer le problème, ce qui explique pourquoi l’Italie et l’Espagne sont incapables d’apporter une aide significative à l’Ukraine. À mon avis, cette situation est loin d’être optimale et affaiblit l’Europe à moyen terme.

Repousser les limites n’est plus une option, ni pour l’Allemagne, ni pour l’Europe.

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