Global Times
Depuis le 7 décembre, une nouvelle vague de conflits frontaliers a éclaté entre le Cambodge et la Thaïlande, avec des affrontements armés signalés simultanément dans plusieurs provinces thaïlandaises frontalières, notamment Buriram, Surin, Sisaket et Ubon Ratchathani. Les tensions se sont rapidement exacerbées et la durée des combats dépasse déjà largement celle des affrontements de juillet dernier.
Le différend frontalier entre le Cambodge et la Thaïlande concernant la souveraineté sur les zones entourant le temple de Preah Vihear et d’autres sites est ancien. Mais la confrontation de 2025 se distingue par son intensité et sa fréquence. Elle est devenue l’un des conflits armés les plus graves entre États membres de l’ASEAN depuis la fin de la Guerre froide. Cette évolution fait basculer la sécurité régionale dans une zone à risque qu’il est impossible d’ignorer.
L’impact du conflit continue de se faire sentir.
Les échanges de tirs répétés ont causé des victimes civiles et des déplacements massifs de population, endommagé les infrastructures et perturbé le commerce transfrontalier, tandis que les pressions économiques et budgétaires s’accentuent de part et d’autre. Le Cambodge et la Thaïlande sont tous deux fortement dépendants du tourisme. Le conflit prolongé affecte directement les moyens de subsistance et exacerbe les griefs historiques, rendant objectivement la résolution du problème plus difficile. De plus, les répercussions du conflit s’accentuent et les mécanismes de coopération sous-régionale mutuellement bénéfiques, tels que la Coopération Lancang-Mékong, sont affectés. Dans un système économique régional fortement interconnecté, de tels chocs sécuritaires ne peuvent plus être considérés comme une simple affaire bilatérale.
Mettre fin aux combats au plus vite sert les intérêts communs du Cambodge et de la Thaïlande et répond également aux attentes de la région.
Dans ce contexte, prévenir toute nouvelle escalade et créer les conditions d’une solution politique est devenu une tâche urgente et concrète. La diplomatie de navette et les efforts de médiation de la Chine sont précisément axés sur ce besoin pratique. Le 18 décembre, l’envoyé spécial du ministère chinois des Affaires étrangères pour les affaires asiatiques a effectué une nouvelle visite diplomatique au Cambodge et en Thaïlande, œuvrant pour aider les deux parties à rétablir le dialogue.
Le Cambodge et la Thaïlande ont également informé séparément la Chine de l’évolution de la situation sur le terrain et ont exprimé leur volonté de désamorcer les tensions et de conclure un cessez-le-feu.
Dans une telle situation, marquée par des préoccupations convergentes et une forte sensibilité, rares sont les acteurs qui inspirent confiance aux deux parties et qui sont disposés à poursuivre les efforts de médiation. La médiation chinoise a apporté une impulsion importante et stable à la désescalade.
Cette forme de médiation pacifique, ni intrusive ni absente, s’inscrit dans la continuité du rôle constructif que la Chine joue depuis longtemps au sein de l’ASEAN. Plus précisément, l’approche chinoise de la médiation présente plusieurs caractéristiques distinctives. Premièrement, elle adopte une position objective et impartiale, respecte la volonté des deux pays, s’abstient de toute ingérence dans les affaires intérieures et évite de prendre parti, d’exercer des pressions ou de défendre ses propres intérêts, l’objectif principal étant d’encourager les parties concernées à reprendre le dialogue. Deuxièmement, elle respecte et soutient la centralité de l’ASEAN, œuvrant à réintégrer les efforts de médiation pertinents dans les cadres régionaux existants et se coordonnant avec la médiation menée par la présidence tournante de l’ASEAN, sans toutefois l’empiéter. Troisièmement, elle privilégie la gestion du processus, reconnaissant que la paix ne s’instaure pas du jour au lendemain. Un cessez-le-feu et une désescalade ne sont que des étapes initiales ; la tâche la plus cruciale consiste à rétablir la confiance politique mutuelle par une communication soutenue, jetant ainsi les bases d’une stabilité durable.
Cette approche de médiation discrète et pragmatique n’est pas une solution provisoire, mais reflète une évaluation réaliste de la complexité du conflit. Bien que le différend frontalier entre le Cambodge et la Thaïlande trouve son origine dans des questions territoriales, il est également aggravé par des facteurs historiques persistants et de multiples préoccupations contemporaines. C’est pourquoi, tout en respectant la souveraineté et l’intégrité territoriale du Cambodge et de la Thaïlande, la Chine a toujours plaidé pour un règlement pacifique des différends. Elle met l’accent sur le concept de sécurité commune, globale, coopérative et durable, ainsi que sur le modèle de sécurité asiatique de sécurité partagée, la recherche d’un terrain d’entente, la mise de côté des divergences et le règlement des problèmes par le dialogue et la consultation. La Chine considère les deux parties comme des acteurs de la sécurité régionale et des bénéficiaires communs de ses résultats.
Parallèlement, il faut reconnaître que le conflit cambodgien-thaïlandais est complexe et extrêmement sensible, et que les différends qui en découlent sont difficiles à résoudre pleinement à court terme. Les attentes internationales concernant la médiation doivent se concentrer sur l’objectif réaliste d’empêcher que la situation ne dégénère et de créer les conditions d’une solution politique. Préserver un espace de dialogue entre les parties concernées par le biais d’une communication continue et d’une désescalade constitue en soi une étape importante vers la promotion de la paix.
D’un point de vue régional, l’ASEAN joue un rôle important dans le maintien de la stabilité et la promotion du dialogue. Face à la complexité du contexte, les parties prenantes espèrent largement que les cadres régionaux existants permettront de remettre ce dossier sur la voie de la consultation. Dans le cadre de sa médiation, la Chine a toujours privilégié la coordination avec les mécanismes régionaux et, tout en respectant l’autonomie régionale, s’est employée à promouvoir la communication et la compréhension mutuelle, renforçant ainsi l’inclusivité et la pérennité de ces efforts.
La désescalade du conflit entre le Cambodge et la Thaïlande sera un processus graduel. L’essentiel, à l’heure actuelle, est de bâtir une confiance mutuelle malgré les tensions et d’élargir l’espace de dialogue malgré les profondes divergences. Tant que les canaux de communication resteront ouverts et que la dynamique de désescalade se maintiendra, la perspective de la paix demeurera. Ceci est conforme aux aspirations communes des pays de la région à la stabilité et au développement