Venezuela et vérité — Par Craig Murray, le 4 janvier 2026, première partie
Les principaux médias ont couvert l’actualité vénézuélienne sans interruption hier.
Ils ont mentionné à plusieurs reprises Delcy Rodríguez, la vice-présidente, car Trump a déclaré qu’elle était désormais aux commandes.
Ils n’ont jamais mentionné que 2026 marque le 50e anniversaire de la torture à mort de son père, le militant socialiste Jorge Rodríguez, par les services de sécurité soutenus par la CIA du régime Pérez, allié des États-Unis, au Venezuela.
Cela viendrait bien sûr gâcher le récit opposant les méchants communistes aux gentils démocrates, récit qu’on essaie d’imposer à tout le monde.
Ils n’ont pas non plus mentionné que les gouvernements élus d’Hugo Chávez ont réduit l’extrême pauvreté de plus de 70 %, la pauvreté de 50 %, divisé par deux le chômage, quadruplé le nombre de bénéficiaires d’une pension d’État et atteint un taux d’alphabétisation de 100 %.
Chávez a transformé le Venezuela, société la plus inégalitaire en matière de répartition des richesses en Amérique latine, en la société la plus égalitaire. Ils n’ont pas non plus mentionné que María Corina Machado est issue de l’une des familles les plus riches du Venezuela, qui dominait les industries de l’électricité et de l’acier avant la nationalisation, et que ses soutiens sont les mêmes familles qui étaient derrière ces régimes meurtriers contrôlés par la CIA.
Les sanctions économiques imposées par l’Occident – et un autre point qu’ils ont omis de mentionner est que le Royaume-Uni a confisqué plus de 2 milliards de livres sterling d’actifs appartenant au gouvernement vénézuélien – ont rendu difficile pour le gouvernement Maduro de faire beaucoup plus que consolider les acquis des années Chávez.
Affirmer que le Venezuela est une plaque tournante majeure de la production ou du trafic de stupéfiants à destination des États-Unis est tout simplement absurde.
Nicolás Maduro a certes des défauts, mais il n’est pas un baron de la drogue.
Cette allégation est un tissu de mensonges.
La volonté de l’Occident d’accepter les résultats électoraux douteux de l’opposition lors des élections présidentielles de 2024 ne légitime pas l’invasion et l’enlèvement.
Hier, la quasi-totalité des gouvernements occidentaux ont publié une déclaration qui, paradoxalement, cautionne les bombardements et l’enlèvement perpétrés par Trump – actes manifestement illégaux au regard du droit international – tout en prétendant défendre ce même droit.
L’hypocrisie est tout simplement flagrante.
Ce sont d’ailleurs précisément les puissances occidentales qui soutiennent le génocide à Gaza qui soutiennent l’attaque contre le Venezuela. Le génocide à Gaza a sonné le glas des espoirs – pourtant essentiels à ma vision du monde – de voir le droit international prévaloir sur le recours brutal à la force dans les relations internationales.
L’enlèvement de Maduro, l’empressement des puissances occidentales à l’accepter et l’impuissance du reste du monde ont démontré que le droit international est tout simplement mort.
Dans la longue liste des prix Nobel de la paix épouvantables, aucun n’est pire que le dernier décerné à la traîtresse vénézuélienne María Corina Machado, destiné à promouvoir et à accélérer l’attaque impérialiste des États-Unis contre le Venezuela.
Il faut vraiment le faire exprès pour prendre une décision plus catastrophique que de décorer Kissinger immédiatement après les bombardements massifs du Laos et du Cambodge.
Cette décoration était désastreuse, mais elle visait à reconnaître le prétendu accord de paix de Paris et à inciter les États-Unis à respecter le processus de paix. Initialement, elle devait être décernée conjointement avec le négociateur vietnamien Lê Đức Thọ (qui, à juste titre, a décliné l’offre). L’attribution du prix Kissinger était une terrible erreur, mais le Comité cherchait à mettre fin à une guerre, partant d’une volonté de coopérer avec une realpolitik dénuée de principes.
En attribuant le prix à Machado, ils cherchent délibérément à cautionner et à promouvoir le déclenchement d’une guerre. C’est tout autre chose.
Photos : n° 1 La vice-présidente Delcy Rodriguez prononçant un discours lors d’un rassemblement.
n° 2 Son père, le militant socialiste et leader étudiant Jorge Rodriguez, torturé à mort le 25 juillet 1976.

