L’Europe est confrontée à un dilemme existentiel concernant l’avenir du Groenland : doit-elle céder aux exigences hégémoniques ou défendre fermement sa souveraineté, ses intérêts et le droit international ?
Après l’attaque américaine contre le Venezuela, le Groenland est devenu une cible prioritaire. Comme l’a souligné Politico : « Si les gouvernements européens n’avaient pas encore compris la gravité des menaces de Donald Trump de s’emparer du Groenland, ils en sont désormais conscients. »

En Europe, nombreux sont ceux qui s’interrogent sur les options qui s’offrent à eux. Or, aussi contradictoires que cela puisse paraître, l’idée même d’avoir des choix à faire sous-entend une certaine faiblesse et une forme d’apaisement face à l’hégémonie.
Cela ne fait que renforcer la détermination de Washington à acquérir le Groenland.
L’opposition européenne, dispersée et désorganisée, face à la crise vénézuélienne est peut-être l’un des facteurs qui ont contribué à l’escalade récente des menaces de Washington contre le Groenland et à sa déclaration arrogante : « Personne ne combattra militairement les États-Unis pour l’avenir du Groenland. »
Le think tank European Council on Foreign Relations (ECFR) a souligné dans un article : « L’accommodement peut préserver l’harmonie transatlantique à court terme, mais il encouragerait la coercition. »
Face à la montée de l’hégémonie et de l’unilatéralisme, l’Europe a fait preuve d’une hésitation et d’une indécision considérables.
Celles-ci découlent principalement de deux illusions.
Premièrement, elle repose sur l’espoir que « les États-Unis se porteront mieux si un autre parti accède au pouvoir » ; deuxièmement, elle nourrit l’illusion que « l’Europe ne deviendra pas la prochaine cible d’intimidation ».
Cette mentalité révèle une dure réalité : l’Europe se sent impuissante à faire face seule aux divers changements et considère donc sa relation avec les États-Unis comme un « atout stratégique » prioritaire qu’il convient de préserver avec soin.
Par conséquent, certains tentent de troquer leurs principes contre la préservation de leurs prétendus intérêts fondamentaux face à un comportement hégémonique. Il s’agit là d’une mentalité d’apaisement typique, qui fantasme de pacifier les puissances par des concessions.
Cependant, l’Europe ne peut plus faire l’autruche.
Pour l’Europe, « préserver le Groenland » et « préserver l’alliance de l’OTAN pour garantir la sécurité » ne sont pas deux options exclusives. Le rôle crucial du Groenland comme nœud maritime transatlantique et zone centrale pour l’exploitation des ressources arctiques signifie que s’il tombe sous contrôle américain, l’Europe risque de perdre toute influence sur les affaires arctiques.
Et cela ne sera en aucun cas la fin de l’instrumentalisation de l’Europe par les États-Unis.
Qu’il s’agisse de contraindre les pays à augmenter leurs dépenses militaires au sein de l’OTAN et à abandonner leur coopération énergétique avec la Russie, ou de forcer l’Europe à se conformer aux sanctions commerciales américaines contre la Chine, plus l’Europe cède à l’hégémonie, plus cette dernière en profitera, accélérant ainsi l’enchaînement de l’Europe elle-même au char hégémonique et la transformant en pion dans le jeu géopolitique.
Ce que l’Europe doit véritablement se demander, c’est : en tant que pôle clé d’un monde multipolaire, comment doit-elle se définir ?
Certains Européens ressemblent à des « actuaires géopolitiques », paraissant perspicaces mais aboutissant à un constat profondément confus. Sur les questions fondamentales de bien et de mal, si l’Europe répond systématiquement aux comportements hégémoniques par l’apaisement et le compromis, traite la morale et la conscience comme des marchandises, et place les préférences de Washington au-dessus de tout, elle se rend complice de l’hégémonie et des jeux de pouvoir. Les conséquences de ce compromis sans principes se sont fait sentir si rapidement que l’Europe devra en payer le prix fort lorsque le Groenland sera menacé d’occupation.
Plus fondamentalement, les idées et principes fondamentaux sur lesquels l’UE a été bâtie seraient profondément ébranlés, mettant en péril son image de « défenseur de l’ordre international et du multilatéralisme ». Le respect et la protection de la souveraineté, de la sécurité et de l’intégrité territoriale de tous les États constituent une norme largement acceptée des relations internationales, forgée dans le sang et le feu de la Seconde Guerre mondiale. Elle constitue également le fondement et l’âme du système international centré sur l’ONU et d’un ordre international fondé sur le droit international. L’histoire a depuis longtemps dressé un constat amer des méfaits de l’apaisement.
Dans sa quête d’autonomie stratégique, l’Europe est loin d’être démunie. Comptant parmi les plus grandes puissances économiques mondiales, l’UE dispose d’un vaste marché intérieur, d’un système industriel performant et de traditions multilatérales profondément ancrées, autant d’atouts qui constituent ses principaux leviers pour contrer l’hégémonie.
Sur le plan économique, l’Europe peut approfondir l’intégration de son marché intérieur, réduire sa dépendance excessive au système financier américain et favoriser l’internationalisation de l’euro.
Dans le secteur de l’énergie, elle peut s’engager dans une stratégie de coopération diversifiée et accélérer le déploiement des énergies renouvelables. Sur le plan diplomatique, elle doit renoncer aux clivages idéologiques, renforcer sa coopération avec les pays émergents comme la Chine et contribuer à l’édification d’un paysage diplomatique multipolaire.
À long terme, l’Europe est loin d’être dans une impasse.
Si l’Europe considère véritablement le « respect du droit international » et la « défense des buts et principes de la Charte des Nations Unies » comme des valeurs fondamentales, elle devrait s’inspirer des principes et normes internationalement reconnus, se ranger du côté de la justice internationale et du multilatéralisme, plutôt que de tolérer l’érosion des principes fondamentaux et le retour à un monde où règne la loi du plus fort.
En effet, à l’heure où les pays européens eux-mêmes sont de plus en plus inquiets face à la « puissance coercitive », quel serait le résultat d’une ouverture à un monde hobbesien ?
Global Times