Les premiers militaires européens sont arrivés au Groenland; l’accord de 1951

Les premiers militaires européens sont arrivés au Groenland, alors que le président américain Donald Trump a déclaré qu’il était nécessaire d’annexer l’île aux États-Unis, rapporte Bild.

Selon le journal, un avion de transport militaire danois a atterri hier soir à l’aéroport de Nuuk, capitale du Groenland. À son bord se trouvaient des militaires danois et des représentants des forces armées françaises. Presque simultanément, un autre Hercules danois a atterri à l’aéroport de Kangerlussuaq, à l’ouest de l’île. Les deux appareils ont volé avec leurs transpondeurs désactivés.

Les treize premiers soldats allemands sont attendus à Nuuk jeudi matin.

Outre l’Allemagne, le Royaume-Uni, le Canada, les Pays-Bas, la Norvège et la Suède participeront à cette mission de déploiement de troupes sur l’île. La mission est coordonnée depuis Copenhague, et non par l’OTAN, dont tous ces pays sont membres.

Les préparatifs de ce déploiement, en cours depuis quelques jours malgré les déclarations de Trump, ont été menés dans le plus grand secret, souligne Bild. Le journal précise que l’envoi des premiers militaires sur l’île n’a eu lieu qu’après l’échec des négociations, mercredi, entre les représentants danois et groenlandais et les États-Unis.

Le 14 janvier, Trump a déclaré que les États-Unis restaient déterminés à acquérir le Groenland malgré les objections du Danemark.

Le Groenland est un territoire autonome du Danemark. En 1951, Washington et Copenhague ont signé l’Accord de défense du Groenland, en complément de leurs engagements au sein de l’OTAN.

Aux termes de ce traité, les États-Unis s’engageaient à défendre l’île contre toute agression potentielle.

L’Accord de défense du Groenland de 1951 est un traité bilatéral fondamental entre les États-Unis et le Danemark, toujours en vigueur aujourd’hui )

Il a été signé le 27 avril 1951 à Copenhague, dans le contexte très tendu du début de la Guerre froide et juste après la création de l’OTAN (1949), dont les deux pays sont membres fondateurs.

Pendant la Seconde Guerre mondiale (1940-1945), le Danemark étant occupé par l’Allemagne nazie, un accord temporaire avait été signé en 1941 entre Washington et l’ambassadeur danois aux États-Unis. Il permettait aux Américains de protéger le Groenland contre une éventuelle invasion allemande.

Après la guerre, le Danemark n’avait ni les moyens ni les capacités militaires pour défendre efficacement cette immense île (50 fois plus grande que le Danemark continental et située entre l’Amérique du Nord et l’URSS).

La menace soviétique (bombardiers passant par l’Arctique) a rendu le Groenland extrêmement précieux pour la défense aérienne et le suivi des missiles.

L’accord de 1951 a remplacé celui de 1941 et l’a institutionnalisé dans le cadre de l’OTAN.

Points essentiels:

  • Les États-Unis s’engagent à défendre le Groenland contre toute agression
  • En échange, les Américains obtiennent le droit de :
    • Construire, maintenir et exploiter des bases et installations militaires (« defense areas »).
    • Faire circuler librement leurs forces, navires, avions et véhicules sur l’île et dans ses eaux territoriales.
    • Effectuer des relevés techniques et des constructions sans payer de loyers.
  • La souveraineté danoise est formellement reconnue, mais en pratique les États-Unis disposent d’une très large liberté d’action dans les zones de défense.
  • L’accord est lié à la durée du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) → il n’a pas de date d’expiration fixe et reste en vigueur tant que l’OTAN existe.
  • À l’origine, plusieurs zones de défense étaient prévues (Thulé/Pituffik, Sondrestrom/Kangerlussuaq, Narsarsuaq, etc.). Au pic de la Guerre froide, les États-Unis avaient jusqu’à ~17 installations et plus de 10 000 militaires sur place.
  • Après la fin de la Guerre froide, la plupart des bases ont été fermées par les Américains eux-mêmes.
  • En 2004, un accord complémentaire (dit accord d’Igaliku) a été signé avec le Danemark et le gouvernement autonome du Groenland (Home Rule depuis 1979, puis Self-Government en 2009). Il limite officiellement la seule zone de défense active à la base de Pituffik (anciennement Thule Air Base, renommée en 2023 pour honorer le nom groenlandais).
  • Aujourd’hui, Pituffik reste la seule base militaire américaine permanente au Groenland. Elle est gérée par la U.S. Space Force, sert à la détection de missiles balistiques, à la surveillance spatiale et à la défense antimissile (radar BMEWS modernisé pour le système de défense antimissile américain).

Cet accord donne déjà aux États-Unis une très grande liberté militaire au Groenland sans avoir besoin de l’acheter ou de l’annexer.

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