Editorial. Le consensus de Londres, le règne du « en même temps », le retour du politique et la mise sous tutelle des marchés. C’est le week end, on peut penser un peu.

Les élites et leurs mercenaires intellectuels ont peur, ils se rendent compte que le système est devenu fragile et que le chaos risque de s’installer: il devient non manœuvrable, et dans certains cas non gérable.

Ce n’est plus seulement une question de croissance et de macro economie, non c’est devenu un probleme social, humain, politique: les consennsus se disloquent et il faut de plus en plus recourir aux contrôles et la violence; bref comme ils disent:

Il faut réintroduire l’humain!

Il ne s’agit pas de revenir à l’Ideal démocratique, non absolument pas! Ils ne veulent pas abandonner leur pouvoir et les avantages qu’il leur confère. Ils veulent réintroduire l’humain mais sans la démocratie, l’humain tels que eux le conçoivent. C’est le but du techno féodalisme que de remplacer la démocratie par les outils technologiques. Parfaitement expliqué par Thiel , l’un des promoteurs de la nouvelle féodalité.

Le but des travaux de ces mercenaires de la pensée est celui là: reintroduire de l’humain, désamorcer les conflits par des ajustements pilotés d’en haut. Bref une sorte de société qui tient compte du peuple mais ne lui reconnait pas le pouvoir et la souveraineté, les pouvoir du peuple se limitent à ceux que les élites veulent bien leur donner!

On avait préparé le terrain ces dernières années avec l’accent mis sur les sociétés inclusives des Rothschild de Londres.

La branche Rothschild de Londres, partie intégrante du groupe Rothschild & Co, se veut une organisation inclusive, mettant l’accent sur la diversité, l’égalité et l’appartenance, notamment via des réseaux internes comme EMbrace pour les minorités ethniques, tout en s’inscrivant dans une tradition historique de philanthropie et d’engagement sociétal.

Le Consensus de Londres : Présentation, Résumé et Commentaire

Le « Consensus de Londres » (The London Consensus : Economic Principles for the 21st Century) est un projet intellectuel et une publication récente qui vise à repenser les principes économiques face aux échecs, crises et défis contemporains, tels que les inégalités, le populisme, le changement climatique, les disruptions technologiques et les instabilités politiques.

Ouf, c’est ambitieux, tout cela à la fois!

On prend un catalogue à la Prévert de tout ce que ne va pas et on dit que l’on y répond!

Sous une certaine forme et vu de haut ce projet me semble avoir de grandes ressemblance avec le Projet Fabien de société à deux vitesses. Rien d’étonnant puisqu’il a les mêmes sources, la Grande Bretagne et la London School of Economics.

Initié en 2023 par la London School of Economics (LSE), sous la direction des économistes Tim Besley, Irene Bucelli et Andrés Velasco, il réunit les contributions de plus de 50 économistes et experts en politiques publiques de renommée mondiale.

Le livre, publié en octobre 2025 par LSE Press, est disponible en accès libre et compte 17 chapitres organisés autour de thèmes clés.

Ce livre ne s’articule pas autour d’une conception économique ou d’une théorie , non c’est une sorte de kaleidoscope qui part dans tous les sens, sans cohérences et si l’on prend l’ensemble, on ne voit pas comment cela peut donner le moindre résultat tant son contenu, faute d’idée directrice organique est contradictoire. Cela me fait penser au fameux concept de polycrise, certes « beau et esthetique », descriptif mais dont le pouvoir explicatif est nul. Le concept de polycrise est une sorte d’impasse de l’intelligence.

Le keynesianisme est mort dans les années 70 car il a buté sur la chute de la profitabilité du capital laquelle a provoqué la baisse des investissements et de la croissance, sous le poids des redistributions sociales démocrates.

La première grande récession internationale a eu lieu en 1974-1975, suivie d’une stagflation . Il fallait agir et un changement de politique économique s’imposait. Finies les dépenses publiques et sociales excessives et l’interventionnisme sur les marchés, il fallait anéantir les syndicats, privatiser les actifs de l’État et réorienter les investissements mondiaux vers les pays du Sud, où la main-d’œuvre est bon marché pour hausser le taux d’exploitation des salariés.

Le keynesianisme post Seconde Guerre Mondiale a donc été remplacé progressivement par le néoliberalisme, le libre marché puis la financiaristion et le consensus de Washington.

Le consensus de Washington fondé sur les pressions sur les salaires, les échanges internationaux , le crédit et les déficits s’est brisé sur le surendettement, l’insolvabilité , les inégalites, le populisme et la de-légitimation politique.

La rentabilité a de nouveau chuté et, en 2008-2009, un krach financier mondial et la Grande Récession ont éclaté.

Ce phénomène a mis en lumière l’échec des politiques néolibérales et du consensus de Washington.

La mondialisation s’est brutalement arrêtée et les principales économies sont entrées dans une phase de stagnation caractérisée par une faible croissance du PIB, des investissements limités, une inflation élevée et un chômage important malgré des politiques monétaires et financières non conventionnelles pour ne pas dire aventureuses.

Il était temps pour les acteurs économiques dominants de repenser leur vision du monde et de faire repartir le balancier de l’autre cote, ce qu’a tenté de faire Biden.

Le libre-échange, la libre circulation des capitaux et la non-intervention de l’État devaient sous Biden être remplacés par une « stratégie industrielle » où les gouvernements interviendraient pour subventionner et taxer les entreprises capitalistes afin d’atteindre les objectifs nationaux. Il en résulterait un renforcement du contrôle des échanges et des capitaux, une augmentation des investissements publics et une taxation accrue des plus riches. Moins de libre circulation, un contrôle national des capitaux et du travail. Et autour de cela, de nouvelles alliances militaires seraient mises en place pour imposer ce nouveau consensus.

La venue de Trump a tout perturbé et créé une sorte de chaos de la pensée économique dont on a du mal à voir la ligne directrice. L’approche trumpiste a quant à elle été consacrée dans le récent document dit de Strategie Nationale. La vision trumpiste nous fait pénétrer dans un nouveau système, l’univers de la geo-politico-economie-de cliques..

C’est alors que sort le « Consensus de Londres »; Il est ambitieux mais ce n’est pas une liste prescriptive comme le Consensus de Washington des années 1990, non, c’est un exercice de dialogues et confrontations basé sur des exemples empiriques pour identifier des principes adaptables aux contextes nationaux.

Ce consensus émerge en réponse aux limites du Consensus de Washington (WC), qui promouvait une libéralisation des marchés, une privatisation et une austérité fiscale uniforme, souvent imposée aux pays en développement avec des conséquences sociales douloureuses.

« Le Consensus de Londres intègre les leçons des 35 dernières années, en soulignant l’importance des institutions, de la politique et du bien-être humain au-delà de la croissance économique pure ». Autant dire que c’est un bricolage.

Ce nouveau Consensus c’est un peu le règne du « en même temps » chers à nos post modernistes!

Les auteurs du Consensus de Londres visent à maintenir une économie de marché, tout en y intégrant davantage d’égalitarisme et d’état! Le Consensus de Washington privilégiait le premier aspect, tandis que le Consensus de Londres souhaite y ajouter le second!

 Les auteurs de la LSE écrivent que « les effets inégaux de la mondialisation ne peuvent être ignorés. Les variations de la taille et de la composition des flux commerciaux ont des effets très inégaux sur les revenus des individus.» 

Donc comme c’est mal perçu, il faut lutter contre!

Et puis il y a les formidables rentes des grandes entreprises: « Même si des géants de la technologie comme Apple produisent peu aux États-Unis, les rentes générées par leurs produits reviennent à Apple Corporation, qui choisit de les déclarer. Cela a enrichi les classes entrepreneuriales (performantes) dont les profits sont plus importants lorsqu’elles parviennent à réduire les coûts de production. Cela a également engendré de nouvelles sources d’inégalités au sein des pays. »

Mais comment lutter contre? Il est difficile de les taxer et puis il faut pas décourager l’innovation!

Le pathos est complet, diafoirique ou tout se mélange, la nécessité de préserver l’innovation, la destruction créatrice, la mort des zombies. Les auteurs ajoutent : « S’en remettre au marché pour la plupart des décisions d’allocation est souvent judicieux lorsqu’on considère la production privée. » Mais « tous les maux économiques et sociaux ne peuvent ni ne doivent être corrigés par une redistribution a posteriori. Certains doivent être corrigés avant ou pendant la production, dans ce que certains appellent désormais la « pré-distribution « . 

Résumé des Principes Clés

Le livre ne propose pas une liste rigide de « dos and don’ts », mais identifie des principes émergents pour guider les politiques économiques. D’après l’introduction et les analyses, cinq principes centraux se dégagent, voci ceux qui sont mis en avant par les commentateurs comme Anne-Marie Slaughter :

  1. Le bien-être comme objectif principal (It’s not just the money: wellbeing is the key) : Au-delà du PIB et de la croissance monétaire, l’économie doit viser le bien-être humain, incluant la dignité, le respect social, la santé mentale et la reconnaissance publique. Cela intègre des vues de l’économie comportementale et des exemples comme le budget bien-être en Nouvelle-Zélande ou la loi sur le bien-être des générations futures au Pays de Galles.
  2. Construire la résilience : Les gouvernements doivent atténuer les volatilités socio-économiques via des assurances sociales contre les chocs (perte d’emploi, maladie, crises). Cela va au-delà de la simple lutte contre l’inflation, en reconnaissant les disruptions causées par la mondialisation et la technologie.
  3. Les marchés comme serviteurs, pas comme maîtres (!) : Les marchés sont utiles mais doivent être régulés pour éviter les excès. Cela contraste avec le Washington Consensus en promouvant une ouverture gérée au commerce et aux investissements, avec un accent sur le transfert de technologies et la protection des régions « laissées pour compte ».
  4. Les institutions et la politique comme fondements: Les institutions solides (règle de droit, taxation large, contraintes sur le pouvoir exécutif) sont essentielles. La politique n’est pas une contrainte mais un facilitateur, intégrant des objectifs comme la dignité et l’équité. Sans bonne politique, pas de bonne économie.
  5. L’État capable et non ennemi : L’État doit être fort, avec des institutions honnêtes et des fonctionnaires compétents, pour financer des programmes universels (santé, éducation, environnement). Cela inclut une gestion fiscale prudente mais active, permettant l’endettement en temps de crise (comme assureur en dernier ressort).

Le livre est structuré en chapitres thématiques, couvrant des sujets comme la fiscalité, la dette publique, le productivisme, les inégalités, la mondialisation et le climat.

Par exemple :

  • Introduction : Besley et Velasco posent les bases en soulignant l’importance du transfert technologique et d’une fiscalité large pour des dépenses universelles.
  • Chapitres sur la fiscalité et la dette (ex. par Reis et Velasco) : Ajoutent des principes d’activisme fiscal pour contrer les chocs, au-delà de la discipline stricte du neo liberalisme .
  • Sur le productivisme (par Dani Rodrik) : Relie les problèmes du marché du travail aux dualismes du développement économique.
  • D’autres couvrent les institutions (Besley/Persson), la mondialisation gérée, et les politiques basées sur le lieu pour éviter les fractures régionales.

Citations Significatives

Voici une sélection de citations emblématiques, tirées des introductions, chapitres et commentaires externes, qui capturent l’essence du consensus :

  1. « It’s not just the money: wellbeing is the key. » – Anne-Marie Slaughter, soulignant le virage vers une économie centrée sur le bien-être humain plutôt que la seule croissance (Project Syndicate, 2025).
  2. « Markets can be good servants but bad masters. » – Principe clé, critiquant l’idéalisation des marchés du WC et appelant à une régulation intelligente (Slaughter, 2025).
  3. « Institutions matter. » – Tim Besley et al., insistant sur le rôle des institutions solides pour une économie équitable (Introduction, 2025).
  4. « Government is not the enemy. » – Rejetant l’anti-étatisme du WC, en faveur d’un État capable et interventionniste (Slaughter, 2025).
  5. « Globalization is not doomed. » – Principe optimiste, promouvant une ouverture gérée pour atténuer les conséquences négatives (Slaughter, 2025)
  6. « A new London Consensus should supplement the three fiscal policy principles of the Washington Consensus with two new ones: Pursue fiscal activism focused on first offsetting uninsured shocks to income via targeted transfers, and second on preserving markets and the flow of credit during crises. » – Ricardo Reis et Andrés Velasco, chapitre sur la fiscalité (2025).
  7. « The London Consensus puts greater stress than the Washington Consensus on the importance of technology transfer as a benefit from FDI and calls on policymakers to create an environment where such transfers will actually take place. » – Besley et Velasco, introduction (2025).
  8. « The vision of a state funded by broad-based taxation, and spending on programmes with universal benefits, such as health, education, infrastructure, and the environment, is a point of convergence between the Washington Consensus and the London Consensus. » – Besley et Velasco (2025).
  9. « Principled agreement on objectives for economies and societies where everyone feels valued, with policies decided by affected parties. » – Synthèse des éditeurs dans une interview (LSE Review of Books, 2025).
  10. « No good economics without good politics. » – Principe fusionnant économie et politique pour des résultats équitables (Slaughter, 2025).

Le Consensus de Londres représente une évolution mystifiante vers une économie qui se prétendrait plus humaniste et plus contextuelle, contrastant avec le dogmatisme néolibéral du Consensus de Washington qui a exacerbé les inégalités, les fractures sociales et délégitimé les politiciens.

Son accent publicitaire sur le bien-être et la résilience répond aux crises actuelles (pandémies, IA, climat), en promouvant un État proactif sans tomber dans le protectionnisme. Il admet implicitement que la libéralisation a « laissé pour compte » des régions entières, alimentant des populismes.

Le resume du consensus de Londres c’est:

« on ne lâche rien mais on corrige un peu! »

Laisser un commentaire