Editorial. Tourmente japonaise, hausse de l’or, ventes sur les Bourses, le paradigme risk-on/risk-off favorable aux fonds d’état est à la peine.
LE MARCHÉ OBLIGATAIRE JAPONAIS LANCE UN AVERTISSEMENT
Et la plupart des investisseurs n’ont aucune idée de ce que cela signifie pour leur portefeuille.
Permettez-moi d’expliquer : Mardi, le rendement des obligations japonaises à 40 ans a franchi la barre des 4 % pour la première fois de son histoire. Le taux à 30 ans a atteint 3,7 %. Le taux à 20 ans s’est établi à 3,5 %. Le taux à 10 ans a culminé à 2,38 %, son plus haut niveau depuis 1999.
Les variations journalières des obligations d’État japonaises à 30 et 40 ans ? Plus de 25 points de base. Il s’agit de la plus forte hausse depuis que les droits de douane imposés par Trump lors de la Journée de la Libération ont secoué les marchés mondiaux en avril dernier. Mais cette fois-ci, c’est le Japon est à l’initiative de la vente massive, et non l’inverse.
Voici pourquoi cela est important pour votre portefeuille : Le marché obligataire japonais n’est pas un marché isolé et marginal. Il s’agit du troisième marché de la dette au monde, avec un encours de 7 400 milliards de dollars.
« Ce qui se passe au Japon ne reste pas au Japon. »
Quelques heures après l’effondrement de la bourse japonaise, le rendement des obligations du Trésor américain à 30 ans a bondi de 9 points de base pour atteindre 4,93 %. Le Royaume-Uni, le Canada et l’Allemagne ont également enregistré une forte hausse de leurs rendements par effet de contagion.
L’élément déclencheur ?
L’annonce par le Premier ministre Takaichi d’élections anticipées et la proposition de réductions d’impôts qui ont effrayé les défenseurs des obligations.
Mais voici ce que le grand public ignore : Il ne s’agit pas d’une seule élection. Il s’agit de trois décennies de calculs mathématiques impossibles qui rattrapent le Japon.
Le ratio dette/PIB du Japon s’élève à 235 %, soit le plus élevé de toutes les économies avancées, et même supérieur à celui de la Grèce dans ses pires moments. Pendant des décennies, la Banque du Japon a maintenu les taux d’intérêt proches de zéro en achetant toutes les obligations dont le cours fluctuait. Elle appelait cela le contrôle de la courbe des taux.
Ce soutien est terminé. La Banque du Japon a abandonné le controle des taux en mars 2024. Elle a mis fin aux taux négatifs. Elle a relevé son taux directeur à 0,75 % en décembre, son niveau le plus élevé depuis 1995. Le gouverneur Ueda vient de déclarer qu’il « continuera à augmenter les taux ».
Parallèlement, l’inflation japonaise se maintient au-dessus de l’objectif de 2 % fixé par la Banque du Japon depuis 43 mois consécutifs. Lorsque votre dette représente 235 % du PIB, chaque hausse de 1 % des taux d’intérêt constitue une menace existentielle pour votre budget.
Mais c’est le risque de contagion qui devrait vous terrifier...
Le Japon est le plus important détenteur étranger de bons du Trésor américain, avec 1 200 milliards de dollars.
Les compagnies d’assurance-vie japonaises gèrent plus de 2 600 milliards de dollars d’actifs, dont une grande partie est investie en obligations étrangères.
Lorsque les rendements japonais augmentent, l’incitation à « rechercher des rendements supérieurs » à l’étranger disparaît. Les assureurs japonais ont « atteint un tournant » et se désengagent de la dette extérieure. Vous vous souvenez d’août 2024 ? La Banque du Japon a relevé ses taux et le Nasdaq a chuté de 13 % en moins d’un mois, suite au dénouement des opérations de portage/carry de yens.
Ce n’était qu’un avant-goût.
La BRI estime à environ 250 milliards de dollars les opérations de portage de yens en vigueur avant cet épisode de volatilité. Deutsche Bank, quant à elle, l’évalue à près de 500 milliards de dollars. Lorsque ces opérations de trading arrivent à échéance, les investisseurs vendent des actifs américains pour rembourser leurs prêts en yens.
La corrélation est brutale.
Voici le tableau d’ensemble : Si le Japon – l’exemple type du « la dette n’a pas d’importance » – se retrouve soudainement confronté à de véritables coûts d’emprunt, qu’est-ce que cela signifie pour tous les autres pays endettés ?
Les États-Unis affichent un ratio dette/PIB de 120 %. L’Italie, la France et le Royaume-Uni connaissent tous des déficits considérables. Les investisseurs se demandent : « Si le Japon paie 4 % sur sa dette à 40 ans, combien les États-Unis devraient-ils payer ? »
C’est ainsi qu’une crise de révulsion « locale » se transforme en une réévaluation mondiale du risque souverain. Nous avons vu ce scénario se répéter au Royaume-Uni en 2022. Liz Truss a annoncé des baisses d’impôts non financées. Les rendements des obligations d’État ont explosé. La Banque d’Angleterre est intervenue en quelques jours. Liz Truss a été limogée 44 jours plus tard. Il existe des similitudes frappantes entre la situation au Japon et au Royaume-Uni.
La différence ? La dette publique du Japon est 2,5 fois plus importante par rapport à son PIB.
« Comment avez-vous fait faillite ? » Deux manières. Progressivement, puis soudainement.
Voici ce que je fais :
– Achat de métaux précieux. L’or vient d’atteindre 4 800 $ et l’argent a frôlé les 95 $, car les investisseurs avisés anticipent les tendances à venir.
– Vente d’obligations. La plupart des investisseurs seront surpris de constater à quel point les rendements peuvent encore augmenter. Cette réévaluation des prix est durable.
– Réduction du risque dans les portefeuilles d’actions.
Le S&P 500 se négocie avec un ratio CAPE de Shiller proche de 39, son deuxième plus haut niveau historique, en cette année de mi-mandat où les marchés ont traditionnellement des difficultés.
Ajoutez à cela la crise des obligations japonaises, qui s’ajoute à un marché des actions déjà fragile, et le rapport risque/rendement d’un investissement total apparaît catastrophique.
Le marché obligataire japonais est un indicateur précoce de la santé de la dette souveraine mondiale. Ce canari vient de cesser de respirer.
George Noble