DAVOS Un empire dérangé et une Europe soumise

Dans cette entrevue, Sachs et Diesen explorent plusieurs thèmes clés :

  • L’impérialisme américain débridé : Sachs décrit les États-Unis comme un empire en déclin, agissant de manière imprudente et illégale. Il cite des exemples récents comme les invasions en Irak, en Libye et en Syrie, le renversement de gouvernements (comme celui de Yanukovych en Ukraine en 2014), les bombardements en Iran en juin 2025, et les tentatives de changement de régime au Venezuela et à Cuba via des sanctions économiques. Il met en lumière la menace de Trump d’annexer le Groenland, qui a choqué l’Europe, et les sanctions contre l’Iran visant à effondrer son économie sans guerre ouverte (dévaluation de la monnaie, faillites bancaires, blocage des importations).
  • La complaisance et l’hypocrisie européenne : L’Europe est accusée d’avoir soutenu ou ignoré ces actions américaines pendant des décennies, tout en invoquant maintenant le droit international face aux menaces de Trump (comme des tariffs ou l’annexion du Groenland). Sachs référence une analogie de Kennedy : les Européens ont « chevauché le tigre » américain, mais risquent maintenant d’être dévorés. Il critique l’absence de diplomatie européenne avec la Russie et les États-Unis, et la russophobie auto-destructrice qui isole l’Europe.
  • Problèmes avec l’OTAN et l’histoire récente : Trump voit l’OTAN comme un ennemi ; le secrétaire général Rutte le flatte excessivement. Sachs rappelle les promesses non tenues : pas d’élargissement de l’OTAN après la réunification allemande (violée par les États-Unis et l’Allemagne), les accords de Minsk sabotés, et la destruction de Nord Stream. Il appelle à une neutralité pour l’Ukraine (comme l’Autriche pendant la Guerre froide) et à une diplomatie menée par l’Allemagne, la France et l’Italie.
  • Conclusions : L’empire américain en déclin crée de l’instabilité ; l’Europe risque la destruction économique et militaire si elle persiste comme ennemie de la Russie et de la Chine. Sachs est optimiste : des solutions existent via la diplomatie et la diversification, mais l’action est urgente.

Globalement, l’argumentation est cohérente et bien étayée pour un public critique de l’hégémonie américaine, mais elle gagne en force en étant confrontée à des perspectives alternatives (ex. néoconservatrices ou libérales-internationalistes).

Sachs nous offre une contribution percutante au débat géopolitique actuel, surtout dans un contexte où l’administration Trump 2.0 (depuis 2025) accentue les tensions transatlantiques.

Sachs, avec son pedigree académique, apporte une légitimité qui transcende les clivages partisans, et son appel à l’Europe pour qu’elle se libère de la tutelle américaine résonne particulièrement en France

Sur le plan éthique, la dénonciation de l’hypocrisie européenne est juste : comment condamner l’annexion du Groenland tout en ayant soutenu des interventions en Libye ou en Syrie ? Cela souligne un double standard qui érode la crédibilité de l’UE

Si l’on suit Sachs, l’Europe doit passer d’une posture réactive à proactive, sous peine de marginalisation dans un monde redessiné par les puissances émergentes. C’est un appel salutaire, mais qui nécessite une mise en œuvre politique concrète pour ne pas rester lettre morte.

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