Analyse du Vidéo : « Theodore Postol: The Secrets of Russia’s Oreshnik Missile »Bonjour Bruno Bertez (
Il s’agit d’une interview menée par Glenn Diesen, professeur et analyste géopolitique, avec Theodore (Ted) Postol, professeur émérite du MIT et ancien conseiller au Pentagone, spécialisé dans les armes nucléaires et les systèmes de livraison.
La vidéo, publiée le 19 janvier 2026, a déja accumulé environ 96 000 vues. Elle porte sur le missile russe Oreshnik, en se basant sur des analyses récentes d’attaques en Ukraine (notamment à Lviv le 8 janvier et à Dnipro le 21 novembre).
Postol, en collaboration avec son collègue Chris Kabusk, vise à démystifier les capacités de ce missile tout en soulignant ses forces et limites.
Résumé des Points Principaux
- Description Technique du Missile : L’Oreshnik est un missile à un seul étage, dérivé du premier étage du SS-20 (Pioneer). Il est conçu comme une arme conventionnelle utilisant l’énergie cinétique plutôt que des explosifs traditionnels. Il transporte 36 sous-munitions réparties en six « bus » (chacun contenant six munitions de 70-80 kg). Ces sous-munitions sont larguées à haute altitude et tombent en tumbling (rotation chaotique) due au frottement atmosphérique, atteignant une vitesse de Mach 2-3 à l’impact. Au contact du sol, l’énergie cinétique se convertit en énergie thermique, vaporisant les munitions et créant un effet d’explosion sans pénétration profonde. Les cratères résultants sont petits (2-4 mètres de diamètre), et les dommages s’étendent sur une zone en forme de « galette » (wafer-shaped), idéale contre des bâtiments ou des cibles regroupées avec une précision de ±10-30 mètres.
- Performances et Trajectoire : Le missile atteint une vitesse hypersonique de Mach 10 en atmosphère grâce à une trajectoire haute (lofted trajectory), ce qui maintient sa vitesse sur de longues distances. Les sous-munitions produisent des traînées visibles et des flashes, amplifiant l’impact psychologique. Postol insiste sur le fait qu’il n’est pas « quasi-nucléaire » : bien qu’il puisse théoriquement porter des ogives nucléaires, son usage actuel est purement conventionnel et comparable en destructivité à des missiles comme l’Iskander, mais plus efficace contre des cibles étalées.
- Défense et Interception : Selon Postol, l’Oreshnik est pratiquement impossible à intercepter en raison de sa vitesse, de l’altitude de largage des sous-munitions et de leur nombre élevé. Aucune défense actuelle (y compris les systèmes occidentaux) ne peut le contrer efficacement, ce qui en fait une arme « indéfendable ».
- Postol dénonce les exagérations médiatiques qui présentent l’Oreshnik comme une arme révolutionnaire ou proche du nucléaire. Il argue que cela pourrait mener à des réponses injustifiées, y compris nucléaires, et souligne les risques d’escalade dus à des malentendus. Il insiste sur son caractère conventionnel.
Le thème global est une analyse experte pour clarifier les réalités techniques, éviter les surinterprétations et alerter sur les implications politiques, particulièrement dans le contexte du conflit en Ukraine.
AnalyseTechniquement, l’approche de Postol est rigoureuse et ancrée dans la physique : l’énergie cinétique (E = 1/2 mv²) des sous-munitions, avec une masse de 70-80 kg et une vitesse de Mach 2-3 (environ 680-1020 m/s), génère une puissance destructrice équivalente à des explosifs conventionnels sans les inconvénients d’une charge explosive (comme la fragmentation imprévisible). Cela rend l’Oreshnik adapté à des frappes de précision contre des infrastructures urbaines ou militaires, comme observé dans les attaques mentionnées.
Cependant, ses limites sont claires : pas de pénétration pour des bunkers profonds, et une efficacité réduite contre des cibles durcies ou mobiles. Comparé à d’autres missiles hypersoniques (comme le Kinzhal russe ou le AGM-183A américain), l’Oreshnik se distingue par son déploiement de sous-munitions multiples, augmentant la probabilité de toucher des zones étendues, mais il n’est pas un « game-changer » absolu dans la guerre moderne, où les drones et les systèmes anti-aériens évoluent rapidement.
Sur le plan stratégique, cette arme renforce l’asymétrie russe en matière de missiles intermédiaires, surtout depuis l’abandon du traité INF en 2019. Elle illustre l’évolution de la guerre conventionnelle vers des systèmes hypersoniques, où la vitesse et la saturation rendent obsolètes les défenses actuelles comme le Patriot ou l’Iron Dome.
Postol, connu pour ses critiques des systèmes de défense antimissile américains (qu’il a qualifiés d’inefficaces dans les années 1990), apporte ici une perspective équilibrée tout en critiquant les narratifs occidentaux
.Commentaire L’Oreshnik est impressionnant, mais pas invincible ni équivalent à une arme de destruction massive. Son avertissement sur les risques d’escalade nucléaire est particulièrement pertinent en 2026, alors que le conflit en Ukraine persiste et que les tensions avec l’OTAN s’intensifient. Ignorer ces nuances pourrait mener à des erreurs fatales, comme une réponse disproportionnée basée sur de la désinformation.