Le Conseil de la paix de Trump façon oligarchie.

Le Conseil de la Paix (ou Board of Peace en anglais) est une nouvelle « organisation internationale » dont l’idée a été lancée par Trump le 22 janvier 2026, en marge du Forum économique mondial de Davos.
Trump a signé la charte fondatrice lors d’une cérémonie, en présence d’une vingtaine de dirigeants (les chiffres varient légèrement selon les sources : entre 19 et 35 pays ou adhérents initiaux). Il s’en est autoproclamé président (chairman) à vie, avec un pouvoir très centralisé pour nommer les membres du conseil exécutif (incluant des proches comme Marco Rubio au poste de secrétaire d’État).
C’est de la mega mégalomanie:
La charte signée par Trump à Davos lui confère :
un droit de veto exclusif à vie ;
l’autorité sur les « zones affectées ou menacées par un conflit » dans le monde entier ;
une cotisation d’un milliard de dollars par pays ;
et le pouvoir de nommer son propre successeur.
Ses propos sur scène : « Une fois ce conseil pleinement constitué, nous pourrons faire à peu près tout ce que nous voulons. »
Objectifs déclarés
- Promouvoir la résolution de conflits mondiaux, la stabilité et la paix durable.
- Initialement conçu pour superviser la reconstruction de Gaza (après un cessez-le-feu négocié), démilitariser la zone, coordonner l’aide et la gouvernance transitoire (en lien avec la résolution ONU 2803 de novembre 2025).
- Trump l’a ensuite élargi à d’autres conflits (il évoque souvent avoir « éteint 8 guerres » et l’a présenté comme un outil pour mettre fin à la guerre en Ukraine, en coordination avec l’ONU).
- Il travaille « en coordination » avec les Nations unies, mais c’est en fait une tentative de contourner ou concurrencer l’ONU considérée comme trop democratique..
Fonctionnement et conditions
- Ticket d’entrée : 1 milliard de dollars pour un siège permanent (sans réélection périodique), ce qui a valu des critiques sur son caractère « payant » et oligarchique.
- Structure : Trump préside, avec un conseil exécutif restreint et des membres fondateurs.
- Il n’a pas de base légale onusienne autonome au-delà des références à Gaza ; c’est une initiative unilatérale américaine.
Adhésions et refus
- Une soixantaine de pays ont été invités, mais peu de grandes puissances ont rejoint.
- Parmi les adhérents : Israël, Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Bahreïn, Jordanie, Qatar, Égypte, Turquie, Hongrie, Maroc, Pakistan, Indonésie, Kosovo, Ouzbékistan, Kazakhstan, Paraguay, Vietnam, Arménie, Azerbaïdjan, Biélorussie (et d’autres pays plus petits ou alliés US).
- Refus clairs : France, Royaume-Uni, la plupart des pays de l’UE (qui émettent de « sérieux doutes »), Canada (Trump a même retiré l’invitation au Premier ministre Mark Carney via Truth Social).
- Russie : Poutine a dit étudier l’invitation, proposant ironiquement d’utiliser des actifs russes gelés pour payer le milliard, mais rien de confirmé.
- Absence notable de la Chine et d’autres puissances.
Réactions
- Critiques : Vu comme un outil de domination américaine, non démocratique, un « caprice » ou une blague (moqueries d’Elon Musk inclus). L’UE et beaucoup d’observateurs doutent de sa légitimité et craignent un déséquilibre mondial.
- Soutiens : Principalement des alliés régionaux au Moyen-Orient et quelques pays d’Europe de l’Est ou d’Asie centrale.
- En lien avec l’actualité immédiate : Trump l’a utilisé pour pousser des négociations sur l’Ukraine (rencontre avec Zelensky à Davos, discussions trilatérales prévues aux Émirats, garanties de sécurité annoncées par Zelensky).
C’est une initiative controversée
Analyse de Scott Ritter
Vladimir Poutine a proposé de payer le milliard de dollars nécessaire pour entrer au Conseil de la paix de Trump. Mais il y a un hic.
Nombreux sont ceux, moi y compris, qui ont été surpris lorsque le président russe Vladimir Poutine a annoncé qu’il était prêt à donner un milliard de dollars provenant d’avoirs russes gelés aux États-Unis pour aider à financer le nouveau projet phare de Donald Trump, un « Conseil de la paix » dont la mission est officiellement de superviser la reconstruction de Gaza.
Après tout, la Russie a été à l’avant-garde de la promotion du concept d’un ordre mondial fondé sur le droit et reposant sur les principes de la Charte des Nations Unies.
Le Conseil de la paix de Trump représente l’antithèse de cet objectif, conçu littéralement non pas comme une alternative aux Nations Unies, mais bien comme leur remplacement.
Alors pourquoi la Russie voudrait-elle adhérer à quelque chose qui va à l’encontre de ses valeurs fondamentales ?
La réponse est que cela donne à la Russie une place à la table des négociations.
Et la réalité du monde actuel est que, pour les trois prochaines années, ce sont les États-Unis et, plus précisément, Donald Trump qui tirent les ficelles.
Et outre la mise en place des tables, Trump est chargé d’élaborer le menu.
En adhérant au Conseil de la paix de Trump, la Russie crée les conditions nécessaires pour que l’on puisse déguster un bol de pelmenis sibériens avec son cheeseburger américain et ses frites « liberté ».
Mais il ne s’agit pas de Gaza.
La Russie et son président adoptent une approche encore plus stratégique. Le Conseil pour la paix de Trump devrait être en mesure de contribuer à la reconstruction de l’Ukraine une fois les conditions de la fin du conflit convenues et mises en œuvre.
Et le président Poutine a apparemment approuvé l’idée que les avoirs russes gelés servent en partie à financer la reconstruction de l’Ukraine.
Mais ce soutien à la relance économique de l’Ukraine ne se fera pas de manière isolée.
Par sa campagne continue visant l’infrastructure énergétique ukrainienne, la Russie est en train de détruire la viabilité politique de l’actuelle direction politique ukrainienne, de Zelensky jusqu’aux échelons inférieurs.
Cette initiative s’inscrit pleinement dans la campagne en cours visant à dénoncer la corruption au sein de l’establishment politique ukrainien.
Le peuple ukrainien est conditionné pour qu’il accepte une nouvelle direction qui accédera au pouvoir à la suite de nouvelles élections.
Des élections qui seront axées sur la question de la reconstruction de l’Ukraine et du retour à la normale dans la vie ukrainienne.
Poutine positionne la Russie de manière à la fois à financer et à contrôler la reconstruction de l’Ukraine d’après-guerre, et par là même les principaux leviers d’influence sur l’avenir politique du pays.
Nombreux sont ceux en Russie, y compris parmi ceux qui entretiennent des liens étroits avec le Kremlin, qui pensent que l’avenir de l’Ukraine post-conflit sera celui d’une « troisième sœur » de l’État de l’Union, qui comprend actuellement la Russie et le Bélarus, et non celui de l’UE.
La Russie a investi des ressources considérables dans la constitution, en Russie même, d’un gouvernement en attente comprenant notamment l’ancien président ukrainien Viktor Ianoukovitch et l’ancien Premier ministre Mykola Azarov.
En exploitant les leviers économiques d’influence sur une population avide de changement, la Russie devrait être en mesure d’exercer un contrôle sur l’avenir politique et l’orientation de l’Ukraine post-conflit.
La démilitarisation et la dénazification sont deux aspects essentiels des exigences de la Russie pour résoudre les causes profondes du conflit avec l’Ukraine.
Le Conseil de la paix de Trump pourrait offrir à la Russie un moyen de contrôle et d’influence qu’elle n’aurait pas autrement si Poutine renonçait à payer le milliard de dollars d’entrée.
Du point de vue russe, ce paiement représente une adhésion à un processus de résolution du conflit auquel la Russie n’aurait peut-être pas participé autrement.
Si ce stratagème échoue, la Russie aura perdu un milliard de dollars de fonds qu’elle ne contrôle plus.
Si elle réussit, la Russie sera en position de force pour l’avenir en Ukraine.
Et de toute façon, les chances que le Conseil de la paix de Trump reste viable une fois qu’il aura quitté ses fonctions dans trois ans sont quasi nulles : il s’agit du projet fétiche d’un homme qui gouverne par le culte de la personnalité.
Une fois le phénomène Trump terminé, la Russie pourra se remettre à promouvoir l’ordre international fondé sur le droit et ancré dans la Charte des Nations Unies, cette fois-ci en toute sécurité dans une nouvelle réalité où la guerre avec l’Ukraine est terminée et où la Russie contrôle l’avenir de l’Ukraine.