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La France appelle l’Union européenne à privilégier exclusivement des composants européens dans la défense et le spatial afin de renforcer son autonomie stratégique face aux incertitudes géopolitiques.
L ‘Union européenne doit cesser de s’approvisionner en composants de défense non européens si elle veut renforcer sa crédibilité stratégique, a estimé mardi Philippe Baptiste, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Espace, plaidant pour l’instauration d’un « Buy European Act » dans un contexte de dépendance persistante aux technologies américaines.
L’UE repose encore largement sur des missiles, des avions de combat et des équipements de haute technologie fabriqués aux Etats-Unis. Dans le domaine spatial, elle a notamment eu recours aux services de SpaceX, l’entreprise d’Elon Musk, pour le lancement de satellites critiques comme ceux du système Galileo, pilier de la géolocalisation européenne indépendante du GPS américain.
« Le monde a profondément changé et notre principal allié est devenu hautement imprévisible », a affirmé Philippe Baptiste, lors de la 18e conférence spatiale européenne à Bruxelles, en référence aux revirements de la politique étrangère américaine, renforçant les appels à une plus grande autonomie stratégique à l’échelle européenne.
Le ministre a insisté sur la nécessité pour l’Europe de disposer d’un accès autonome à l’espace : Nous devons concevoir des constellations européennes, ce qui signifie qu’il ne doit pas exister d’interrupteur de coupure américain ».
Des constellations européennes « ITAR-free »
« Pour être crédibles, la première étape consiste à mettre en place une sorte de ‘Buy European Act’. Arrêtons d’acheter des composants disponibles sur étagère qui ne sont pas européens », a-t-il poursuivi, évoquant notamment la guerre en Ukraine, où la décision d’Elon Musk de restreindre l’accès au service Starlink a perturbé une contre-offensive de Kyiv.
Philippe Baptiste a également appelé à développer des constellations « ITAR-free », faisant référence aux règles américaines strictes sur le commerce international des armes (ITAR) qui encadrent l’exportation de composants sensibles. « Je suis d’accord avec l’Allemagne. C’est très urgent et nous ne pouvons pas attendre dix ans », a-t-il souligné.
Alors que l’Europe accuse un retard dans les satellites en orbite basse (LEO), essentiels aux usages militaires en temps réel, le ministre a plaidé pour une approche coordonnée à l’échelle de l’UE, jugeant inefficace que chaque pays développe son propre système.
Dans un contexte de militarisation croissante de l’espace par la Chine, la Russie et les Etats-Unis, cette prise de conscience favorise une consolidation du secteur : Airbus, Thales et Leonardo ont annoncé l’an dernier un projet de fusion de 7 milliards de dollars pour rivaliser avec SpaceX et Starlink, tandis que Rheinmetall et OHB envisagent une offre conjointe pour équiper les forces armées allemandes.
Philippe Baptiste, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Espace et PDG du CNES, avec un rôle influent dans la politique spatiale française, lors de la 18e conférence spatiale européenne à Bruxelles plaide pour une autonomisation stratégique de l’Union européenne (UE) en matière de défense et de spatial.
Il insiste sur l’adoption d’un « Buy European Act » pour privilégier exclusivement les composants et technologies européens. Cela s’inscrit dans un contexte de tensions géopolitiques, avec des références à l’imprévisibilité des États-Unis, à la dépendance aux technologies américaines comme celles de SpaceX, et à des événements comme la restriction de Starlink en Ukraine par Elon Musk.
Le discours met l’accent sur l’urgence de développer des constellations satellitaires « ITAR-free » (exemptes des restrictions américaines sur les exportations d’armes) et une coordination européenne pour éviter les duplications nationales inefficaces.
Ce plaidoyer reflète une prise de conscience croissante en Europe d’une « militarisation de l’espace » par des puissances comme les États-Unis, la Chine et la Russie, et il s’aligne sur des initiatives récentes comme la fusion d’Airbus, Thales et Leonardo pour concurrencer SpaceX.
Globalement, c’est un appel à la souveraineté technologique, motivé par des leçons tirées de crises récentes, mais qui soulève des questions sur sa mise en œuvre pratique.
Baptiste met en avant l' »imprévisibilité » des États-Unis, en référence implicite à des revirements politiques comme ceux sous l’administration Trump ou des décisions unilatérales d’entreprises privées américaines.
Par exemple, l’épisode de Starlink en Ukraine illustre comment une dépendance à des technologies étrangères peut compromettre des opérations militaires : Musk a limité l’accès au service lors d’une contre-offensive ukrainienne.
Cela s’étend au spatial, où l’UE a utilisé SpaceX pour lancer des satellites Galileo, pourtant conçus pour offrir une alternative indépendante au GPS américain.
L’analyse ici est que l’Europe, malgré son alliance atlantique, doit anticiper des scénarios où les intérêts US divergent, surtout dans un monde multipolaire où la Chine et la Russie avancent rapidement en orbite basse (LEO) pour des applications militaires en temps réel.
Sur le plan stratégique, cela renforce l’idée d’une « autonomie stratégique européenne », un concept promu depuis 2016 mais accéléré par la guerre en Ukraine et les tensions transatlantiques. Baptiste s’aligne avec l’Allemagne sur l’urgence, notant qu’attendre « dix ans » n’est pas viable.
Des posts sur X soulignent d’ailleurs un débat plus large sur une « armée européenne », avec des propositions pour transférer le commandement spatial à l’UE, ce qui pourrait diluer les compétences nationales au profit d’une intégration supranationale.
Économiquement, un « Buy European Act » viserait à canaliser les budgets de défense et spatial vers des entreprises locales comme Airbus, Thales, Leonardo ou Rheinmetall, favorisant une consolidation du secteur.
Des annonces récentes, comme la fusion de 7 milliards de dollars entre ces géants pour rivaliser avec Starlink, montrent une dynamique positive.
Baptiste argue que tous les fonds alloués à la défense et au spatial dans le prochain budget septennal de l’UE devraient aller à des produits européens, une « préférence 100% européenne ».
Cependant, l’Europe accuse un retard en LEO, où les constellations comme Starlink dominent. Une approche coordonnée à l’échelle UE éviterait que chaque pays développe son propre système, ce qui est jugé « inefficace ». Des exemples mettent en lumière des faiblesses : malgré des augmentations modestes des dépenses de défense, l’Europe manque d’investissement dans des capacités clés, avec des productions comme TAURUS ou Storm Shadow arrêtées par manque de commandes.
Le « ReArm Europe Plan » de 800 milliards d’euros vise à booster cela, en profitant à des firmes comme BAE Systems, Rheinmetall ou Saab.
Techniquement, l’insistance sur des constellations « ITAR-free » vise à contourner les règles US qui restreignent l’export et l’utilisation de composants sensibles, souvent imposées même à des alliés. Cela permettrait une souveraineté pleine, sans risque de blocage. Baptiste réitère cela : des lanceurs et constellations sans ITAR ni dispositifs de coupure à distance, avec un pilotage par la Commission européenne et une accélération d’IRIS² d’ici 2030.
Une conférence internationale à Paris en juillet 2026 est prévue pour aborder science, exploration, régulation et défense.
Pertinence et urgence : L’appel est bien fondé dans un contexte de militarisation spatiale globale. Ignorer la dépendance US pourrait exposer l’Europe à des vulnérabilités, comme vu en Ukraine. Promouvoir une coordination UE est logique pour optimiser les ressources limitées et éviter les gaspillages nationaux.
Soutien à l’industrie : Cela pourrait revitaliser le secteur européen, déjà fort avec des acteurs comme Airbus, et favoriser des exportations. L’UE pourrait structurer cela comme Airbus, avec des eurobonds et un consortium partagé.
Vision stratégique : S’aligner avec l’Allemagne accélère les décisions, et l’idée d’un « accès autonome à l’espace » est cruciale pour la crédibilité militaire de l’UE.
Faisabilité pratique: L’Europe a du mal à se coordonner: des rivalités nationales persistent (France vs. Allemagne sur les priorités), et des retards comme IRIS² montrent une lenteur bureaucratique. Un « Buy European Act » pourrait augmenter les coûts, car les technologies US sont souvent plus matures et moins chères (ex. : JASSM vs. alternatives européennes).
Critiquer cela comme un protectionnisme déguisé ignore que sans commandes massives, les productions européennes s’arrêtent.
Hypocrisie potentielle : L’UE critique la dépendance US mais a elle-même recours à SpaceX pour Galileo. De plus, transférer le spatial à l’UE risque de diluer la souveraineté nationale, comme le dénonce Florian Philippot dans un post, plaidant pour un « Frexit » pour préserver l’armée française. .
Risques économiques : Forcer des achats européens sans concurrence pourrait freiner l’innovation et gonfler les budgets. L’Europe accuse déjà un retard en LEO ; attendre une consolidation pourrait la laisser distancée par la Chine ou les US. Enfin, en 2026, avec des tensions budgétaires post-pandémie et Ukraine, lever 800 milliards pour « ReArm Europe » semble ambitieux, potentiellement au détriment d’autres priorités sociales.
Bien que louable, cet appel masque le fait que l’Europe dépend encore des US pour sa sécurité via l’OTAN. Un vrai découplage pourrait affaiblir l’Alliance atlantique, profitant à des adversaires , sans que l’UE ait les moyens militaires pour compenser rapidement.
En conclusion, ce discours est un pas vers une Europe plus autonome, mais il nécessiterait pour passer de la rhétorique à la réalité et etre concrétisé une volonté politique unie et des investissements massifs.