La notion de « souveraineté simulée »; ce n’est pas de la souveraineté. C’est l’exercice de la souveraineté tout en acceptant la subordination

L’Europe choisit la souveraineté, et elle l’exerce immédiatement en choisissant la subordination aux Etats Unis!

NEL

Le Conseil atlantique ( interprétant le « cadre » Trump-Rutte) :

« Le plus dur pour les négociateurs sera de parvenir à un accord qui réponde aux préoccupations légitimes de Trump en matière de sécurité tout en respectant la souveraineté des alliés de l’OTAN… Parmi les solutions créatives figurent : une « zone de souveraineté » britannique à Chypre, une souveraineté partagée sur Andorre et un bail perpétuel américain à Guantanamo. »

En définitive, chaque membre de l’OTAN se voit attribuer un rôle territorial et fonctionnel. 

Cette année, le Forum économique mondial s’est principalement concentré sur les pays proches de l’Arctique.

Le Canada fait donc partie du flanc arctique.

Comme nous le savons, l’Allemagne constitue un corridor logistique et pourrait servir de base industrielle au réarmement de l’UE.

La Pologne et les pays baltes font partie du flanc oriental, avec des forces terrestres déployées en avant.

Les autres pays nordiques participent à la surveillance de l’Arctique et de la Baltique.

Le Groenland fait (implicitement) partie des « zones de souveraineté » américaines en raison de ses ressources minérales critiques, de ses installations radar et de sa proximité géographique avec la Russie.

En fin de compte, tous les discours sur la souveraineté, voire les apparentes altercations verbales entre les élites politiques américaines et alliées, masquent une intégration bien plus profonde, tout en expliquant que cette intégration s’accompagne de brutalité et de recours à la force.

L’exemple du Groenland est révélateur.

Alors que tous les dirigeants (à l’exception de Trump) affirment publiquement « nous soutenons la souveraineté du Danemark », en réalité, Trump et Rutte, de l’OTAN, annoncent un cadre pour un futur accord, tandis que l’Atlantic Council (en tant qu’entité de mise en réseau transatlantique) discute de solutions alternatives.

Il en va de même pour l’UE elle-même et le discours autour de l’autodéfense . L’intégration à l’OTAN se renforce.

C’est ce que j’appelle une forme de souveraineté simulée, où les dirigeants font semblant de résister auprès de leur opinion publique par le biais de discours et de gels parlementaires temporaires des accords commerciaux, tout en acceptant la réalité matérielle de leur subordination:

-commandement intégré de l’OTAN,

-infrastructures critiques contrôlées par les États-Unis,

-architecture financière dollar/euro.

Même l’expression « puissances moyennes agissant de concert » revient à agir dans le cadre de cette même architecture du G7, de l’OTAN, du dollar et de l’euro.

OTAN et Groenland : La fissure où la structure apparaît

Le paragraphe sur l’OTAN dans le discours de Carney est particulièrement révélateur, et son hypocrisie est incroyable, bien que prévisible.

D’une part :

« Notre engagement envers l’article 5 de l’OTAN est inébranlable… nous travaillons… à sécuriser les flancs nord et ouest de l’alliance… des troupes au sol, des troupes sur la glace. »

Et au Groenland :

« Nous soutenons fermement le Groenland et le Danemark, et appuyons pleinement leur droit unique de déterminer l’avenir du Groenland… Le Canada s’oppose fermement aux tarifs douaniers imposés sur le Groenland et appelle à des négociations ciblées pour atteindre nos objectifs communs de sécurité et de prospérité dans l’Arctique. »

Que signifient ces deux paragraphes ?

Si l’on se penche sur la crise du Groenland qui s’est déroulée autour de Davos, on retrouve précisément le schéma que j’ai décrit ailleurs : Carney ne remet jamais en question le postulat selon lequel l’avenir du Groenland relève de l’ alliance , défini par des « objectifs communs » de sécurité arctique , et donc non par l’autodétermination dano-groenlandaise. « Soutenir le Groenland et le Danemark » est une rhétorique totalement gratuite.

La clause essentielle est : « des discussions ciblées pour atteindre nos objectifs communs dans l’Arctique ». Ces « objectifs communs » ont déjà été formulés à Washington, au siège de l’OTAN et au Pentagone : sécuriser les ressources minérales critiques, les voies maritimes et les bases sous commandement américain.

Voilà un exemple flagrant de souveraineté simulée, s’il en fallait un.

Tandis que l’allégeance publique à l’intégrité territoriale, au droit international et au droit des petites nations à choisir leur avenir est affichée, dans les faits, sur le plan matériel, les paramètres de cet avenir sont fixés par les planificateurs de l’alliance et, surtout, par les impératifs stratégiques des États-Unis.

Carney nomme même explicitement la pathologie :

« Ce n’est pas de la souveraineté. C’est l’exercice de la souveraineté tout en acceptant la subordination. »

Et puis, il exerce immédiatement sa souveraineté tout en acceptant la subordination.

Voilà un exemple particulièrement frappant de la mainmise des élites : elles sont capables de décrire le problème en termes abstraits, mais structurellement incapables d’agir en dehors de celui-ci, car elles sont profondément intégrées aux structures transatlantiques, tant au niveau des réseaux sociaux et professionnels qu’au niveau matériel et militaire de l’architecture centrale américano-otanienne.

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