La répétition de la future révulsion financière, l’exemple du Japon

Editorial. On est toujours puni par ou l’on pèche: les fonds d’état!

L’explosion récente des rendements des obligations d’État à très long terme (JGB 40 ans) illustre parfaitement les analyses et la thèse de l’éditorial remis en lien ci dessus: « on est toujours puni par ou l’on pèche ».

Les banques centrales ont repoussé les crises et permis l’accumulation des dettes en contrôlant les taux d’intérêt et en gonflant leurs bilans. Maintenant le précurseur de cette politique, le Japon, perd , comme je l’ai toujours soutenu, le contrôle de ces taux. Le couvercle a sauté.

Après des décennies de répression financière extrême par la Banque du Japon (BoJ), le marché obligataire commence à reprendre ses droits de façon violente.

L’évolution récente des rendements JGB 40 ans est un signal très fort

  • En 2019 → rendement proche de 0 % (parfois même négatif sur certaines maturités ultra-longues).
  • De 2019 à fin 2024/début 2025 → hausse progressive mais contenue (souvent grâce aux achats massifs de la BoJ et au contrôle de la courbe des taux – YCC).
  • Depuis mi-2025, et surtout octobre 2025 → janvier 2026 → accélération brutale.

A fin janvier 2026 :

  • Le rendement à 40 ans a dépassé 4,24 % mi-janvier 2026 (record historique pour cette maturité introduite en 2007).
  • Il oscille ensuite autour de 3,9 % – 4,2 % (3,91 % le 26 janvier 2026 selon Trading Economics).
  • Une grande partie de la hausse totale (de 0 % à 4 %) s’est concentrée sur les tout derniers mois (environ 80–100 points de base rien qu’entre octobre 2025 et janvier 2026 pour les super-longs), ce qui prouve la perte de controle.

C’est exactement ce que je décris, les crises sont des processus longs et lents qui évoluent : « graduellement, puis soudainement ».


Le contrôle central a perdu de son efficacité

Pourquoi cette accélération en 2025-2026 ?

Plusieurs déclencheurs se sont combinés :

Changement politique majeur: arrivée au pouvoir de Sanae Takaichi (octobre 2025) La politique dite « Sanaenomics » = stimulus fiscal important (¥21,3 trillions), proposition de suspension temporaire de la taxe sur les aliments (8 %), est perçue comme non financée alors que le ratio de dette/PIB est déjà superieur à 260 %. Ceci produit une panique .

Ventes massives de fonds d’état lors d’enchères catastrophiques (notamment sur le 20 ans fin 2025 / début 2026).

La BoJ est obligée de normaliser : fin progressive du controle de la courbe des taux , réduction des achats nets de JGB, hausse du taux directeur (0,75 % fin 2025) . Avec moins de soutien artificiel le marché teste l’équilibre offre/demande.

Contexte global qui fait qu’il n’y a plus de bonne option: l’inflation persistante et le yen faible empèchent la BoJ d’être ultra-accommodante. Il y a un risque d’ une spirale chute du yen/inflation/hyperinflation.

L’offre excédentaire de JGB (émissions massives pour financer déficits + roll-over) rencontre une demande privée réticente , les rendements explosent pour attirer les acheteurs.

Le bilan de la BoJ est un monstre

  • 1990 → 150 milliards USD (4,7 % du PIB)
  • 2024 → 4 763 milliards USD (118,5 % du PIB)

Il a été multiplié par 30 en valeur nominale, alors que le PIB nominal n’a crû que de 1,3X.

Le différentiel d’impression monétaire est de l’ordre de 20–25X la croissance économique sur 34 ans. C’est l’une des expériences de QE les plus extrêmes de l’histoire moderne.

Les conséquences:

Pertes massives pour les assureurs-vie et banques japonaises qui détiennent des JGB super-longs.(1)

Hausse du coût de refinancement de la dette publique japonaise .

Yen volatile (carry trade et levier mondial en danger quand les rendements montent).

Contagion possible sur les Treasuries US / Bunds et les Péripheriques européens (le japon comme pourvoyeur de fonds à taux bas mondiaux disparaît).

A court/moyen terme le mouvement est encore gérable:

Takaichi peut modérer ses promesses fiscales post-élection.

Intervention pour faire remonter le yen avec l’aide de la Fed americaine ce qui retire de la pression sur les rendements.

Possibilité de vente de Treasuries américains pour réduire la taille du bilan de la BoJ.

Choc sur le système bancaire et les assurances escamoté par les comptabilités fausses et interventions d’urgence.

Tentative de retour forcé à la répression financière , on essaie de refaire un tour de manège ce qui rend le cercle encore plus vicieux. cercle vicieux.

Le Japon a déjà survécu à des chocs violents sur le yen et les taux il peut encore retarder les échéances.

Les vraies questions ne seront pas posées : le pays acceptera-t-il une austérité budgétaire minimale et une normalisation durable des taux, ou bien va-t-il choisir la voie de la monétisation massive et d’un yen très faible ?

Ni l’un ni l’autre. Entre les deux.

Note (1)

Les pertes latentes dissimulées dans le secteur bancaire et financier ne deviennent visibles que lorsqu’une banque est contrainte de lever des fonds.

Généralement, cela ne commence pas par l’émission d’obligations, mais par la contraction des passifs.

Si les dépôts se retirent, si le financement interbancaire se resserre ou si les emprunteurs utilisent leurs lignes de crédit en période de tensions, la banque a soudainement besoin de liquidités.

À ce stade, elle se trouve face à un dilemme : vendre des titres à perte ou les nantir à des valeurs de marché dépréciées.

Dans les deux cas, la valeur de marché cesse d’être théorique.

Une fois que les actifs sortent du bilan à leur prix actuel, les pertes deviennnent visibles, les fonds propres sont affectés, la confiance s’évanouit et le problème peut se propager en cascade à mesure que les contreparties et les déposants réagissent à cette nouvelle information.

C’est ainsi qu’un problème de non solvabilité masqué se transforme en un problème de solvabilité public et de confiance.

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