Question troublante sur « ICE »

Strategika 51 Intelligence

Avertissement : Ce billet analyse les déploiements de sécurité observés et leurs implications doctrinales. Toutes les informations exploitées sont basées sur des renseignements provenant de sources ouvertes (OSINT) et analysées à travers le prisme de la doctrine américaine en matière de sécurité et de précédents historiques. Strategika 51 Intelligence ne saurait en aucun cas et sous aucun prétexte tenu de participer à une quelconque opération de guerre hybride ciblant un ou un groupe d’États ou de corporations. Cet espace est une expertise de contre-guerre hybride d’utilité publique.

informations vérifiées et des images diffusées sur Internet au cours des dernières 72 heures confirment une évolution significative et sans précédent dans la posture sécuritaire des personnalités américaines de haut rang voyageant à l’étranger. Lors d’une visite officielle d’une délégation ministérielle à Rome, une équipe de protection dédiée a été identifiée, qui n’appartenait ni au Service de sécurité diplomatique (DSS), ni aux Services secrets américains (USSS), ni même à la police militaire traditionnelle, mais à l’Agence américaine de contrôle de l’immigration et des douanes (ICE). C’est inédit et presque surréaliste.
Il ne s’agit pas d’un rôle de soutien logistique ou consultatif, ce qui serait déjà remarquable en soi. Les témoignages et les protocoles observés indiquent une fonction de protection rapprochée, le personnel de l’ICE formant un cordon de sécurité interne autour des personnalités présentes sur les lieux, en liaison directe avec les Carabinieri et la Polizia di Stato italiens. Il s’agit d’une première dans la doctrine moderne des États-Unis en matière de sécurité pour les déplacements officiels de cette nature.
Le personnel de cette force de protection rapprochée serait issu des services d’investigation de l’ICE chargés de la sécurité intérieure (HSI) et, plus précisément, de ses équipes d’intervention spécialisées (SRT). Ces équipes sont paramilitaires en termes de formation et d’équipement, et opèrent sous l’autorité d’un article de loi qui leur confère de larges pouvoirs en matière d’application de la loi, y compris en dehors du territoire américain dans certains contextes d’enquête. Cependant, leur mission officielle est l’enquête et l’application tactique de la loi, et non la protection des personnalités.
D’un point de vue technique, la protection des hauts responsables à l’étranger qui ne sont pas membres de l’exécutif US relève du DSS (Département d’État). Pour ceux qui bénéficient de la protection de l’USSS ou Secret Service (comme certains membres du Cabinet), c’est cette agence qui est en charge. Le recours à l’ICE dans ce cadre brouille les limites juridictionnelles et introduit une force nationale chargée de l’immigration et des douanes dans le domaine de la sécurité des dignitaires internationaux. On est face à un exotisme en la matière et on suspecte désormais que l’ICE s’est transformé d’une agence fédérale secondaire et au rôle souvent relégué en quatrième ou cinquième position en échelon de protection ou en garde prétorienne restreinte.
Ce déploiement en Italie n’est pas une anomalie isolée, mais la manifestation la plus visible d’une trajectoire qui dure depuis des années. Depuis l’administration Trump, l’ICE, et en particulier ses SRT, ont subi une transformation discrète mais profonde lourdement influencé par le recours aux sociétés militaires privées et en particulier les avatars de l’ex-Blackwater.

C’est un secret de polichinelle dans les milieux contractuels et sous-traitance dans le domaine que les SRT de l’ICE ont recruté de manière agressive dans le même vivier que les sociétés militaires privées (PMC) : d’anciens opérateurs des forces spéciales de niveau 1 et 2. Cela a créé une unité culturellement distincte et très dynamique au sein d’une agence civile, fidèle à sa chaîne de commandement interne et isolée de la supervision militaire traditionnelle.
L’analogie historique est frappante. Tout comme les empereurs romains ont créé la garde prétorienne, une force distincte des légions, basée à Rome et vouant une loyauté absolue au souverain, l’ICE est en train de devenir une puissante force nationale US dont les missions ne cessent de s’étendre.

Son incursion dans la protection rapprochée internationale des dirigeants du régime renforce ce rôle. Il s’agit d’une force conçue pour rendre compte directement à l’exécutif, contournant les contrôles traditionnels et les normes institutionnelles des services secrets ou de la sécurité diplomatique.
Cela crée une confusion au niveau du commandement et du contrôle. Qui est responsable ? L’agent responsable du DSS ou le chef d’équipe de l’ICE ?

Cela traduit une méfiance interne des États-Unis à l’égard de leurs propres agences de protection traditionnelles ou un désir de disposer d’une force dont le profil de loyauté est différent de celui des autres. En d’autres termes, l’administration Trump a amorcé un processus inédit de création d’une force paramilitaire propre par méfiance à l’égard des autres forces et unités conventionnelles.

Même si cela semble exagéré au moment où nous tentons de cerner ce processus, il n’est pas rappeler le rôle et les missions attribués au SA (Sturmabteilung) crées en Allemagne en 1921.
Dans tous les cas, cela marque les débuts opérationnels d’un appareil sécuritaire aligné politiquement dans un rôle protecteur pour lequel il n’a jamais été conçu, créant un dangereux précédent pour la militarisation du pouvoir exécutif et l’effacement des frontières entre les forces de l’ordre, les capacités mercenaires et la protection personnelle.

Des analystes nous ont souligné que des vagissements d’une initiative similaire ou s’en rapprochant a été tentée en France avec ce qu’est devenu l’affaire Benalla (où il s’appropriait, en personne, le rôle de tabasser des manifestants dans la rue au milieu de responsables de forces de l’ordre tétanisés et court-circuités dans leur prérogatives et règles d’engagement.

Et cette affaire était d’autant plus étrange que Benalla bénéficiait d’une proximité totale avec le président, d’où le questionnement par certains intellectuels français du type réel du régime voulu par Macron.

Cette propension à disposer de gardes prétoriennes déguisées semble confirmer une nouvelle tendance dont on verra la nature de la courbe dans les années à venir. Dans le cas d’une courbe ascendante, ce sera clairement l’un des signes les plus probant d’un déclin d’une chute au milieu du tumulte et du chaos où seule la force prime.

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