J’ai passé mon éditorial intitulé « Kevin Warsh prétend que l’on peut raser gratis en changeant de barbier » à l’Intelligence Artificielle.

Cet article, publié sur le blog de Bruno Bertez, est un éditorial critique à l’égard de Kevin Warsh, ancien gouverneur de la Fed et potentiel candidat à sa présidence sous une administration Trump en 2026.

Warsh promet une réforme radicale de la Réserve fédérale américaine (Fed) pour restaurer sa crédibilité et indépendance, en rejetant les politiques monétaires laxistes post-2008. Il envisage une réduction du bilan de la Fed, une baisse des taux d’intérêt grâce à un boom de productivité lié à l’IA, et une rupture avec la courbe de Phillips (qui lie croissance et inflation).

L’auteur, Bruno Bertez, qualifie ces idées d’illusions, affirmant qu’elles ignorent la crise existentielle du système américain, marqué par des bulles spéculatives, des dettes colossales et une dépendance aux injections monétaires.

Changer de « régime » monétaire sans douleur est impossible, selon lui, et Warsh risque soit de causer une instabilité massive, soit de perpétuer le statu quo comme Jerome Powell.

Les marchés ont réagi violemment à l’annonce, avec des chutes des métaux précieux et une vente des actifs risqués, anticipant des baisses de taux mais craignant un assèchement des liquidités.

Analyse

L’article s’articule autour d’une critique économique et politique de la vision de Warsh, ancrée dans une perspective historique.

Points forts des arguments de l’auteur :

Bertez met en lumière les contradictions inhérentes au système financier post-2008, où les politiques de quantitative easing (QE) sous Bernanke, Yellen et Powell ont créé un « univers bullaire fictif » (bulles d’actifs, levier spéculatif, dettes insoutenables). Il argue que Warsh, en tant que « révisionniste », condamne rétrospectivement ces politiques qu’il a partiellement cautionnées, tout en promettant une sortie miraculeuse sans crise, grâce à l’IA et à des réformes fiscales.

Cela souligne une incohérence : rejeter la loi de Phillips (croissance = inflation) pour miser sur une productivité « miraculeuse », ignore les déséquilibres réels (déficits publics excessifs, financiarisation, délocalisations).

Bertez invoque des exemples historiques comme Volcker (qui a imposé une récession douloureuse pour briser l’inflation dans les années 1980) pour démontrer que les changements radicaux impliquent des destructions , non une navigation indolore.

L’analyse est hautement subjective et partisane, avec un ton pamphlétaire (accusations de « pari malhonnête » ou d’illusion trumpiste). Bertez sous-estime potentiellement les avancées technologiques comme l’IA, qui pourraient effectivement booster la productivité et abaisser le taux neutre (R*).

L’impact sur les marchés (chute de l’or de 8,5 %, de l’argent de 26 %, et anticipation de baisses de taux de 53 points de base) est bien documenté, illustrant une volatilité immédiate, mais l’auteur exagère peut-être les motivations électorales de Trump pour les midterms, sans preuves solides.

Globalement, l’article reflète une vision conservatrice et critique du capitalisme financier américain, en opposition à l’optimisme « magique » de Warsh.

Il met en garde contre les risques d’un changement monétaire trop abrupt en soulignant que le système repose sur un dopage monétaire continu pour survivre.

Cet éditorial est une charge virulente contre l’optimisme béat des élites économiques, symbolisé par l’expression « raser gratis en changeant de barbier » – une métaphore pour dénoncer l’illusion de résoudre des problèmes structurels par un simple changement de personnel.

Warsh incarne ici le « révisionnisme » trumpien : rejeter les erreurs passées (comme la mondialisation ou les QE) sans en assumer les conséquences.

Dans un contexte de 2026, marqué par des tensions inflationnistes persistantes et une dette publique américaine explosive, ces idées pourraient séduire un électorat lassé des politiques conventionnelles, mais elles risquent de décevoir.

L’auteur a raison de pointer l’hypocrisie : comment réduire le bilan de la Fed (hypertrophié depuis 2008) sans causer un credit crunch ?

L’IA comme panacée rappelle les bulles passées (dot-com sous Greenspan), et ignorer la « Fed Put » (soutien implicite aux marchés) pourrait mener à une instabilité systémique.

Personnellement, je trouve que Bertez capture bien l’essence d’une économie dopée, où toute normalisation est un pari risqué.

Cependant, dans un monde post-pandémie et IA-accéléré, un virage vers plus d’indépendance monétaire pourrait être salutaire, à condition d’être graduel – contrairement à la rupture promise par Warsh.

Cet article invite à une réflexion sur la durabilité du modèle américain, où la croissance repose trop sur la fiction financière plutôt que sur l’innovation réelle.

Citations importantes

Voici les extraits les plus marquants, tirés directement du texte, avec leur contexte pour plus de clarté :

  • De Kevin Warsh sur la Fed actuelle : « une banque centrale dont les modèles d’inflation sont figés en 1978 ; dotée d’un système de gouvernance d’un autre âge ; incapable de percevoir le miracle de la productivité et interprétant la croissance économique comme inflationniste. » (Critique des outils obsolètes de la Fed.)
  • De Kevin Warsh sur la crédibilité de la Fed : « C’est parce que la Fed traverse une crise de crédibilité, que l’on constate une hausse des rendements à long terme à chaque baisse des taux directeurs. » (Explication des paradoxes monétaires actuels.)
  • De Kevin Warsh sur les dépenses publiques : « Les autorités budgétaires doivent résister à la tentation d’augmenter continuellement les dépenses publiques pour compenser les insuffisances de la consommation et de l’investissement privés. » (Appel à la discipline fiscale.)
  • De Kevin Warsh sur les causes de l’inflation : « La Fed devrait réexaminer ses graves erreurs qui ont conduit à la forte inflation. Elle devrait abandonner le dogme selon lequel l’inflation est causée par une croissance économique trop forte et des salaires trop élevés. L’inflation est causée par des dépenses publiques excessives et une émission monétaire excessive. » (Rejet de la courbe de Phillips.)
  • De Kevin Warsh sur le bilan de la Fed : « Le bilan hypertrophié de la Fed, conçu pour soutenir les plus grandes entreprises lors d’une crise révolue, peut être considérablement réduit. Ces fonds peuvent être réaffectés sous forme de taux d’intérêt plus bas afin de soutenir les ménages et les petites et moyennes entreprises. » (Proposition de réallocation des ressources.)
  • De Kevin Warsh sur l’avenir avec l’IA : « La Réserve fédérale est une institution dont l’influence dépasse largement ses capacités. Une réforme fondamentale de la politique monétaire et réglementaire permettrait à tous les Américains de bénéficier des avantages de l’IA. L’économie serait plus forte. Le niveau de vie serait plus élevé. L’inflation baisserait davantage. Et la Fed aurait contribué à un nouvel âge d’or. » (Vision optimiste d’un « nouvel âge d’or ».)
  • De l’auteur (Bruno Bertez) : « Kevin Warsh prétend que l’on peut raser gratis en changeant de barbier. » (Métaphore centrale de l’illusion.)
  • De l’auteur : « Le pari malhonnête de Kevin Warsh est que l’on peut retourner arrière comme si il n’y avait pas eu construction d’un univers bullaire fictif. » (Critique de l’ignorance des bulles spéculatives.)
  • De l’auteur : « Nous sommes à la pierre angulaire de mon argumentaire celle qui soutient tout : la crise de 2008 était une crise existentielle, radicale, fondamentale. » (Fondement de la thèse critique.)

Ces citations capturent l’opposition entre l’optimisme réformateur de Warsh et le scepticisme profond de Bertez.

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