RJ Brooks
La semaine dernière, j’ai publié un article intitulé : « Le dollar semble lourd ». C’était au lendemain de la publication par la Fed d’une évaluation optimiste de l’économie et des déclarations rassurantes du secrétaire au Trésor, Bill Bessent, quant au maintien d’une politique américaine de dollar fort.
Le dollar n’a pas profité de ces deux annonces pour se redresser, d’où mon impression de « lourdeur ».
La nomination de Kevin Warsh vendredi a tout changé. Le dollar s’est redressé et le sentiment général est désormais moins pessimiste.
Ce week-end, j’avais souligné que ce rebond était peu lié à Warsh, puisqu’il est intervenu après une forte surprise à la hausse concernant l’indice PMI de Chicago.
De fait, les marchés des taux ont anticipé de nouvelles baisses vendredi, signe qu’ils perçoivent Warsh comme un partisan d’une politique monétaire accommodante.
Cet article analyse la situation actuelle du dollar.
Il est essentiel de comprendre que les bonnes surprises économiques, par définition, ne peuvent durer car elles alimentent les anticipations et préparent le terrain à de mauvaises surprises.
De meilleurs indicateurs de croissance ne pourraient jamais être une source de force durable pour le dollar que s’ils entraînaient un resserrement de la politique monétaire de la Fed.
Un tel changement est improbable compte tenu des fortes pressions politiques exercées sur Warsh pour qu’il baisse les taux d’intérêt.

Le graphique ci-dessus présente mon indice général du dollar par rapport à 26 pays. Le dollar a fortement chuté suite à l’escalade des tensions autour du Groenland, a légèrement rebondi vendredi après l’annonce concernant Kevin Warsh, puis replonge dans la baisse.
J’estime que le dollar va reprendre sa tendance baissière car son rebond de vendredi et d’hier était indépendant de l’affaire Warsh et résultait de surprises économiques positives.
La première de ces surprises a été la hausse de 2,4 écarts-types de l’indice PMI de Chicago pour janvier, intervenue quelques heures après l’annonce concernant Warsh vendredi matin. Comme le montre le graphique ci-dessous, le dollar a fortement progressé suite à cette publication de données.

La deuxième bonne surprise a été la publication lundi d’un indice ISM solide pour janvier, qui – comme le montre le graphique ci-dessous – a de nouveau entraîné une hausse du dollar.
Or, les surprises liées aux données ne peuvent jamais être à l’origine de fluctuations durables du dollar, car les anticipations s’ajustent à la hausse ou à la baisse en fonction de l’évolution des données.
Le fait que nous observions actuellement une série de surprises positives signifie que le consensus devient plus optimiste quant à la croissance américaine, ce qui augmente la probabilité de découvrir des données négatives. Par conséquent, les données de croissance ne peuvent jamais déterminer durablement l’orientation du dollar.

Le fait que les surprises positives concernant les données économiques ne puissent qu’entraîner une hausse temporaire du dollar explique pourquoi je pense que sa faiblesse va se manifester à nouveau.
C’est d’ailleurs peut-être la raison pour laquelle le dollar a déjà repris sa chute.
Les marchés pourraient se réorienter vers la politique de la Fed maintenant que l’euphorie des bonnes surprises concernant les indices PMI et ISM de Chicago s’estompe.