Editorial. Et un petit coup, -avant gout-, de destruction créatrice!

On va construire le puissant ressort haussier pour produire et propulser un sentiment positif pour les mid-term.

« Un petit coup de destruction créatrice », c’est évidemment schumpétérien. Mon titre fait référence à la théorie de la destruction créatrice de Joseph Schumpeter : les crises ou les phases de purge violente éliminent les excès, les inefficacités et les acteurs fragiles, pour permettre ensuite une phase de reconstruction plus saine et plus productive.

La dynamique des marchés cette semaine a rappelé les prémices de l’instabilité d’avril 2025. Avril 2025 a été un moment de forte volatilité / correction sur les marchés actions, liée à des annonces de droits de douane massifs , à des doutes sur le rythme de l’IA, et à un premier gros coup d’arrêt sur les valorisations tech surévaluées.

La semaine en cours montre des signaux qui ressemblent à ceux qui précédaient / annonçaient cette phase d’avril 2025 : ventes paniquées, rotation sectorielle brutale, et surtout retour de la peur sur les valorisations de la technologie.

Plus précisément, les corrélations entre les prêts à effet de levier et les valeurs technologiques se sont rapidement manifestées comme un problème majeur pour le marché .

On observe une forte corrélation positive (quand la tech baisse , les spreads de crédit sur les prêts leveraged loans s’élargissent vite, et vice-versa). Beaucoup d’entreprises tech / semi-conducteurs / data centers / cloud / IA ont financé leurs investissements massifs via la dette corporate , souvent des leveraged loans ou des obligations high-yield. Ou via des filiales / véhicules qui empruntent sur le marché des prêts à effet de levier.

Quand le narratif l’IA sur  » trop chère / rentabilité lointaine / bulle  » revient, les valorisations chutent. Les investisseurs exigent des primes de risque plus élevées sur la dette, les spreads leveraged loans se dilatent brutalement et cela renforce la pression vendeur sur les actions tech, c’est la contagion par le désendettement.

    On fait la lessive, on élimine les positions les plus spéculatives on fait baisser les multiples, on force une meilleure allocation du capital.

    Cette purge est nécessaire et saine pour que le marché reparte sur des bases plus solides ces prochaines semaines à la faveur des baisses de taux de Kevin Warsh pour les élections de mid term.

    Meilleures valorisations, moins d’endettement irresponsable pour financer l’IA, rotation vers d’autres secteurs ; constitution d’un stock de positions vendeurs à découvert tout cela constituera un ressort puissant pour le rebond à venir.

    Ce n’est pas de la vraie destruction créatrice, qui elle est économique, c’est de la destruction créatrice adaptée à la financiarisation, à l’imaginaire financier et à la politique.

    Le declencheur de cette pseudo destruction créatrice semble être une série de lancements d’outils agentiques par Anthropic (notamment des plugins pour Claude Cowork/Claude Code autour de fin janvier 2026), qui automatisent des « workflows » entiers (code, analyse de données, tâches juridiques/financières, etc.).

    Cela a provoqué une panique soudaine sur les valorisations SaaS, avec des désignations comme « SaaSpocalypse » ou « software apocalypse » apparus dès le 3-4 février dans la presse (Bloomberg, Jefferies traders, Forbes, etc.).

    La contagion est ineluctable le SaaS a été massivement financé par de la dette leveraged (LBO par le Private Equity comme Thoma Bravo, Vista, Clearlake, etc.) et du crédit privé ( prets directs par Blue Owl, Ares, Apollo, etc.).

    C’est du Schumpeter ironique, un contraste dialectique schumpétérien parfait :

    • D’un côté, purge violente sur le « vieux » logiciel (SaaS legacy surendetté).
    • De l’autre, besoin colossal de 3 000 milliards $ pour financer le « neuf »

    Phase destructrice : purge des excès (valorisations folles SaaS, LBO surendettés sur software « prédictible », bulle de CAPEX IA financée trop facilement).

    Contagion, corrélations explosives : tech actions actions techs, leveraged loans, spreads crédit, actions BDC/PE, → desendettement et peur.

    Phase créatrice : l’IA force une réallocation massive du capital vers l’infrastructure (data centers, énergie, chip foundries, etc.), ce qui pourrait créer une nouvelle vague de croissance financée par dette .

    Quelques titres de médias la semaine dernière

    « La crise du logiciel pénalise la dette des entreprises. »

    « Comment la panique du logiciel a affecté les actions des BDC. »

    « Les actions du crédit privé continuent de chuter face à la propagation de la crise du logiciel. »

    « On entend dire que les chiffres rassurants du crédit privé traversent une période difficile. »

    « Les actions du crédit privé continuent de chuter face à la propagation de la crise du logiciel. »

    Apollo Management a reculé de 1 % lundi, plongé de 4,8 % mardi, progressé de 4,7 % mercredi, chuté de 5,1 % jeudi et repris 5,5 % vendredi.

    Blue Owl a baissé de 1,6 %, plongé de 9,8 %, reculé de 0,4 %, chuté de 3,6 % et progressé de 7,7 %. Une volatilité similaire a affecté KKR, Ares Management et Blackstone.

    Blackstone a chuté de 8,9 % cette semaine, portant ses pertes depuis le début de l’année à 15,9 %.

    KKR a chuté de 9,7 % (en baisse de 19,0 % depuis le début de l’année).

    Areas Management a dégringolé de 12,8 % (en baisse de 19,3 %) et Blue Owl a perdu 8,2 % (en baisse de 16,2 %).

    EN PRIME

    3 février, Bloomberg :

    « Certains parlent de la « SaaSpocalypse ». D’autres évoquent un « beaux-termes » du secteur des logiciels. » Quel que soit leur nom, les actions des plus grandes sociétés d’investissement alternatif de Wall Street ont plongé mardi, sous l’effet des craintes que les perturbations liées à l’intelligence artificielle n’entraînent des pertes considérables. Blue Owl Capital Inc., initialement spécialisée dans le financement d’entreprises de logiciels, a mené la baisse, chutant jusqu’à 13 % avant de clôturer à son plus bas niveau depuis septembre 2023. Ares Management Corp., KKR & Co. et TPG Inc. ont chacune perdu plus de 10 % à un moment donné, tandis qu’Apollo Global Management Inc. et Blackstone Inc. ont reculé jusqu’à 8 %. Ce repli des actions des sociétés d’investissement alternatif vient clore un début d’année difficile. Le mois dernier a été leur pire mois de janvier en dix ans, et les plus importantes d’entre elles accusent une baisse d’environ 15 % depuis le début de l’année.

    4 février – Bloomberg :

    « Alors que la chute des cours des sociétés de logiciels, induite par l’IA, persistait mercredi, les difficultés se sont accrues sur le marché des prêts à effet de levier, où les sociétés de capital-investissement ont financé de nombreux rachats dans le secteur ces dernières années. Le montant des prêts aux entreprises technologiques négociés à des niveaux de dépréciation a bondi de 17,7 milliards de dollars au cours des quatre dernières semaines, atteignant son plus haut niveau depuis octobre 2022. Dans ce contexte de débâcle, les fonds de crédit privés gérés par Oaktree et Ares ont informé leurs investisseurs qu’ils avaient passé par pertes et profits leurs participations dans l’éditeur de logiciels éducatifs Pluralsight, seulement 18 mois après la prise de contrôle de l’entreprise par les créanciers. »

    4 février – Bloomberg :

    « Une vague de ventes de titres de créance du secteur des logiciels a fait basculer des milliards de dollars de prêts en zone de difficulté, bouleversant rapidement un marché menacé par l’intelligence artificielle. Plus de 17,7 milliards de dollars de prêts aux entreprises technologiques américaines, indexés par Bloomberg, ont atteint le seuil de difficulté ces quatre dernières semaines… Ce chiffre, qui porte le total des créances technologiques en difficulté à environ 46,9 milliards de dollars, concerne principalement les entreprises du secteur du logiciel en tant que service (SaaS), un secteur considéré comme particulièrement vulnérable car l’IA remplace des tâches telles que la programmation et l’analyse de données. »

    5 février – Financial Times  :

    « Les actions des géants américains du capital-investissement Ares, Blue Owl et KKR ont chuté après que ces derniers ont averti que la volatilité croissante des marchés, alimentée par les craintes de perturbations liées à l’IA, pourrait ralentir les levées de fonds et reporter les cessions d’actifs jusqu’en 2027. Les marchés américains ont été secoués par une forte vague de ventes de valeurs technologiques, les investisseurs craignant que les outils d’IA n’entraînent l’obsolescence généralisée de nombreuses entreprises de logiciels, fragilisant ainsi une classe d’actifs essentielle pour les investisseurs en capital-investissement depuis une décennie. Cette volatilité incite les groupes à envisager de reporter les cessions d’actifs qui leur permettraient de générer des commissions de performance lucratives, ou à ralentir la croissance globale des actifs, les investisseurs retirant leurs fonds ou reportant leurs nouveaux investissements. »

    4 février – New York Times  :

    « Le crédit privé, un secteur axé sur les prêts aux entreprises à risque, a été l’un des secteurs les plus dynamiques de Wall Street, attirant des milliers de milliards de dollars d’investissements et créant une pléiade de milliardaires. Mais la tendance s’inverse. Blue Owl Capital, la plus grande société de crédit privé, a vu son action chuter de plus de 50 % au cours de l’année écoulée – dont une baisse de 10 % mardi – et les investisseurs retirent leurs fonds des placements gérés par la firme. Apollo Global Management et BlackRock… ont également inquiété les investisseurs en annonçant des dépréciations d’actifs sur d’importants prêts accordés à plusieurs entreprises de commerce électronique en difficulté. Les inquiétudes concernant les risques du secteur s’accentuent depuis des mois, suite à quelques pertes sur prêts qui ont soulevé des questions quant à la solidité financière des emprunteurs de crédit privé. »

    2 février – Bloomberg :

    « Plus de 3 000 milliards de dollars. C’est le coût astronomique de la construction des centres de données nécessaires pour se préparer à l’essor de l’intelligence artificielle. Même les géants de la tech – ni Amazon.com, ni Microsoft, ni Meta Platforms – ne sont prêts à financer l’opération sur leurs seuls fonds propres. Les investissements massifs en actions dans des entreprises privées comme OpenAI et Anthropic sont loin d’atteindre ce coût colossal, comparable à celui de la révolution industrielle. Et les aides et subventions publiques ne peuvent alléger le fardeau financier que partiellement. Alors, d’où viendra l’argent ? Des marchés de la dette. Lesquels ? Tous. Obligations de premier ordre, obligations à haut risque, crédit privé et portefeuilles de prêts adossés à des actifs complexes. « Ces chiffres sont sans précédent pour ceux d’entre nous qui travaillent dans ce secteur depuis 25 ans », déclare Matt McQueen, responsable du crédit mondial, des produits titrisés et des marchés et services bancaires municipaux chez Bank of America Corp. « Il faut explorer toutes les pistes pour y parvenir. » »

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